démocratie,
(du grec dêmokratia, dêmos, «peuple»; kratein,
«gouverner»), système politique dans lequel la souveraineté procède de
l’ensemble des citoyens..
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La démocratie, dont le principe fondateur
«gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple» se retrouve par
exemple dans la Constitution française, est dite directe, lorsque le peuple est
investi d’une responsabilité effective sur l’ensemble des décisions ayant trait
à la collectivité, ou représentative, lorsque le peuple délègue librement le
pouvoir de gouverner à des mandants. À la fois conçue comme une valeur,
constitutive d’un objectif à atteindre (la liberté pour tous réalisée dans
l’organisation collective), et comme une technique de gouvernement, la
démocratie s’est incarnée dans de nombreux modèles et selon des formes
différentes.
ORIGINES DU
CONCEPT DE DEMOCRATIE.
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Pour les cités-États de la Grèce classique,
comme Athènes, la démocratie directe, modèle opposé à la
tyrannie et à l’oligarchie, paraît le mode de gouvernement le
plus adapté à de petites entités, soucieuses d’autonomie et dotées
d’une forte homogénéité sociale. Tous les citoyens peuvent
effectivement prendre la parole et voter à l’Agora, l’assemblée de
la cité, à l’exception notable des femmes, des esclaves et des
«métèques» (non autochtones) qui, exclus de la citoyenneté, n’ont
aucun droit politique. La démocratie romaine ressemble à celle des
Grecs, bien que Rome ait parfois accordé la citoyenneté à des hommes
nés hors de la cité..
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À partir du Moyen Âge, l’idée démocratique
s’efface devant la montée du modèle théocratique, qui fait de la
religion, inséparable d’une vision hiérarchique de la société, la
base de la légitimité du pouvoir et celle de l’organisation sociale
dans son ensemble. La prééminence peu à peu acquise par la
monarchie aux dépens de la papauté ne remet pas en question, bien au
contraire, l’idée selon laquelle l’individu n’existe au sein de la
société qu’en fonction de la place qui lui a été assignée par sa
naissance, système qui veut que le pouvoir soit exercé par ceux-là
seuls qui, par nature, en ont reçu la capacité..
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Toutefois, certaines conceptions issues du
christianisme, comme l’affirmation selon laquelle les hommes
sont égaux devant Dieu, contribuent à une nouvelle formulation de
l’idée démocratique dès la fin du Moyen Âge, en liaison avec le
déclin du féodalisme, l’émergence des premières formes du
capitalisme, et la constitution d’une bourgeoisie urbaine désireuse
de participer aux affaires publiques. S’inscrivant dans le cadre
d’une affirmation progressive de l’individualisme, la Renaissance
consacre l’idée d’une autonomie de l’Homme, qui doit s’entendre
comme autonomie et liberté de la conscience, mais également comme
une autonomie vis-à-vis d’un pouvoir en voie de sécularisation, dont
la légitimité fait l’objet d’une interrogation majeure.
LA
DEMOCRATIE MODERNE.
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Si le souverain n’est plus incontestable,
soit parce qu’on considère que sa qualité de représentant de Dieu ne lui confère
pas une légitimité absolue, soit parce qu’on estime que la monarchie telle
qu’elle existe ne garantit pas à chacun le bonheur auquel il aurait droit, la
question consiste à définir le «bon» modèle de gouvernement. La démocratie,
qui associe au pouvoir l’ensemble de la collectivité, apparaît dès lors comme
l’horizon de toute réforme politique d’envergure.
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La révolution anglaise constitue
l’une des premières tentatives de remise en cause de la monarchie absolue. La
guerre civile qui se déroule en Angleterre de 1642 à 1644 voit l’affrontement de
la petite noblesse et de la bourgeoisie puritaine avec le roi Charles Ier, dont
l’autoritarisme finit par provoquer la destitution, et l'exécution en 1649.
Cependant, il faut attendre la «glorieuse révolution» de 1688, marquée par la
formulation de la Déclaration des droits, pour que la limitation
effective apportée aux pouvoirs du souverain et la garantie des libertés
individuelles accordée aux citoyens préfigure la démocratie moderne.
L’Angleterre s’emploiera progressivement à en élaborer l’un des principaux
modèles, celui de la démocratie libérale et représentative, au cours des XVIIIe
et XIXe siècles. .
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Le siècle des Lumières marque un
approfondissement considérable de la réflexion sur la démocratie. Mettant
l’accent sur la valeur absolue de la liberté individuelle, le philosophe anglais
John Locke, auteur du Traité sur le gouvernement civil (1690),
se prononce en faveur d’une monarchie constitutionnelle, où le souverain, tenant
son pouvoir du pacte social et non plus du droit divin, peut être renversé par
l’insurrection s’il outrepasse ses prérogatives. Poursuivant cette réflexion
qui, sans remettre en cause le principe monarchique, s’interroge sur la forme
que doit revêtir le pouvoir pour qu’il soit considéré comme légitime,
Montesquieu fait franchir un pas décisif à la pensée politique en formulant la
théorie de la séparation des pouvoirs, en vertu de
laquelle une limitation réciproque des prérogatives de l’exécutif, du législatif
et du judiciaire évite toute dérive vers l’absolutisme..
