Jésus
de Nazareth (Jésus-Christ, pour les chrétiens)
est un Juif de Galilée (Palestine), né
vraisemblablement entre -7 et -5, qui apparaît dans le cercle de
Jean le Baptiste avant de s'engager, entouré de quelques disciples,
dans une courte carrière de prédication itinérante d'un à deux ans
et demi, essentiellement en Galilée, en pratiquant guérisons et
exorcismes. Il suscite engouement et ferveur, s'attirant la méfiance
des autorités politiques et religieuses, avant d'être arrêté,
condamné et crucifié vers l'an 30 à Jérusalem pendant la fête juive
de la Pâque, sous l'administration du gouverneur romain Ponce
Pilate.
L'annonce de sa résurrection par ses
disciples, qui le reconnaissent comme le messie (en grec
Χριστός, Christ)
et transmettront son histoire et ses enseignements, donnera naissance au
christianisme.
Pour les chrétiens, Jésus-Christ est le fils de Dieu, le Messie envoyé
aux hommes pour les sauver. Pour l’islam,
Jésus est appelé Îsâ et est un prophète majeur.
L'impact de son message transmis par les
différentes Églises chrétiennes et les interprétations auxquelles il a donné
lieu ont influencé différentes cultures et civilisations au cours de l'histoire.
Il a inspiré une importante production théologique, littéraire et artistique. Sa
naissance est prise comme origine conventionnelle des calendriers julien —
depuis le VIe siècle
— et grégorien, et le dimanche, qui est le jour de repos hebdomadaire en
célébration de sa résurrection, l'est devenu au-delà de la chrétienté. Cette
importance contraste avec la brièveté de sa prédication et le peu de traces
historiques conservées à son sujet.
BIOGRAPHIE :.
Origines
S'il est communément admis que Jésus est un juif Galiléen dont
la famille est originaire de Nazareth, le lieu de sa naissance n'est pas connu
avec certitude et les historiens hésitent entre la ville de Bethléem en Judée,
ville du roi David de la lignée duquel le Messie attendu par les juifs doit
descendre, et le berceau familial de Nazareth où il passera toute sa jeunesse.
L'année de sa naissance n'est pas non plus connue précisément.
Les dates retenues peuvent osciller entre -9 et -2. Les évangiles selon Matthieu
et selon Luc la situent sous le règne d'Hérode Ier le Grand dont le long règne
s'achève en 4 avant notre ère. L'estimation généralement retenue par les
historiens actuels va de 7 à 5 avant notre ère.
Il est évidemment paradoxal que Jésus de Nazareth puisse être
né « avant Jésus Christ » : l'origine de l'ère commune est en effet censée être
la naissance du Christ. Mais ce début de l'ère chrétienne, qui ne s'est
imposé progressivement en Europe qu'à partir du Ier
millénaire, a été fixé d'après les travaux du moine Denys le Petit réalisés au
VIe siècle,
que l'on sait à présent être erronés, et si le calendrier historique a été
précisé depuis, son origine conventionnelle n'a pas été modifiée.
La naissance de Jésus (la Nativité) est traditionnellement
fêtée le 25 décembre, à Noël, mais cette date est entièrement conventionnelle,
et n'a rien d'un « anniversaire ». Elle a été choisie en 354 pour coïncider avec
la fête romaine du Sol Invictus, célébrée à cette date ; le choix de cette fête
permettant de joindre la symbolique du soleil renaissant avec celle du Christ
ressuscité. Avant cette date, la Nativité était fêtée le 6 janvier et l'est
encore par l’église arménienne apostolique, alors que l’église catholique
romaine y fête aujourd’hui l’Épiphanie ou Théophanie (baptême du Christ dans le
Jourdain, évènement que les plus anciennes églises pré-romaines utilisaient
comme acte de « naissance » du Christ sauveur). En réalité, si l'on en croit
l'évangile selon Luc, « il y avait des bergers qui passaient dans les champs les
veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux », ce qui rend invraisemblable
l'idée d'une naissance historique située pendant les hivers rigoureux de cette
région.
Famille
Jésus est connu comme « le fils de Joseph le charpentier » et
« le fils de Marie ». Les évangiles selon Matthieu et selon Luc professent une
conception par la vertu du Saint-Esprit qui ouvrira plus tard sur des
débats théologiques très disputés au sein des communautés chrétiennes concernant
la virginité de Marie.
Jésus est le premier-né de cette famille appartenant à un
milieu artisanal relativement aisé, liée à un clan de nazaréens qui attendent
l'apparition d'un fils de David en son sein. Les évangiles mentionnent
l'existence de « frères et sœurs » qui « apparaissent pour montrer que Jésus n'a
rien d'extraordinaire puisque sa famille est bien connue ». Parmi les « frères
du seigneur », Jacques le Juste prendra une place prééminente dans la communauté
de Jérusalem après la disparition de Jésus.
