URSS, ancien Etat fédéral d'Europe et
d'Asie.
Capitale : Moscou (Russie).Née de la
Révolution
d'Octobre en 1917, l'Union fut proclamée en 1922 et dissoute
en 1991, suite à la politique de
Perestroïka
menée par Mikhaïl
Gorbatchev.
.
A partir de la seconde guerre mondiale, l'Union comporta quinze
républiques : l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, l'Estonie,
la Géorgie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Lettonie, la
Lituanie, la Moldavie, l'Ouzbékistan, la Russie, le Tadjikistan, le
Turkménistan et l'Ukraine.
.
L'URSS comptaient près de 300 millions d'habitants (les
Soviétiques) répartis sur 22.400.000 km².
.
L'URSS fut surtout le laboratoire d’un communisme
d’État assimilé aux régimes totalitaires du XXe siècle
(marqué par la personnalité de Staline) et l’un des
deux grands protagonistes, avec les États-Unis, de l’histoire des
relations internationales au temps de la guerre froide et de la
coexistence pacifique.
La Russie
Soviétique et l'URSS sous
Lénine (1917-1924) :
Le nouveau régime : Dès le 26 octobre 1917,
dix jours après que le Comité central du Parti
bolchevique ait approuvé l’appel de Lénine à la prise du
pouvoir par une "insurrection armée", le IIe Congrès
des soviets souligne les orientations du nouveau régime à
travers une série de décrets :
 |
décret sur "la paix", la Russie se retire de la
Première Guerre mondiale et "invite toutes les nations
belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les
négociations d’une juste paix démocratique"; |
 |
décret sur "la terre",
qui abolit la grande propriété
foncière sans indemnités et met toutes les terres à disposition
des paysans; |
 |
décret sur "les nationalités", qui proclame le droit
des peuples de Russie à l’autodétermination, et permet à
l’Ukraine, à la Finlande, à l’Arménie russe et à la Pologne
d’obtenir leur indépendance; |
 |
décret sur "les entreprises industrielles", elles
passent sous le contrôle des ouvriers et des employés, et sous
la surveillance du Conseil supérieur de l’Économie nationale; |
 |
décret sur "la nationalisation des banques et des fleurons de
l’industrie", telles les usines Poutilov de Moscou. |
|
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Le Conseil des commissaires du peuple,
constitué en gouvernement, prend de nouvelles mesures au
cours de l’année 1918 : |
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abolition des grades, titres et décorations de l’Ancien
Régime; |
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séparation de l’Église et de l’État; |
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création de l’Armée rouge; |
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proclamation de l’égalité entre hommes et femmes; |
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poursuite des nationalisations; |
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adoption du calendrier occidental. |
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Présidé
par Lénine, le Conseil des commissaires du peuple
comprend notamment Trotski aux Affaires étrangères et Staline
aux Nationalités. |
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Dans la
foulée de la Révolution d’Octobre, les bolcheviks, menés
par Lénine et le Parti ouvrier social-démocrate de Russie,
s’emparent des rouages du pouvoir.
Ils se heurtent, néanmoins, à l’opposition croissante des plus
modérés. Sociaux-révolutionnaires, cadets et menchevik se feront
alors progressivement écarter ou éliminer par les bolcheviks. |
La guerre civile : Une armée de volontaires
recrutés en pays cosaque par les généraux anti-bolcheviks
Alexeev et Denikine, et une autre formée en Sibérie occidentale
par 45.000 anciens prisonniers de guerre tchèques, constituent
les premières armées "blanches".
.
Les Britanniques, hostiles au régime bolchevique,
apportent leur soutien militaire aux armées blanches. Ils
occupent Mourmansk (mars 1918), puis Arkhangelsk (août 1918) à
l’extrême nord de la Russie.
Ils convainquent les Japonais, aidés d’un corps expéditionnaire
américain, d’occuper Vladivostok en Sibérie orientale (avril
1918), avec pour objectif de réactiver le front oriental.
.
Kornilov mène un soulèvement au Kouban et
l’ancien chef du gouvernement provisoire de mars 1917, le Prince
Lvov, prend la tête d’un gouvernement en exil à Pékin.
En septembre 1918, les différents gouvernements "blancs"
se coalisent lors de la conférence d’Omsk en Sibérie.
En novembre, l’amiral monarchiste Koltchak (mandaté par les
Anglais pour lever une armée d’Extrême-Orient) prend le
commandement de l’armée blanche et se proclame "Régent
suprême de Russie".
Très vite, il ne maîtrise plus la situation, et d’autres armées
contre-révolutionnaires, plus modestes, se forment au
nord-ouest, au nord et en Sibérie orientale, accroissant encore
l’instabilité du pays.
.
La guerre civile oppose l'Armée Rouge
et les armées blanches, appuyées par les forces
étrangères. Le "communisme de guerre" (défini par
Trotski comme "la réglementation de la consommation dans une
citadelle assiégée") est instauré et les
nationalisations sont généralisées. Réquisitions et
mobilisations massives se multiplient.
.
Les batailles décisives ont lieu en 1919 : au printemps,
Koltchak lance une offensive contre Moscou. Il atteint les rives
de la Volga. L’Armée rouge l’y stoppe et le contraint au
repli. Son armée se désintègre rapidement. Lui-même est arrêté
et exécuté (7 février 1920). En octobre-novembre, l’armée
volontaire du général Denikine rejoint Orel, à 250 km au sud de
Moscou. Mais elle est repoussée vers la mer Noire, à l’issue de
rudes combats.
.
Rapidement, les contingents français débarqués à Odessa
(décembre 1918) se retirent sans avoir combattu. Les
Britanniques restent jusqu’à l’automne 1919. Leur soutien aux
forces antibolcheviques se limite surtout à une aide financière
et à du matériel militaire. Les Japonais quittent Vladivostok en
octobre 1922.
.
Malgré des désertions massives, l’Armée rouge sort
victorieuse de la guerre civile, grâce surtout à la qualité de
son organisation et à sa supériorité en nombre et en matériel
(hérité de l’époque tsariste). À l’inverse, entièrement
dépendantes de l’aide des puissances étrangères, les armées
blanches ne peuvent que faire illusion.
