Sunnisme,
courant majoritaire de l'islam.
L'autre principale tradition musulmane est le
chiisme, considéré par les sunnites comme plus ou moins
hérétique.
.
Les sunnites sont ainsi appelés
du fait de l'importance qu'ils accordent à la Sunna, l'ensemble des
paroles et des actions du prophète Mahomet que tous les croyants doivent s'efforcer d'imiter.
La Sunna et le
Coran sont considérés comme les deux sources principales de
la loi islamique. Les chiites soulignent aussi l'importance de
la Sunna, à la différence qu'ils y incluent les paroles et les
actions de leurs
imams. Les sunnites ayant été les premiers à établir la primauté
de la Sunna, il est fort probable qu'ils se soient fait appeler les
« gens de la Sunna » pour se distinguer des autres groupes
musulmans, et cela avant même que les chiites aient développé leur
propre système juridique..
Selon la loi sunnite traditionnelle, l'idée existait déjà du vivant
de Mahomet de consulter et suivre l'exemple du Prophète en cas de
doute sur une question religieuse ou juridique. Les injonctions du
Coran appelant à « obéir à
Allah (Dieu) et à son Prophète » sont fréquemment citées pour
justifier cette idée...
D'après cette théorie, les
compagnons du Prophète, lorsque celui-ci était encore en vie,
s'attachaient particulièrement à se rappeler ses paroles et ses
gestes et ils les transmirent après sa mort à la génération
suivante, qui la passa à son tour à la suivante, et ainsi de suite.
Les anecdotes individuelles par lesquelles étaient transmises les
paroles ou les actions du Prophète furent appelées hadiths.
.
Après la mort du Prophète,
lorsqu'une question religieuse ou juridique venait à se poser, il
était d'usage parmi les hommes pieux d'examiner le Coran et la Sunna
pour y trouver une réponse. De cette façon, l'autorité du Prophète
se perpétuait même après sa disparition.
.
Six recueils de hadiths
furent acceptés par l'ensemble des musulmans sunnites comme faisant
autorité et possédant un statut plus élevé que d'autres collections
existantes. Il s'agit des compilations d'al-Bukhari, de Muslim ibn
Hajjaj, d'Ibn Maja, d'Abu Dawoud, d'al-Tirmidhi et d'al-Nasa'i,
considérées par les sunnites comme des textes canoniques dont
l'autorité venait immédiatement après celle du Coran. Puisque la
Sunna du Prophète qui y était relatée était reconnue d'inspiration
divine, ces écrits furent eux-mêmes tenus comme une forme de
révélation de Dieu.
.
Al-Chafii posa le principe selon
lequel, lorsqu'il existait un verset coranique ou un
hadith relatif à la question posée, il fallait le
considérer comme l'autorité en la matière aux dépens
de toutes les autres sources. Ce fut l'acceptation
générale de la théorie d'al-Chafii qui marqua
réellement l'émergence de l'islam sunnite.
.
En dehors du Coran et de la
Sunna, il existe une troisième source théorique importante de la loi
sunnite, qui est constituée par le consensus de l'ensemble des
musulmans : l'ijmaa.
Si la communauté accepte une pratique ou une
doctrine, celle-ci devient légitime, même si elle
n'est pas justifiée par un verset ou un hadith. Ce
principe trouve en fait sa justification dans un
hadith qui rapporte que le Prophète aurait dit :
« Ma communauté ne peut tomber d'accord sur une
erreur ».
DISTINCTIONS
ENTRE CHIITES ET SUNNITES
:
Les imamis
et les
ismaïliens
concentrent
leur foi
sur
leurs
doctrines
respectives
de
l'imamat,
ce qui
leur
donne
une
conception
totalement
différente
de
l'autorité
telle
qu'elle
est
conçue
chez les
sunnites
et les
chiites
zaydites.
Les
sunnites
et les
zaydites
rejettent
de même
la
croyance
imami et
ismaïlienne selon laquelle les imams ont droit au pouvoir absolu
et possèdent une connaissance complète de toutes les sciences
(par exemple, juridique, théologique et exégétique).
Par opposition aux sunnites, les imamis
et
les
ismaïliens
pensent
que
les
paroles
et
les
actions
des
imams
(en
raison
de
leurs
connaissances
accordées
par
Allah,
leur
perfection
et
leur
infaillibilité)
ont
une
origine
divine
au
même
titre
que
celles
du
Prophète
et
sont
donc
également
des
hadiths.
Les
imamis
et
les
ismaïliens
croient
également
que
les
hadiths
ne
sont
valables
que
si
ceux
qui
les
transmettent
sont
imams
ou
vrais
musulmans
(c'est-à-dire
chiites) :
la
plupart
des
hadiths
sunnites
et
zaydites
ne
sont
donc
pas
reconnus,
au
moins
en
théorie.
Les
sunnites
et
les
zaydites
peuvent
admettre
que
les
imams
imamis
et
ismaïliens
transmettent
oralement
les
lois
(les
hadiths
prophétiques),
mais
renient
tous
les
hadiths
dont la source est un imam et non le Prophète. Alors que les hadiths
sunnites et chiites diffèrent beaucoup en ce qui concerne leurs
théories de transmission, leur contenu varie peu, sauf ce qui est
relatif à l'autorité et à la théologie.
Les sunnites et les chiites ont adopté des théologies très
différentes : les imamis et les zaydites suivent
une forme de mutazilisme (l'ancienne théologie
officielle de plusieurs califes abbassides).
Contrairement aux sunnites qui croient que le
Coran n'a pas été créé et que l'histoire humaine
et l'univers sont prédéterminés — les imamis et
les zaydites croient en la libre volonté humaine
et dans la création temporelle du Coran. Les
ismaïliens, par ailleurs, suivent un système
philosophique adapté du
néoplatonisme, également adopté par de nombreux
groupes soufis et philosophes musulmans. En général, les théologies
chiites ne sont pas en accord avec leurs contreparties sunnites
(dont l'acharisme) et sont bien plus sensibles à des influences
philosophiques.
Les
chiites représentent une minorité en islam et ont donc tendance à se
sentir attaqués et à développer des attitudes élitistes et des
interprétations ésotériques : par conséquent, non seulement ils
ignorent l'opinion de la majorité, mais ils se glorifient en outre
de leur statut de minorité. Les imamis croient que les imams
choisis par Allah comme dirigeants légitimes du monde ont été non
seulement évincés mais également persécutés ; ils acceptent donc
plus volontiers les théories de complot que les autres musulmans.
La politique des chiites est étroitement liée au génie de leur
culture et à cette vision du monde.
En
dépit de leurs différences et d'une histoire tumultueuse, les
sunnites et les chiites ont tenté plusieurs fois de réduire leurs
différences au cours des derniers siècles. En Iran, au
XVIIIe siècle, le
dirigeant chiite imami Nader Chah a
essayé, sans succès, de transformer
le chiisme imami en une cinquième
école légale sunnite appelée
Jafari madhhab. Quand, en 1922,
le nouveau gouvernement de la
République turque a commencé à
discuter de l'abolition du califat de « tous les musulmans
sunnites », deux chiites ont été envoyés d'Inde pour
transmettre les inquiétudes des
communautés chiites et sunnites. La
récente réaction de sympathie de
certains membres du monde sunnite
envers la condamnation (fatwa) du
dirigeant iranien chiite
Khomeiny contre
Salman Rushdie pour son livre
les Versets sataniques est un
autre exemple intéressant de rapprochement.