La question des liens de parenté de Jésus avec ces « frères »
et « sœurs » a été disputée, et reste discutée. La lecture traditionnelle
catholique a été que ces « frères et sœurs » sont en fait des cousins, l'idée
d'une fratrie de Jésus allant à l'encontre de l'idée de la virginité perpétuelle
de Marie. La plupart des spécialistes laïques, protestants et juifs, avec
quelques chercheurs catholiques considèrent que Jacques peut être un fils de
Marie et de Joseph, tandis que nombre d'exégètes catholiques y voient un
« cousin », suivant la lecture traditionnelle. Si on en s'en réfère aux
évangiles, Jésus a lui-même tenu à relativiser le rôle de cette famille
naturelle qui ne joue un rôle positif qu'après la résurrection.
Enfance
L'évangile selon Luc raconte comment, huit jours après sa
naissance, il a été nommé Jésus et circoncis conformément à la loi juive
lors d'un épisode connu sous le nom de la présentation au temple.
L'évangile selon Matthieu expose un épisode connu comme le Massacre des
Innocents au cours duquel Hérode, prenant peur pour son pouvoir, décide de
faire tuer tous les premiers-nés de son peuple. Les parents de Jésus fuient
alors avec leur enfant dans une séquence appelée la Fuite en Égypte qui
inspirera une importante production apocryphe et influencera la tradition copte
(communauté chrétienne d'Egypte). L'évangile selon Luc rapporte encore un
incident au cours duquel, quand il a douze ans, à l'époque de sa Bar Mitzvah,
ses parents cherchent Jésus qu'ils retrouvent en conversation avec les docteurs
du Temple de Jérusalem.
L'hypothèse d'une enfance dans une communauté religieuse,
peut-être proche des Esséniens, a souvent été évoquée mais est amplement
discutée.
Vie publique
Il est traditionnellement dit que la vie publique de Jésus
s'est déroulée entre l'âge de 30 et 33 ans. Cet âge de trente ans est
probablement conventionnel, il correspond à la majorité légale de l'époque pour
les juifs. Dire que « Jésus avait environs trente ans quand il commença sa vie
publique » signifie simplement qu'il était reconnu comme majeur, mais n'interdit
pas qu'il ait pu commencer son enseignement à un âge en réalité plus avancé. De
même, la durée de cette vie publique n'est pas connue avec certitude, la durée
de trois ans généralement retenue n'étant qu'une estimation, fondée sur le
nombre de fois où sont citées les principales fêtes juives qu'il observe pendant
cette période. En tout cas, sa vie publique se déroule avant qu'il n'ait atteint
l'autre âge canonique de quarante ans, puisqu'il n'entre pas dans cette
catégorie des « anciens ».
Les lieux cités dans les évangiles situent son action de part
et d'autre de la mer de Galilée, principalement en Galilée (dont il est
ressortissant) et dans la Décapole, avec quelques passages en Phénicie (Tyr et
Sidon) et en Trachonite (Césarée de Philippe). Il semble qu'il soit à cette
époque considéré comme un habitant de Capharnaüm. Il se rend également en Judée,
généralement pour aller à Jérusalem à l'occasion de fêtes juives; mais on peut
noter un séjour plus prolongé en Judée au début de sa vie publique, alors qu'il
était considéré comme un disciple de Jean le Baptiste.
Les pays à population juive de l'époque étaient la Galilée et
la Judée, séparées par la Samarie dont les habitants étaient considérés comme
non-juifs. Jésus est perçu comme un étranger en Judée : l'accent des galiléens
les fait reconnaître, et il y suscite une franche hostilité de la part des
judéens (parfois désignés par le terme juifs alors que les galiléens sont
également des pratiquants de la loi de Moïse).
La chronologie de cette période de vie publique est
extrêmement confuse : les évangiles synoptiques présentent les épisodes
parallèles dans des ordres différents, ce qui interdit évidemment d'interpréter
le déroulement de l'un ou l'autre des récits comme celui d'une logique
temporelle. On considère néanmoins que c'est le baptême de Jésus par Jean le
Baptiste qui marque l'ouverture de son activité publique.