.
Au début de l’année 1921, la guerre civile est terminée
et le régime, malgré la haute tension qui demeure, a consolidé
son pouvoir.
.
Ainsi, la vaste opération contre-révolutionnaire redoutée
par le pouvoir russe n’a pas eu lieu. Devant ces multiples
assauts, Moscou a réagi très tôt du reste, en fondant l’Armée
rouge (15 janvier 1918). Initialement composée de
100 000 volontaires paysans et ouvriers, elle réunit, au plus
fort du conflit, près de cinq millions d’hommes.
Consolidation du
régime : Le "communisme de guerre" a
ruiné le pays et laissée exsangue l'économie. Pour palier à
cette situation catastrophique, Lénine lance la Nouvelle
Politique Economique (NEP), instillation de bribes de
capitalisme dans le régime socialiste. Cette politique réduit
les réquisitions sur les produits agricoles et dénationalise les
petites entreprises, espérant relancer l'économie par le
développement d'une liberté d'entreprise limitée et sévèrement
contrôlée. Théoriquement, la production agricole et industrielle
doit repartir à la hausse grâce à cet accommodement.
En réalité, l'Union est si malade que seule la misère (famine de
la Volga en 1921 et 1922) croîtra à travers les républiques.
.
La bureaucratie et l'autoritarisme reprendront ensuite le pays
en mains. Des mesures draconiennes sont décidées.
.
radicalisation de la ligne
anti-capitaliste;
.
développement du
prosélytisme
procommuniste;.
.
réorganisation de la direction du
PC;
.
création du
Politburo ("bureau politique"
composé de cinq membres : Lénine, Trotski, Staline, Kamenev et.
.Krestinski);
.
proclamation du PC en tant que
parti unique;
.
toute velléité anti-soviétique est
muselée, écrasée dans l'oeuf, éradiquée;
.
le Parti Communiste, seul, règne en maître
sur l'Etat.
Formation de l'URSS :
Le 30 décembre 1922, création de l'URSS. Sous l'égide de
Staline, une nouvelle constitution est promulguée et
ratifiée en 1924.
.
L’URSS ainsi
constituée peut rétablir des relations diplomatiques
internationales.
Elle réintègre progressivement la communauté des nations et
rompt partiellement l’isolement consécutif à la crise de
défiance des puissances occidentales en 1917-1921.
En 1924, la plupart des grandes puissances ont reconnu le pays
et établi des relations diplomatiques avec lui.
Il faut toutefois attendre 1933 et la présidence de Franklin
Roosevelt pour que les États-Unis reconnaissent à leur tour l’Union
soviétique.
La
(1924-1939) :
Prise du pouvoir :
Tout en faisant le ménage au sein du PC (12
sociaux-révolutionnaires exécutés et plusieurs dizaines de
milliers d'"ennemis du peuple" exclus du parti),
Staline organise sa lutte pour le pouvoir.
.
L'adversaire qu'il identifie comme le plus dangereux est
Trotski (qui réclame moins de bureaucratie et moins de
centralisme).
Le "petit père des peuples", qui désacralise par ailleurs
Lénine en le
qualifiant de "révisionniste antibolchévique", s'allie
Kamenev et Zinoviev pour mettre Trotski à
l'écart.
Ces deux nouveaux alliés se désolidariseront rapidement de
Staline pour rejoindre Trotski, Staline se tournant alors vers
Boukharine, Rykov et Tomski.
.
Le combat idéologique et la
lutte pour le pouvoir font rage et durent trois années (1924,
1925 et 1926).
En 1927, Staline, secrétaire général depuis 1924, décide
d'imposer ses vues et de ne plus tolérer la moindre opposition.
Trotski a déjà été démis de ses fonctions au Conseil militaire
révolutionnaire, il est exclu (ainsi que Kamenev et Zinoviev) du
PC en 1928, banni d'URSS en 1929 et assassiné, à Mexico, en
1940.
Zinoviev et Kamenev, faisant leur autocritique, sont réintégrés.
.
Les adversaires désignés
étant définitivement neutralisés, Staline s'en prend ensuite à
ses alliés, Boukharine, Rykov et Zinoviev, qu'il
marginalise.
.
Le système politique de
Staline se caractérise par la personnification du pouvoir
absolu, une bureaucratie rigide et privilégiée, la délation
systématique au sein des organes du parti et du pouvoir, le
recours aux purges, les camps de concentration du goulag, la
déportation en Sibérie et la sanctification du système de la
nomenklatura et de ses prérogatives.
Intensification de la
collectivisation :
En 1927, les
récoltes sont toujours inférieures à celles de 1913 et Staline
décide d'accentuer la "construction du socialisme" par une
collectivisation intensifiée.
.
En 1928 est ainsi inauguré le
premier des plans quinquennaux (1928-1932), dont le but est de transformer
un pays agricole arriéré en grande puissance industrielle et de
changer la nature profonde de la société.
.
Les deux mots d'ordre
sont : industrialisation à outrance et collectivisation des
terres.
.
La priorité est
donnée à la réalisation de grands projets d'infrastructure et à
l'industrie lourde.
Les grands travaux de
construction aboutissent grâce à la force de travail des
centaines de milliers de prisonniers du
goulag.
.
Au
début de 1933, à la fin du plan, la production de l'industrie
lourde a augmenté de 273 p. 100.
.
Dans les campagnes, la collectivisation forcée se heurte à
l'opposition des paysans. Une partie d'entre eux, enrichis par
la "Nouvelle Politique Economique" (les koulaks), sont impitoyablement massacrés. Des millions d'autres sont déportés ou
meurent de faim.
.
La
collectivisation aboutit, de gré ou de force. Fin 1932,
210 000 kolkhozes cultivent 70 p. 100 des terres et
4 300 sovkhozes 10 p. 100.
.
