
Mohammad
Reza Chah Pahlavi
(1919-1980),
fut le dernier Shah (majesté impériale) d'Iran, renversé par la
Révolution Islamique de 1979. Soucieux de moderniser son pays et de
le faire passer du Moyen-Âge au XXè siècle en l'espace de quelques
décennies, il fit de l'Iran une puissance mondiale occidentalisée
qui heurta le conservatisme des religieux chiites et provoqua sa
perte.
JEUNESSE
:.
Mohammad Reza Pahlavi est le fils aîné
de Reza Khan, fondateur de la dynastie Pahlavi sous le nom de règne
de Reza Shah, et de la reine mère Tadj ol-Moluk. Il est le frère de
la princesse Shams (1917-1996) et le demi-frère de la princesse
Fatemeh Pahlavi, dite Hamdan Saltaneh (1912-1992), née d'une
précédente union.
Une fois son certificat d'étude obtenu, à la fin de l'été 1931,
Mohammad Reza Pahlavi quitte l'Iran afin de poursuivre son
instruction en Suisse. En 1936, au terme des cinq années passées au
collège du Rosey, à Rolle, le jeune prince revient au pays et achève
son apprentissage à l'Ecole des Officiers de Danechkadéyé-Afsari. Il
reçoit le diplôme des mains de son père le 28 septembre 1938, avec
le grade de sous-lieutenant.
Le 16 mars 1939, Mohammad Reza Pahlavi épouse la princesse Fawzia
(fille du roi Fouad Ier et soeur de Farouk Ier d'Egypte) au Palais
royal d'Abidin, au Caire, selon le rite
chiite. Une seconde cérémonie, de rite
sunnite, se déroule à Téhéran, au Palais impérial du Golestan,
le 25 avril 1939.
Si d'un point de vue politique ce mariage apporte le prestige et la
reconnaissance à la dynastie Pahlavi, il ne tarde pas à révéler ses
failles. Eloignée des salons chics d'Alexandrie et du Caire, Fawzia,
devenue reine d'Iran (malika Fawzia Pahlavi) à l'avènement de
Mohammad Reza, ne s'adapte pas à la cour de Téhéran. Hormis la
naissance d'une fille, la princesse Chahnaz, le 27 octobre 1940,
l'union est vécue comme un échec relationnel. Rentrée dans son pays,
la reine Fawzia se voit accorder le divorce par le gouvernement
égyptien dès 1945. Ce n'est que trois ans plus tard que les
autorités iraniennes confirment cette décision. Le divorce officiel
est donc accordé le 17 novembre 1948, à la condition que la
princesse Chahnaz reste sous la responsabilité de son père.
ACCESSION AU POUVOIR, PREMIER EXIL ET
RECONQUETE DU TRONE :.
Suite à l'abdication de son père,
écarté du pouvoir par les anglais et les soviétiques au début de la
Seconde Guerre mondiale, Mohammad Reza devient Chah d'Iran le
16 septembre 1941.
En 1953, le premier ministre nationaliste démocratiquement élu,
Mohammad Mossadegh, le force à s'exiler suite à leur opposition sur
la gestion des gisements pétroliers exploités par les Britanniques
et les Américains, que Mossadegh veut nationaliser.
Aidé par la
CIA
et le MI6 britannique, le chah remonte rapidement sur le trône.
L'ancien premier ministre Mossadegh est condamné à mort mais gracié
par le Chah et sa peine est commuée en un exil intérieur qui durera
jusqu'à sa mort.
Le Chah d'Iran devient un des dirigeants les plus importants du
Moyen-Orient, car il gouverne un pays riche en gisements pétroliers
et militairement puissant, tout en profitant de la bienveillance des
États-Unis. Il abolit le système multipartite qui lui est hostile et
instaure un régime autoritaire avec l'aide de la police politique
iranienne, la SAVAK, et le soutien des États-Unis.
En
1963, il entame la « révolution blanche » qui modernise
progressivement l'Iran pour en faire un pays occidentalisé.
La révolution blanche consiste en une régénération non-violente de
la société iranienne à travers des réformes économiques et sociales
ayant pour objectif de transformer l'Iran en une puissance
économique et industrielle mondiale.
Le Chah introduit des concepts économiques novateurs comme la
redistribution des profits aux ouvriers et initie des projets
d'industrie lourde financés par le gouvernement, ainsi que la
nationalisation des forêts, des pâturages et des ressources en eau.
Le plus important, cependant, était la réforme agraire qui fit
perdre aux grands propriétaires terriens la plupart de leur
influence et de leur pouvoir. Socialement, la Révolution Blanche
accorde plus de droits aux femmes, permet le développement du corps
médical, et injecte des fonds dans l'éducation, particulièrement
dans les zones rurales.
LA CHUTE :.
Sa politique aboutit à une croissance
économique très forte durant les années 1960 et 1970. Cependant, en
1978, devant la brutalité des méthodes de la SAVAK et le
faste ostentatoire de la famille impériale, le président américain
Jimmy Carter demande au chah d'oeuvrer plus efficacement en faveur
de la démocratisation de son pays.