Jean le Baptiste
Vers 30 ans Jésus rejoint Jean le Baptiste, un prédicateur
populaire des milieux baptistes qui dénonce la pratique formaliste des milieux
sacerdotaux dont il est issu, qui prêche en se déplaçant dans le désert de
Judée, sur les bords du Jourdain et que le Nouveau Testament identifie à un
nouvel Élie. Jésus reçoit le baptême que Jean administre alors pour le
pardon des péchés à ceux qui reçoivent son message favorablement, en un baptême
dans l'eau vive qui prépare au règne messianique et à l'imminence du Jugement
divin. Il est possible que Jésus ait été transitoirement le disciple du Baptiste
quand on le verra plus tard, aux tout débuts de sa vie publique, simplement
« annoncer le Royaume de Dieu » comme le faisait Jean. Mais il apparaît des
divergences entre Jésus et Jean-Baptiste quant à leurs conceptions
respectives du règne de Dieu, même si c'est bien aux côtés de Jean que Jésus
mûrît sa mission. Par ailleurs, la communauté chrétienne, qui envisage le
Baptiste comme un précurseur, conservera le rite initiatique du baptême dans sa
forme, mais non point son sens.
Jésus s'entoure de disciples dont la tradition veut qu'ils
aient été douze, dont les premiers sont peut-être recrutés dans les milieux
baptistes. On utilise également le nom d'apôtres pour les désigner. Ce
groupe de douze disciples choisis par Jésus est sans doute une création
relativement tardive, comme le montre l'existence d'apôtres extérieurs à ce
noyau. On parle généralement à leur sujet de Groupe des Douze : le
chiffre 12 est en effet essentiel pour comprendre le rôle de ces disciples
constituant autour de Jésus un cercle restreint à la forte signification
symbolique. Si leurs noms varient de livre en livre, ils montrent pourtant une
triple référence hébraïque, araméenne et grecque, au cœur de la vie des
Galiléens. L'un de ces disciples, Simon-Pierre ou Kepha, reçoit une importance
plus particulière au sein du groupe tandis que Judas, auquel est attribuée la
trahison de Jésus auprès des autorités, a une responsabilité attestée de
trésorier de ce groupe.
Son enseignement
Le message de Jésus semble prolonger celui de Jean-Baptiste en
s'inscrivant dans la fièvre apocalyptique du monde juif au
Ier siècle
tandis que certains exégètes préfèrent voir Jésus comme un maître de sagesse
populaire, la dimension apocalyptique relevant d'une lecture postérieure, sous
l'éclairage de la foi chrétienne. Ce message, original et varié, entre néanmoins
difficilement dans les catégories socioreligieuses préalablement établies. On
peut cependant souligner plusieurs points de rupture avec Jean le Baptiste :
Jésus n'est pas un ascète, il présente un Dieu de grâce, de jugement et de
l'amour sans limite qui inverse l'exhortation de Jean à la conversion sur fond
de colère divine. Enfin, Jésus est celui par qui le jour vient quand Jean
annonçait l'aube.
Jésus se fait connaître localement, dans un premier temps
comme guérisseur thaumaturge, puis par son enseignement. Pour ce qui est de ses
talents de guérisseurs, on peut noter une nette progression quand on compare la
guérison très hésitante de l'aveugle de Bethsaïde, où il doit s'y reprendre à
deux fois, et celle - à distance et d'une seule parole - de Bar Timée à Jéricho.
Les évangiles insistent souvent plus sur la confiance des bénéficiaires de
miracles qu'ils ne s'attardent sur le détail des manipulations. Jésus présente
les miracles comme une anticipation de l'accès au bonheur éternel auquel a droit
chaque humain, y compris les plus pauvres.
Les textes révèlent à cet égard un comportement général de
Jésus fait de bienveillance, tourné vers les gens, particulièrement ceux plongés
dans une situation personnelle ou sociale méprisée et difficile : les femmes,
particulièrement les veuves, les malades, les lépreux, les étrangers, les
pécheurs publics ou les collecteurs de l'impôt romains. Cette façon d'être,
associée à une dénonciation de l'hypocrisie et de toute forme de mensonge, lui
attirera inévitablement nombre d'admirateurs en provoquant simultanément de
l'hostilité.
C'est l'annonce du « Royaume de Dieu » qui constitue le cœur de sa prédication
en des termes qui, s'ils reprennent l’attente des Juifs qui espèrent la venue
d’un Messie qui restaurera l’indépendance d’Israël, déplacent cet espoir : le
Royaume de Dieu selon Jésus inaugure le nouveau rapport avec Dieu qui se prépare
à intervenir dans le monde pour le gouverner directement.
Sa doctrine paraît d'emblée sûre et originale. Son
enseignement est essentiellement connu à travers les Évangiles, qui en font le
récit, et les commentaires qui en seront faits dans le reste du nouveau
testament. Son enseignement et son action montrent une très bonne connaissance
des textes religieux et de la loi juive. Il utilise deux méthodes typiques des
docteurs de la Loi, ses contemporains : le commentaire des textes canoniques et
l'usage de meshalim ou de Paraboles, dont il fait le ressort
privilégié de sa pédagogie. Par cet usage de la parabole, Jésus laisse souvent
l'auditeur libre de ses réactions, en ne le prenant pas de front.