Staline impose
au peuple des cadences infernales et réussit son pari : ses résultats contrastent avec la crise économique de
1929 et ses contrecoups, que subissent l'Europe de l'Ouest et
les États-Unis.
.
Mais la
collectivisation à marche forcée entretient la colère d'une
petite paysannerie de plus en plus misérable et le niveau de vie
des ouvriers ne s'est pas réellement élevé.
.
Le pays reste en
crise et Staline promulgue des décrets qui ouvrent la voie à
l'ère des grandes purges et à l'apogée du goulag : ainsi, à
partir de 1932, toute personne portant atteinte à l'intégrité de
la propriété terrienne socialiste risque la mort.
Les purges et le
goulag :
Cette
situation explique largement l'émergence de la rhétorique du
complot anticommuniste dans le discours soviétique (logique
qui justifie la systématisation d'une Terreur
prophylactique qui doit réduire au silence tous les "ennemis du peuple"
et du
communisme).
.
En décembre 1934, l'assassinat à Leningrad de Kirov, concurrent
de Staline et secrétaire du Comité central du PCUS, marque le
début de la première grande épuration des cadres du parti
soupçonnés d'opposition au régime ou accusés d'avoir appartenu
au courant trotskiste.
.
Saisissant le prétexte de cet assassinat,
Staline les fait emprisonner, déporter en Sibérie ou exécuter.
Les purges staliniennes touchent également les membres du
Comité central à partir d'août 1936 (les deux tiers sont
exécutés entre 1934 et 1938), ainsi que les officiers de l'Armée
rouge (35 000 officiers sur 70 000 sont arrêtés entre 1936 et
1938, 75 des 80 siégeant au Conseil militaire suprême sont écartés).
.
Au cours des procès de Moscou (1936-1938), plusieurs
des dirigeants parmi les plus influents du parti, dont Zinoviev,
Boukharine, Rykov et Kamenev sont accusés de comploter avec
l'Allemagne et le Japon pour renverser le régime. Reconnus
coupables, les trois premiers sont exécutés. L'Armée rouge passe sous la coupe
stalinienne. Cette
série de purges vaut à l'URSS la condamnation de la communauté
internationale.
.
Autre instrument de la répression mis en place dès 1919
: les camps
de concentration et de travail forcé. Ces goulags regroupent condamnés de droit commun et détenus politiques
qui doivent subir un redressement par le travail et une
réhabilitation idéologique.
.
Entre 1935 et 1939,
plus de 6 millions de Soviétiques sont victimes des épurations.
Près de 10 millions depuis le début des années 30.
La Seconde
Guerre Mondiale (1939-1945) :
Pacte
germano-soviétique : Le 24 août 1939, un pacte
germano-soviétique d'amitié et de non-agression est signé à
Moscou par von Ribbentrop et Molotov. Il contient une clause secrète
qui prévoit la partition de la Pologne, l'attribution de la
Lituanie à l'Allemagne et celle des autres pays baltes, ainsi
que de la Finlande et de la Bessarabie à l'URSS.
.
Le
1er septembre, l'Allemagne envahit la Pologne, provoquant
l'entrée en guerre du Royaume-Uni et de la France et le début de
la Seconde Guerre mondiale. Le 17 septembre, l'Armée rouge
franchit à son tour la frontière polonaise, s'empare des régions
orientales et entreprend la soviétisation de la zone occupée.
.
Des centaines de milliers de Polonais sont déportés au goulag.
Le 29 septembre enfin, les gouvernements allemand et soviétique
signent un traité délimitant leurs zones d'influence en Pologne.
Le traité reconnaît la suprématie de chaque puissance dans sa
sphère respective et prévoit une résistance commune à toute
ingérence extérieure.
L'invasion allemande :
Le 22 juin 1941, Hitler déclenche l'application du plan
Barbarossa, à savoir l'invasion de l'URSS.
.
Staline, qui a
longtemps refusé de croire à une agression allemande, est pris au dépourvu. La situation militaire et
politique de l'URSS s'en trouve radicalement transformée, la
guerre prenant des proportions internationales et le système des
alliances évoluant rapidement.
.
L'Allemagne se bat désormais sur deux fronts, à l'est et à
l'ouest, comme lors de la Première Guerre mondiale. D'autre
part, la Finlande, la Hongrie, l'Albanie et d'autres satellites
de l'Axe déclarent la guerre à l'URSS.
.
Dans ce contexte, l'URSS,
victime des forces de l'Axe, se rapproche des adversaires
de l'Allemagne. Les États-Unis décident de lui accorder leur
aide matérielle. Ce programme fournit à l'URSS 12 milliards de
dollars en équipement et en nourriture.
.
En janvier 1942, le pouvoir
soviétique et vingt-cinq gouvernements alliés déclarent qu'ils
souscrivent formellement au programme et aux objectifs de la
charte de l'Atlantique et s'engagent à coopérer dans la
guerre contre les puissances de l'Axe.
L'URSS perd pied :
L'assaut
des forces de l'Axe contre l'URSS est lancé de l'océan Arctique
à la mer Noire.
.
À la charnière de l'été et de l'automne 1941,
les Allemands s'enfoncent profondément en URSS, attaquant
Leningrad, Moscou et l'Ukraine. L'Armée rouge (4 millions de
soldats sous le commandement direct de Staline) chancelle sous
les coups de boutoir de la Wehrmacht (5 millions d'hommes).
.
Staline fait déployer des efforts titanesques pour soustraire
les usines et les ouvriers à la progression de l'envahisseur et
les réinstaller dans l'Oural et en Asie centrale, afin de
sauvegarder une partie de l'industrie sidérurgique et de
l'armement. Les unités de production qui ne peuvent être
déplacées sont rasées au nom de la politique de "la terre brûlée".
.
Avec des centaines
de milliers de soldats emprisonnés et blessés, l'URSS paraît à
genoux.
.
Les atrocités commises par les Allemands durcissent toutefois la
résistance soviétique et la contre-offensive est lancée. L'Armée
rouge bloque les Allemands en deux temps : d'abord à Leningrad
en septembre 1941 - la ville est toutefois assiégée jusqu'en
janvier 1944 et les pertes y dépassent 1 250 000 personnes;
ensuite sur la route de Moscou, en décembre.