Le chah fait appel à ses opposants les plus libéraux, comme Chapour
Baktiar, pour tenter de sauver le régime impérial perçu comme trop
autoritaire et trop occidentalisé, en particulier par des
conservateurs religieux que l'ayatollah
Khomeyni (exilé en France) exhorte à fomenter une
révolution
islamique fondamentaliste.
Le nouveau premier ministre, afin de rétablir la situation, demande
au chah de quitter l'Iran pour quelques semaines. Le 16 janvier 1979
l'avion transportant le couple impérial et quelques collaborateurs
décolle, c'est le début du second exil du Shah.
L'EXIL :.
Deux semaines plus tard, le
gouvernement Bakhtiar laisse l'ayatollah
Khomeyni
revenir en Iran. Après une lutte d'influence qui tourne à l'avantage
du chef religieux, Chapour Bakthiar est contraint à la fuite : le
dernier gouvernement du chah s'effondre. Le régime islamique
s'impose et va organiser une purge (la plupart des anciens ministres
et officiers de l'ancien régime, encore présents en Iran, sont jugés
et exécutés). Des menaces sont proférées contre les pays qui
accepteraient d'accueillir le chah, dont le retour est exigé : les
chefs religieux veulent le juger.
Accueillis dans un premier temps par le président Sadate en Egypte,
le Chah et l'impératrice Farah séjournent à Assouan durant une
semaine. Désireux de ne pas compliquer la tâche du président
égyptien confronté à la montée de l'islamisme,
mais qui leur offre néanmoins l'asile, le Chah préfère répondre
favorablement à l'invitation du Roi Hassan II qui l'accueille au
Maroc le 22 janvier 1979.
Après avoir provoqué la chute du régime du Shah en l'invitant à
faire un pas de côté, l'administration américaine de Jimmy Carter
confirme sa volonté de se désolidariser du sort de son plus fidèle
allié au moyen-orient. Lors d'une conférence de presse, le président
américain déclare que le Shah d'Iran "n'est pas le bienvenu sur le
territoire des Etats-Unis". La famille impériale se retrouve donc
dans l'impossibilité d'honorer l'invitation de Nelson et David
Rockfeller à s'installer à Palm Springs, en Californie.
L'exil marocain n'excède pas trois semaines car les services secrets
français informent le roi du Maroc et la famille impériale que les
religieux iraniens ont l'intention d'enlever ou d'intenter à la vie
des membres de la famille royale marocaine si celle-ci s'obstine à
soutenir le Chah. Hassan II refuse de céder au chantage, mais
Mohammad Reza Pahlavi préfère éviter ce scénario : il décide donc de
quitter le sol marocain. Roberto Armao, le responsable des relations
publiques de la famille Rockefeller, leur trouve une terre d'accueil
dans l'archipel des Bahamas. La solution demeure néanmoins
provisoire puisque les souverains déchus n'obtiennent qu'un visa de
trois mois.
Après Paradise Island, les souverains iraniens se réfugient au
Mexique, appuyés par Roberto Armao et Henry Kissinger. Alors que
tout laisse présager que le Mexique sera le point final de l'exil,
le cancer latent dont le Chah souffre depuis 1974 se réveille et des
hématologues français estiment qu'il est urgent procéder à une
ablation de la rate. Sceptique, l'administration Carter envoie ses
propres médecins pour l'informer de l'état de santé du Chah.
L'admission du souverain dans un hôpital new-yorkais provoque le
courroux des religieux iraniens qui encouragent les "étudiants
islamiques " ou "pasdarans" à s'emparer de l'ambassade américaine de
Téhéran et de retenir son personnel en otage. Une crise qui durera
444 jours.
Sous pression, le Mexique refuse le retour du Chah sur son sol. Le
gouvernement panaméen, d'abord disposé à accueillir les souverains
déchus, change de position : il ne verrait pas d'objection à
négocier une extradition. Anouar el-Sadate, qui avait toujours
demandé que les Pahlavi demeurent en Égypte, réitère son invitation.
Mohammad Reza Pahlavi, extrêmement diminué par la maladie,
s'installe en Egypte avec sa famille. Une nouvelle opération révèle
que le cancer est arrivé à un stade beaucoup trop avancé : le foie
est atteint. Suit alors une agonie de plusieurs mois qui prend fin
le 27 juillet 1980.
Le Chah reçoit des funérailles nationales organisées en Égypte,
mais, par crainte de représailles, la plupart des chefs d'État en
fonction s'abstiennent de faire le déplacement. Présent lors de la
cérémonie, l'ancien président Nixon dénonce la lâcheté de la Maison
Blanche et des alliés occidentaux. Le Chah est inhumé dans la
mosquée Al-Rifai, au Caire.
L’impératrice Farah Diba et l’héritier du trône, son fils Reza
Pahlavi, sont très impliqués aujourd’hui dans les mouvements
d’opposition au régime iranien au niveau international.