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LA MUSE MALADE
Charles Baudelaire
Ma pauvre muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l’horreur, froides et taciturnes.
Le succube verdâtre et le rose lutin
T’ont-ils versé la peur et l’amour de leurs urnes ?
Le cauchemar, d’un poing despotique et mutin,
T’a-t-il noyée au fond d’un fabuleux Minturnes ?
Je voudrais qu’exhalant l’odeur de la santé
Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang chrétien coulât à flots rhythmiques,
Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
Où règnent tour à tour le
père des chansons,
Phœbus, et le grand Pan, le seigneur des moissons. (...)
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LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNE
Victor Hugo
Bicêtre
Condamné à
mort !
Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours
seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son
poids !
Autrefois, car il me semble qu’il y a plutôt des années que des semaines,
j’étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute
avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il
s’amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin,
brodant d’inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie.
C’étaient des jeunes filles, de splendides chapes d’évêque, des batailles
gagnées, des théâtres pleins de bruit et de lumière, et puis encore des jeunes
filles et de sombres promenades la nuit sous les larges bras des marronniers.
C’était toujours fête dans mon imagination.
(...)
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