.
La progression
de la Wehrmacht, qui perd 900.000 hommes en quelques
semaines, est stoppée.
Stalingrad, le
tournant : Au sud, les Allemands
se sont emparés de l'Ukraine et des terres jusqu'à la Volga,
avec l'espoir de couper Moscou et Leningrad du Caucase et de
l'Asie du Sud-Ouest (où le pétrole constitue une manne des
plus attractives).
.
Mais leur offensive est ici
aussi stoppée grâce à la bataille de Stalingrad où la VIe armée
de Paulus est vaincue (août 1942 - février 1943).
.
Le mythe de l'invincibilité
de l'armée allemande s'effondre. Le mot d'ordre de Staline
"Plus un pas en arrière" triomphe.
.
Prenant alors
l'offensive, l'Armée rouge repousse les Allemands vers l'ouest.
Les États baltes et l'Ukraine sont libérés au cours de l'été
1944. Les combats continuent en Pologne et en Roumanie.
.
Bientôt,
la victoire et l'installation de gouvernements prosoviétiques
vont dans le sens des attentes de Staline. D'autres victoires
suivent, comme l'annexion de la Finlande et l'entrée en Bulgarie
(septembre 1944) - victoires ponctuées par le lancement d'une
déportation massive des peuples ayant, selon le Kremlin,
collaboré avec les Allemands. Tchétchènes, Ingouches, Tatars de
Crimée etc., prennent la route du goulag.
.
Le 22 avril 1945,
les forces soviétiques pénètrent dans les faubourgs de Berlin.
Trois jours plus tard, elles font la jonction avec l'armée
américaine dans la vallée de l'Elbe. La guerre en Europe
s'achève le 8 mai.
La Guerre
Froide :
Le monde en deux
blocs : Au cours de l'année 1947,
l'instauration de régimes de "démocratie populaire"
assied le totalitarisme communiste dans les pays passés sous le
contrôle de l'URSS.
.
Les communistes accèdent au pouvoir en Roumanie, en
Bulgarie, en Hongrie, dans les pays baltes; un peu plus tard en
Pologne. Seule la Tchécoslovaquie échappe encore à la
mainmise complète des communistes sur l'appareil d'État. Quant à
la Yougoslavie, Tito y règne en maître. Il faut encore évoquer
le poids des partis communistes en Italie (PCI) et en France, où
le PCF est majoritaire dans les scrutins de l'immédiat
après-guerre. Cette situation inquiète les gouvernements
occidentaux.
.
Cette considérable et fulgurante
extension de la zone d'influence soviétique accentue la
constitution des "blocs". Celle-ci franchit une nouvelle étape
avec la fondation du Kominform, le 22 septembre 1947. Cet
organisme est chargé d'assurer la coordination entre les différents partis
communistes (est et ouest-européens) et d'opposer, par une stricte discipline
prosoviétique, un front commun aux ambitions des États-Unis sur le Vieux
Continent, jugées hégémoniques et offensives.
Les Occidentaux interprètent la création du
Kominform comme une déclaration de guerre. Pour les États-Unis, une de leurs principales
préoccupations consiste dorénavant à endiguer la progression du
communisme en Europe et ailleurs, en aidant notamment les pays
les plus affaiblis par la guerre (Grèce, Turquie) et en jouant
d'une influence accrue par le biais de l'aide économique sur les
pays de l'Europe de l'Ouest. Cette orientation se concrétise par
le plan Marshall (juin 1946), auquel l'URSS refuse de souscrire.
.
En 1948, la tension se transforme en guerre froide.
.
De mars 1948
à mai 1949, la confrontation Est-Ouest franchit une
nouvelle étape avec le blocus de Berlin. Cette crise débouche
sur le partage de l'Allemagne et sur la création de la
République démocratique allemande (RDA), qui devient un énième
satellite de l'URSS.
.
En mai 1948, le
"coup de Prague" (coup d'Etat avec l'appui des chars
soviétiques) installe
un gouvernement communiste en Tchécoslovaquie, ce qui aggrave
encore la tension Est-Ouest.
.
Seule la Yougoslavie du
maréchal Tito, héros de la résistance aux Allemands, ne mène pas
une politique aux ordres de l'URSS. Il est accusé de
révisionnisme et rompt avec Staline en juin 1948. Fidèle au
marxisme, il libéralise alors quelque peu l'économie et conduit
une politique d'ouverture à l'égard des Occidentaux.
La bombe atomique :
En janvier 1949, l'expansionnisme soviétique s'affirme encore à
travers la création du Conseil d'assistance économique mutuelle
(CAEM), plus souvent désigné sous le sigle anglais Comecon, qui
répond à la fondation de l'Organisation européenne de
coopération économique (OECE), corollaire du plan Marshall. Le
Comecon a pour tâche de favoriser les échanges économiques ainsi
que la coopération scientifique et technique entre les
démocraties populaires, et d'accélérer leur intégration
économique dans une zone sous contrôle de l'URSS.
.
En réponse à
cette création, le 4 avril, les puissances occidentales créent
l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), qui assure
aux Européens l'alliance des États-Unis contre toute agression.
.
La tension atteint alors son
paroxysme, accentuée par les guerres d'Indochine et de Corée et,
en 1949, par l'explosion de la première bombe atomique
soviétique (bombe A), quatre ans après celle des États-Unis.
.
L'instrument roi de la
logique de l'intimidation donne à la guerre froide une dimension
plus inquiétante et dramatique encore (même si la possession de
cette arme dans les deux camps neutralise de fait les velléités
offensives). Les deux blocs atteignent l'"équilibre de la
terreur".
Les turbulences,
mélange de progrès et d'immobilisme :
Le système stalinien
vacille : Au lendemain de la mort de
Staline, le 5 mars 1953, une direction collégiale prend les
rênes du pays.
L'équipe dirigeante est constituée de Malenkov, de Molotov, de Beria, de Vorochilov, de Boulganine et de Kaganovitch.