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Jean-Jacques Rousseau fait de toute
forme de collectivité politique la résultante d’un contrat social, par lequel
chaque citoyen, se soumettant à la volonté générale incarnée par le corps social
dans son ensemble, est plus libre que s’il était isolé face au pouvoir d’un
seul, et plus heureux puisque la collectivité favorise nécessairement le
bonheur du plus grand nombre..
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Cette conception, qui fait primer le collectif
sur l’individuel, est l’une des sources de la conception moderne de la
démocratie, mais elle est entrée fréquemment en conflit avec le modèle de la
démocratie représentative et libérale tel qu’il a été défini par les révolutions
américaine et française..
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La guerre de l’Indépendance américaine,
née de la volonté des colonies américaines de s’affranchir de la domination
britannique, est à l’origine de la création des États-Unis d’Amérique.
S’appuyant sur la déclaration d’Indépendance de 1776, rédigée par Thomas
Jefferson, la Constitution de 1787, conciliant avec souplesse désir
d’autonomie des États et nécessité d’un certain centralisme fédérateur,
définit les contours d’une démocratie représentative soucieuse de la garantie
des libertés individuelles..
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La Révolution française, en
raison de son caractère radical et de son retentissement en Europe, a exercé
l’influence la plus déterminante sur la formation de l’idée démocratique
moderne. En effet, l’importance de la Révolution française ne réside
pas tant dans un changement brutal de régime, puisque la France connaîtra de
nouveau des formes plus ou moins autoritaires de régime monarchique au
XIXe siècle, mais dans l’affirmation d’un certain nombre de principes qui
acquièrent peu à peu une portée universelle. Découlant de la
Déclaration des droits de l’Homme
adoptée en 1789, la consécration des principales libertés publiques (sécurité
et sûreté individuelles, liberté d’opinion, d’expression, de circulation) a
dessiné d’une manière définitive l’idéal d’une société démocratique, quel que
soit le type de régime politique dans lequel elle s’incarne..
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Avant la fin du XIXe siècle, toutes les
grandes monarchies d’Europe occidentale ont adopté une constitution qui limite
ou encadre le pouvoir de la Couronne et accorde une part plus ou moins
importante du pouvoir politique à des représentants élus, sur le modèle de la
Grande-Bretagne, berceau du régime parlementaire. Dans le cadre de ce
mouvement, le droit de vote connaît des extensions successives, jusqu’à devenir
universel dans la plupart des sociétés démocratiques occidentales.
LA DEMOCRATIE AU XXè siècle.
Les démocraties modernes mêlent, en
général, des formes de démocratie représentative et de démocratie directe. Dans
le premier modèle, le pouvoir politique est exercé par les représentants élus
au suffrage populaire par les citoyens et responsables devant eux, ou bien,
plus rarement, il est exercé directement, notamment par le référendum, utilisé
dans certains pays, de manière large comme en Suisse, de manière beaucoup plus
restreinte en France.
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Les démocraties modernes entendent protéger
la liberté individuelle tout en permettant la décision majoritaire. Elles
garantissent les droits politiques individuels conformément au principe de la
participation des citoyens aux affaires publiques (droit de suffrage notamment).
Elles permettent le multipartisme, institutionnalisent la lutte pacifique pour
le pouvoir politique, et tentent de concilier les principes parfois
contradictoires d’égalité et de liberté.
LES LIMITES DE LA DEMOCRATIE.
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Néanmoins, la démocratie n’est qu’un
concept vide si tous les citoyens n’ont pas accès à l’information ou à un niveau
d’instruction qui leur permette de participer au débat politique. Cette
conception, qui souligne que la démocratie n’a pas pour seule finalité de
garantir l’autonomie de l’individu mais aussi celle de favoriser son insertion
et sa participation dans une collectivité qui ne serait rien sans lui, a inspiré
les tentatives modérées d’inscrire dans les Constitutions certains droits
sociaux, à l’image de la Constitution française de 1946.
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Ainsi, l’existence formelle d’une Constitution
démocratique ne saurait garantir pour autant le caractère réel de la démocratie,
dans la mesure où tout pouvoir peut s’affranchir par la force ou par des
pratiques plus discrètes des limites qui lui sont fixées, dès lors que l’opinion
publique ne parvient plus à faire entendre sa voix. Ainsi la démocratie
semble toujours enfermée dans le dilemme qu’a souligné au XIXe siècle l’un de
ses plus éminents analystes, Tocqueville : favorisant
l’égalité de tous plutôt que la liberté de chacun, la démocratie est toujours
fragile, à moins que l’action des corps intermédiaires et la qualité
du débat public évite la fragmentation du corps social, qui laisserait le
citoyen seul face au pouvoir.
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Lapidairement, avec son sens consommé de la
formule, Winston Churchill résuma les limites de la démocratie en ces termes :
"Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq
minutes avec l'électeur moyen".