.
En septembre, Khrouchtchev succède à
Malenkov au poste de premier secrétaire du PCUS.
.
La transition post-Staline ne se déroule pas sans heurts. Des
luttes de pouvoir s'affirment rapidement. Beria, l'homme fort de
la nouvelle équipe dirigeante, ouvre une ère de réelles
réformes. Il stoppe les purges et prépare la
libération de près de 50 p. 100 des déportés des goulags.
.
Beria permet l'arrestation du fils de Staline,
Vassili, pour "dissipation des biens de l'État". Il évoque à
demi-mot les méfaits du culte de la personnalité. Il affirme que
le parti doit s'éclipser derrière le gouvernement et le laisser
travailler. Enfin, il purge lui-même les rouages du système
répressif et d'espionnage (exécution d'Abakoumov, chef de la
Sécurité d'État, laquelle devient à cette occasion le KGB).
.
Cette politique
réformatrice entraîne la chute de Beria. Il est éliminé, à la demande
de Khrouchtchev, pour "activités criminelles et contraires au parti".
Jugé en décembre 1953, il est condamné à mort et
exécuté.
.
Plusieurs autres hauts
dirigeants, amis de Beria, sont exécutés en 1954.
La déstalinisation :
Sur l'initiative de Khrouchtchev, qui s'affirme progressivement
comme le nouvel homme fort de Moscou, le XXe Congrès du parti
(février 1956), marque un tournant en rompant avec le système
stalinien pur et dur.
.
Le rapport Khrouchtchev dénonce en premier lieu le culte de la
personnalité. Outre cette critique à très forte charge
symbolique, Khrouchtchev accuse Staline "d'arrestations et de
déportations massives de milliers de personnes, de l'exécution
sans procès et sans enquête d'honnêtes et d'innocents communistes".
.
Il l'accuse encore d'avoir mal préparé la défense
contre l'invasion allemande de juin 1941 et d'avoir mal géré
l'effort de guerre, causant la mort inutile de "centaines de
milliers de soldats". Il précise que, "maladivement soupçonneux", Staline
"avait à l'évidence des plans pour
achever les anciens membres du politburo".
.
Dans un premier temps, les
attaques contre Staline choquent profondément l'orthodoxie
communiste en URSS et à travers le monde. Durant la campagne de
déstalinisation, les portraits de l'ancien chef d'État sont
retirés des lieux publics, les institutions et les localités
portant son nom sont rebaptisées et les livres d'histoire
réécrits.
.
Cependant, le système soviétique ne se libéralise ni
subitement ni entièrement, au contraire.
.
Le XXe Congrès est, de
ce point de vue, un événement paradoxal : il ouvre la voie à la
coexistence pacifique (permise en particulier par la disparition
des fronts coréen et indochinois), mais il ne solde pas la
prétention de l'URSS à l'hégémonie sur les pays du pacte de
Varsovie : fondé en mai 1955, celui-ci repose sur un pacte
d'assistance mutuelle en cas d'agression extérieure; il est le
pendant, à l'Est, de l'OTAN.
Apogée et disgrâce de
Khrouchtchev : Ayant ainsi à la fois
ouvert la voie des réformes (recul du goulag, décentralisation du pouvoir
industriel, réforme industrielle favorable à la chimie…) et
souligné son attachement à l'intégrité de la zone d'autorité
soviétique, Khrouchtchev prend l'ascendant sur le parti et sur
le pouvoir, non sans problème néanmoins.
.
Molotov, Malenkov et Kaganovitch sont mis en accusation en juin 1957. En octobre,
c'est au tour de l'un des derniers opposants à Khrouchtchev, le
maréchal Joukov, d'être mis sur la touche. En mars 1958,
Khrouchtchev parachève sa "prise du pouvoir" en remplaçant
Boulganine, démissionnaire de son poste de président du Conseil
des ministres.
.
Comme Staline avant lui, il dispose désormais des deux
principaux postes : la direction du parti et celle du
gouvernement. C'est la fin de la direction collégiale; et c'est
aussi la fin des heures chaudes de la première guerre froide,
puisque le chef du Kremlin rencontre Dwight Eisenhower à Camp David
en septembre 1959, scellant ainsi les grandes lignes de son
œuvre sur le plan des relations internationales, en particulier
la "coexistence pacifique".
.
À l'occasion du XXIe Congrès du parti en 1961, Khrouchtchev
tente de relancer la déstalinisation. Il obtient le retrait de
la dépouille de Staline du mausolée où il repose aux côtés de
Lénine et l'exclusion du parti des staliniens qui s'étaient
opposés à lui en 1956-1957. Mais cette déstalinisation a ses
limites. Les années soixante voient un recul de l'antistalinisme
et un regain de crédit en faveur de Staline, père de
l'édification du communisme, du PCUS et vainqueur de la Seconde
Guerre mondiale.
.
À terme, les initiatives
réformistes de Khrouchtchev et les crises de la guerre froide
lui valent sa place. Dans le procès qui est peu à peu instruit
contre lui, on lui reproche, en particulier, ses échecs en
matière de politique agraire et industrielle, mais également sa
politique extérieure.
.
Le
15 octobre 1964, il est relevé de ses fonctions et remplacé par
Kossyguine à la présidence du Conseil des ministres et par
Brejnev à la tête du PCUS.
Brejnev, maître de
l'URSS : De 1965 à 1970, Brejnev et
Kossyguine travaillent de concert. Sans apporter de
transformations radicales dans les grandes options politiques et
économiques de l'URSS, ils accomplissent un certain nombre de
réformes : autonomie comptable des entreprises, autonomie accrue
des kolkhozes pour assurer un meilleur revenu aux agriculteurs,
amorce d'une coopération avec l'Ouest (1966), réhabilitation des Tatars de Crimée,
signature d'un traité de non-prolifération des armes atomiques
(juillet 1968).
.
Pour autant, la tension avec la Chine et la
répression du Printemps de Prague (1968) viennent rappeler que
les visées hégémoniques sur le monde communiste ne changent
pas.
.
Au lendemain de la
répression en Tchécoslovaquie, l'URSS réaffirme son autorité, en
particulier sur l'Albanie, la Pologne, la Roumanie,
la Yougoslavie.
.
Brejnev est désormais l'un des principaux
maîtres d'œuvre de cette politique de reglaciation. Réélu
secrétaire général du parti en 1976, il cumule (dès 1977)
les fonctions de président du Conseil et de président du Soviet
suprême. Une nouvelle Constitution est proclamée cette même
année, mais l'URSS reste
monolithique et Brejnev, par certains aspects, tente même de
recréer à son profit une dynamique de culte de la personnalité
rappelant les années staliniennes.
La dissidence :
Un courant peu nombreux mais persistant d'intellectuels,
d'artistes, de croyants et de nationalistes dissidents produit
des manifestes critiques, fait circuler de la
littérature clandestine (samizdat) et organise des
manifestations pour une plus grande liberté.
.
Un "dégel" dans
le contrôle gouvernemental, à l'époque de Khrouchtchev, est
suivi par un retour à une politique plus répressive, en
particulier après le Printemps de Prague (1968). Des centaines
de dissidents accusés d'activités subversives sont révoqués,
emprisonnés, internés en psychiatrie ou au goulag. Parmi les
plus célèbres figurent l'écrivain
Alexandre Soljenitsyne et le
physicien Andreï Sakharov.
.
Interdit de publication en Union soviétique en 1968,
Soljenitsyne est expulsé d'URSS en 1974. Quant à Sakharov, il
n'est pas inquiété pendant longtemps, en raison de sa réputation
scientifique. Mais sa dénonciation de l'intervention soviétique
en Afghanistan, en décembre 1979
lui vaut, dès le mois suivant, d'être placé en résidence
surveillée à Gorki (aujourd'hui Nijni-Novgorod). Il ne sera
autorisé à rentrer à Moscou qu'en décembre 1986, sous
Gorbatchev.
.
La dissidence compte également nombre de Juifs désireux
d'émigrer en Israël;
un départ que le gouvernement refuse obstinément, par peur du
précédent et pour ne pas perdre des citoyens formés à grands
frais.
Relations avec
l'Ouest :
OTAN (Organisation du
Traité de l'Atlantique Nord) :
L'ensemble de la politique extérieure soviétique est cependant,
et avant tout, déterminée par l'évolution des relations
entretenues avec les États-Unis et le camp de l'OTAN.
.
Périodes de crise aiguë et
de détente se succèdent jusqu'au tournant gorbatchévien de
1985-1989.
La crise de Cuba :
Après les épisodes tendus de la guerre froide autour de la
guerre en Corée et, indirectement, autour de la question
indochinoise, la période de la coexistence pacifique assure une
détente des relations est-ouest, que vient seulement perturber
l'édification du mur de Berlin en 1961.
.
Mais, en 1962, lors de
la crise des fusées de Cuba, la tension redevient paroxystique.
.
L'URSS entretient alors d'étroites relations avec le
gouvernement révolutionnaire cubain de
Fidel Castro, lui ayant
notamment promis son aide en cas d'attaque des États-Unis.
.
C'est
en partie pour contrer cette implantation provocante que les
États-Unis soutiennent le débarquement de la Baie des Cochons en
1961, dans l'espoir de renverser le régime castriste et
d'éradiquer la présence communiste dans les Caraïbes.
.
Mais en
1962, alors que les relations entre l'URSS et les États-Unis sont
déjà dégradées, l'URSS équipe des bases cubaines de missiles
d'attaque.
.
Le président américain
John F. Kennedy exige leur
retrait en octobre.
.
Khrouchtchev cède : la crise des fusées
constitue un des sommets de la guerre froide et les analystes
s'entendent à dire que c'est probablement à cette période que le
monde a le plus frôlé le précipice, à deux doigts de plonger
dans une troisième guerre mondiale, une guerre nucléaire.
Contrôle des
armements : Mais dès avant la crise
cubaine, l'URSS et les États-Unis ont pris langue autour de la
question essentielle du désarmement. En 1954 puis en 1959,
l'Union soviétique propose un désarmement total. Cette
proposition échoue lorsqu'elle s'oppose aux dispositions de
vérification des accords.
En 1960, elle annonce une réduction
d'environ un tiers de sa puissance militaire et en demande
autant au camp adverse. Toutefois, les nations occidentales
refusent de suivre une telle proposition sans que l'URSS accepte
les contrôles.
.
Le problème de la limitation bilatérale des armements reste
pourtant crucial et c'est autour de la question de la
non-prolifération nucléaire que l'URSS accepte enfin de
négocier.
.
En 1963, l'année où est installé le
"téléphone rouge" (ligne directe entre la Maison-Blanche et le Kremlin), l'URSS signe un
accord avec les États-Unis et le Royaume-Uni interdisant tous
les essais nucléaires à l'exception des essais souterrains. Elle
rejoint également les États-Unis en acceptant de garder l'espace
dépourvu de tout armement.
.
En 1968, l'URSS signe cette fois un
traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (avec la
Grande-Bretagne et les États-Unis) et rouvre la porte aux
négociations directes. En témoignent la visite de Richard Nixon
à Moscou en 1972, puis la rencontre Brejnev-Ford au sommet de
Vladivostok (1974). Dans la même logique, une série de
pourparlers sur la limitation des armes stratégiques (dits
accords "Salt 1 & 2") entre les deux superpuissances, entamés en
novembre 1969 à Helsinki aboutissent à des accords en mai 1972,
novembre 1974 et mai 1976 notamment, qui tous limitent le nombre
de missiles et de sites de tir.
Aléas de la guerre
froide et de la détente : Du reste, les
progrès de la détente ne vont pas sans à-coups ni retours en
arrière.
.
Ainsi en va-t-il de la période 1968-1975, depuis le
Printemps de Prague (1968) et de l'intervention militaire
soviétique qui s'ensuit jusqu'à la guerre du Viêt-Nam qui fait
resurgir le spectre d'un conflit est-ouest. De même, la
condamnation internationale de
l'intervention soviétique en Afghanistan marque une relance de
la guerre froide au tournant des
années 1970-1980.
.
Si plusieurs accords américano-soviétiques prévoient la
coopération dans les domaines de la recherche sanitaire, de la
protection de l'environnement, de la science et de la
technologie, de la culture, de la conquête de l'espace, de la
prévention des accidents maritimes et de la limitation des
armements, la tension menace toujours de resurgir, surtout dans
les dernières années du règne brejnévien.
.
Cette tension est
alimentée par les controverses internationales qui touchent à la
situation de crise dans la Pologne de Solidarnosc (Solidarité,
mouvement syndical revendicatif de libertés, au début des
années quatre-vingt; on y craint une intervention militaire soviétique),
au sort réservé aux dissidents.
.
En dépit de ces tensions, les Soviétiques et les Américains
parviennent à un accord sur un nouveau traité, Salt II, en mai
1979, et Leonid Brejnev rencontre le président Jimmy Carter à
Vienne pour la signature officielle un mois plus tard.
L'intervention armée des Soviétiques en Afghanistan en décembre
1979 empêche toutefois la ratification de l'accord par le
Congrès américain.
.
Au milieu des années 80,
les missiles SS 20 soviétiques braqués sur l'Europe
occidentale incitent les Américains et l'OTAN à déployer des Pershing II
et des Cruise-missiles en Europe. Choix effectué au grand
mécontentement d'organisations humanistes, écologistes et
gauchistes européennes (parfois abondamment subsidiées par
les ambassades soviétiques, principalement celle de La Haye),
qui agitent le spectre de la guerre nucléaire, de la
provocation américaine et jouent sur la peur des populations
pour organiser de vastes et impressionnantes manifestations
pacifistes... anti-américaines.
.
La guerre froide n'est pas
morte et l'on atteint des sommets en matière de manipulation des
media, de désinformation, ainsi que dans l'art consommé
d'utiliser la psychologie des foules. Un des nombreux domaines
d'excellence du KGB.
.
Il faut attendre l'arrivée
de Mikhaïl Gorbatchev (1985) pour que l'URSS entre réellement et
durablement dans une logique de vraie détente.
.
Le pays n'a plus alors ni
l'envie ni les moyens de se maintenir dans l'état de tension et
de sacrifices qu'impose depuis près de quarante ans la
concurrence stratégique, militaire et diplomatique avec les
États-Unis.
Effilochage,
désagrégation et dissolution :
Politique indécise :
À la mort de Leonid Brejnev (novembre 1982), Iouri Andropov,
ancien chef du KGB (Komitet Gossoudarstvennoï Bezopasnosti,
"comité pour la sécurité d'État") et ambassadeur en Hongrie,
lui succède au secrétariat général du parti et à la tête de
l'État, poursuivant ainsi la tradition établie depuis Staline.
.
Andropov maintient l'action militaire en Afghanistan. Il oppose
son veto au principe de l'option "zéro" en matière d'armement, proposée
par les États-Unis.
.
Il ne libéralise pas la société. Le temps de
l'affaire du Boeing du Korean Airlines (un avion de ligne abattu
par l'armée soviétique en août 1983), il fait même chanter de
nouveau les sirènes de la guerre froide, en accusant les
Occidentaux d'avoir provoqué cet incident pour mettre l'URSS en
accusation.
.
Mort à l'issue d'une longue maladie le 9 février 1984, Andropov
est remplacé par Konstantin Tchernenko, qui s'arroge aussitôt
les deux pouvoirs suprêmes, mais décède à son tour le 10 mars
1985.
.
Le 11 mars, Mikhaïl
Gorbatchev, proche conseiller d'Andropov et âgé de seulement
54 ans, accède à la tête de l'URSS et ouvre l'ère d'une longue
et difficile transition.
Glasnost et
Perestroïka : Après avoir assuré son
pouvoir en changeant les membres du Politburo, Gorbatchev lance
une campagne destinée à réformer la société soviétique. Ses mots
d'ordre sont : "perestroïka"
(restructuration) de l'économie
nationale et "glasnost"
(transparence) dans les affaires
politiques et culturelles.
.
Lors de la XIXe Conférence du parti
en juin 1988, il propose une série de réformes
constitutionnelles qui doivent transférer le pouvoir du parti à
des représentants élus par le peuple, réduire le rôle du parti
dans la gestion de l'économie locale et accroître largement le
pouvoir du président. Trois mois plus tard, Andreï A. Gromyko
démissionne du poste de président qu'il occupait depuis 1985.
Gorbatchev lui succède et dispose dès lors d'une plus grande
latitude pour réformer la société soviétique.
.
Les initiatives qu'il prend entre 1985 et 1990 (suppression du
parti unique, nouvelle loi électorale, démocratisation de la
presse, amorce d'une réforme économique reconnaissant le rôle du
marché et de la propriété privée, lutte contre l'alcoolisme, etc.)
rencontrent de vives résistances.
.
En mars 1989, les électeurs
soviétiques participent à leur première élection nationale
depuis 1917 et désignent le nouveau Congrès des députés du
peuple. À son tour, celui-ci se réunit en mai pour élire le
Soviet suprême et Gorbatchev pour un mandat présidentiel de cinq
ans. Ce dernier accroît alors l'autorité de la présidence
soviétique et transfère le pouvoir du parti communiste aux
assemblées législatives élues dans les républiques de l'Union.
.
Gorbatchev rencontre de grandes difficultés internes sur le plan
politique, économique et social. L'accident nucléaire de
Tchernobyl d'avril 1986 et le tremblement de terre arménien de
1988 (25 000 morts et 400 000 sans-abri) ralentissent son action;
mais peu, grâce à ses audaces et à sa popularité
internationale qui ne cesse de croître et lui vaut en octobre
1990 le prix Nobel de la paix, qui confère une aura nouvelle à
son action.
.
Mais tout autant que les réformes intérieures qui ouvrent la
voie à la démocratisation de l'URSS, cette distinction couronne
son énergique travail en faveur du dégel et de l'éclatement du
carcan communiste qui pèse sur l'Europe de l'Est.
Pacification et
rapprochement avec l'Ouest : Gorbatchev commence par solder
la question afghane, boulet économique et bourbier militaire qui
mécontente la population. Le retrait s'achève en février 1989. En
octobre, l'URSS reconnaît que la guerre d'Afghanistan a
constitué un viol des "règles de bon comportement".
.
Parallèlement à cette
démobilisation qui met fin à l'une des dernières actions
expansionnistes de l'URSS brejnévienne, Gorbatchev tient, entre
1985 et 1990, une série de conférences au sommet avec les
présidents américains Ronald Reagan, puis George Bush.
.
En décembre 1987, les deux présidents signent un
accord qui élimine les missiles à moyenne portée et certains
missiles à courte portée. En mai 1990, Gorbatchev et Bush
paraphent un traité qui met fin à la production d'armes
chimiques et réduit les arsenaux déjà existants et, en juillet
1991, ils signent le traité START I qui prévoit une réduction de
25 p. 100 environ des têtes nucléaires.
.
En décembre 1988, lors
de l'Assemblée générale de l'ONU, Gorbatchev annonce une
réduction unilatérale des forces conventionnelles, notamment en
Europe de l'Est et le long de la frontière sino-soviétique.
Puis, en mai 1989, lors de la visite à Pékin du dirigeant
soviétique, la Chine et l'URSS renouent des relations normales
après une éclipse de trente années.
.
En décembre suivant, lors
d'une entrevue avec le pape Jean-Paul II, à Rome,
Gorbatchev promet le retour à la liberté de culte. Les relations
diplomatiques avec le Vatican sont rétablies. La levée des
restrictions à l'émigration juive vers Jérusalem permet le
réchauffement des relations avec Israël.
.
Enfin, décision hautement
significative soulignant l'évolution de la géostratégie depuis
l'arrivée de Gorbatchev au Kremlin, l'URSS s'associe aux forces
de l'OTAN lors de la guerre du Golfe.
La dissolution :
Au nombre des ruptures radicales avec l'ancienne politique
soviétique figure le refus de l'URSS d'intervenir en Europe de
l'Est lorsque les révolutions démocratiques de 1989, dont
Gorbatchev est l'un des principaux inspirateurs, balaient en
quelques mois les État-partis nés dans l'orbite de l'URSS après
la Seconde Guerre mondiale.
.
Les dissolutions du pacte
de Varsovie (25 février 1991) et du Comecon (28 juin 1991)
participent de la volonté gorbatchévienne de faire sortir l'URSS
de l'ornière de soixante-dix ans de communisme et de repli sur
soi.
.
L'État soviétique n'est
pourtant pas à l'abri des forces qui
renversent les régimes d'Europe de l'Est et Gorbatchev lui-même
aura à en souffrir.
.
En février 1990, alors que l'économie soviétique se dégrade
rapidement, le PCUS accepte d'abandonner le monopole du pouvoir
politique. Cette évolution et le succès des forces d'opposition
lors des scrutins qui suivent entament le crédit dans le pays
d'un Gorbatchev qui fait face aux élans
sécessionnistes de plusieurs républiques.
.
Le 11 mars, la
Lituanie proclame son indépendance, défiant Moscou et ses
menaces de sanctions, qui se révèlent réelles, puisque des chars
débarquent le 23. Cependant, des mouvements nationalistes et
indépendantistes ou autonomistes touchent d'autres Républiques
(Estonie, Lettonie, Ouzbékistan, Arménie, Ukraine, Biélorussie,
Géorgie).
.
En novembre 1990, Gorbatchev, dont la cote de
popularité s'effondre tente d'augmenter ses
prérogatives exécutives en tant que président de la République
et de mettre en place de nouvelles réformes politiques et
économiques.
.
Aux premiers jours de 1991, l'URSS vit une profonde tourmente.
.
De janvier à mars, la crise balte bat son plein et les populations
autochtones se déclarent en faveur de l'indépendance.
.
En mars,
tandis que la Géorgie fait sécession, neuf des quinze
Républiques acceptent de participer à un référendum sur
l'organisation d'une "Union rénovée".
.
Tous ces facteurs valent
son poste de président à Gorbatchev, auquel Boris Eltsine
succède le 12 juin. Il poursuit cependant activement sa
diplomatie de détente avec les États-Unis.
.
Le 19 août au soir, un communiqué de l'agence TASS annonce
qu'"incapable d'assumer ses fonctions pour des raisons de santé",
Gorbatchev est remplacé par G. Ianaev.
.
En fait, Gorbatchev vient
d'être victime d'un putsch fomenté par un groupe de communistes
irréductibles comprenant de nombreux officiers de haut rang. Il
est placé en résidence surveillée.
.
Menés par le président Boris
Eltsine, les réformateurs, s'appuyant sur un fort soutien
populaire anti-putschiste, réussissent à maîtriser le coup
d'État et commencent à démanteler l'appareil du parti.
.
Avec une URSS au bord de l'explosion, le Congrès des députés du
peuple accepte, le 5 septembre, d'instaurer un gouvernement de
transition au sein duquel un Conseil d'État, dirigé par
Gorbatchev et comprenant les présidents des Républiques
participantes, exercerait des pouvoirs d'exception.
Le
lendemain, le Conseil reconnaît l'indépendance totale des trois
pays Baltes. Le 17 décembre, Gorbatchev et Eltsine annoncent que
l'URSS cessera d'exister avant la fin de l'année. Le 21, l'URSS
cesse formellement d'exister, lorsque les représentants des
douze Républiques restantes (l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la
Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Moldavie, la
Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Ukraine et
l'Ouzbékistan) acceptent de former la Communauté des États indépendants
(CEI).
Gorbatchev démissionne le
25 décembre et le Parlement soviétique reconnaît la dissolution
de l'URSS le 26, mettant ainsi fin à soixante-quatorze ans de
régime communiste.