Mais il n'en pratique pas moins un enseignement d'autorité qui
tranche avec les enseignements des scribes, se réclamant eux toujours de
l'autorité d'une source. Jésus est néanmoins respectueux de la Loi de Moïse et,
si la proximité de Jésus avec les pêcheurs ou des épisodes comme son affirmation
que les besoins de l'homme préemptent sur la prescription du sabbat ont pu
choquer les pieux de son temps, on ne peut pas dire que Jésus ait violé les
lois de pureté chère aux pharisiens, au contraire de ses disciples qu'il ne
condamne pourtant pas.
Son action suscite des réactions fortes et contrastées. On
trouve à la fois des témoignages sur de grandes foules qui le suivent et le
cherchent, montrant un indéniable succès populaire, et d'autres le montrant
vivant dans une quasi clandestinité au milieu de populations hostiles.
Arrestation
Jésus est arrêté alors qu'il séjournait à Jérusalem pour
célébrer la fête de la Pessa'h (Pâque juive). Ce dernier séjour à
Jérusalem se déroule dans une ambiance très clandestine, où les disciples
échangent des mots de passe et des signes de reconnaissance pour préparer le
repas dans un endroit caché. Le contraste avec l'ambiance enthousiaste de
l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (célébrée le dimanche des Rameaux) est
flagrant, ce qui suggère que ces deux montées à Jérusalem n'ont pas eu lieu la
même année. L'étude des évangiles ne permet pas une lecture très claire des
causes et de l'historique de ce retournement d'opinion. On trouve la trace dans
les évangiles de l'attente messianique d'une partie de la population, qui
attendait un messie politique, libérateur du joug des romains. Cette attente se
retrouve dans le qualificatif donné à Simon le zélote et à Judas l'Iscariote.
Jésus a pu décevoir cette attente en refusant explicitement l'action sur le
terrain politique. Néanmoins, si Jésus ne conteste pas radicalement le pouvoir
romain, refusant de s'enfermer dans un cadre nationaliste, il ne
manifeste pas davantage d'inclination envers les grandes familles sacerdotales
proches de celui-ci.
Le retournement d'opinion s'est d'abord manifesté en Judée,
puis dans son pays en Galilée. Il semble que le signal de la répression soit
venu des milieux sacerdotaux conservateurs de Jérusalem, souvent assimilés aux
sadducéens, inquiets de l'impact de son enseignement ouvert sur la Torah et des
effets de l'enthousiasme populaire qu'il suscitait sur le fragile modus
vivendi avec l'occupant romain. Il apparaît également vraisemblable que
c'est le scandale que cet homme, réputé doux, provoque au Temple de Jérusalem un
peu avant la Pâque de 30 dans l'épisode dit des marchands du temple, qui
a pu précipiter son arrestation.
Jésus prend un dernier repas avec ses disciples pour fêter la
Pessa'h dans un épisode, la Cène, dont les chrétiens de toutes tendances
considèrent qu'il institue le sacrement de l'Eucharistie. À la suite de
cet ultime repas, Jésus est arrêté au jardin de Gethsémani, par la dénonciation
de son disciple Judas, sans que le motif soit vraiment clair.
Jésus va alors se trouver confronté aux trois pouvoirs
superposés de la Palestine : le pouvoir romain, le pouvoir du tétrarque de
Galilée et Pérée et le pouvoir des grands-prêtres du temple-État de Jérusalem.
Procès et exécution
Qu'on rapproche ces récits du droit romain en vigueur en
Syrie-Palestine à l'époque ou qu'on le rapproche du droit hébraïque tel qu'il se
pratiquait alors, les narrations du procès faites par les évangiles ne
correspondent à rien qui soit cohérent avec la tradition juridique retenue. La
question du procès de Jésus - question historique ouverte - est d'autant plus
difficile à résoudre que le temps et l'antisémitisme chrétien au cours des
siècles écoulés l'ont recouverte de multiples enjeux politiques et religieux.
Quoi qu'il en soit en soit, Jésus est arrêté par la police du
Temple, aux ordres des autorités religieuses. Il est tout d'abord conduit chez
l'ex-grand prêtre Anân, puis devant une cour de justice, que les évangiles
appellent Sanhédrin, devant le souverain sacrificateur Caïphe, avant de
comparaître devant le gouverneur romain Ponce Pilate qui l'envoie chez Hérode
Antipas avant de l'interroger à son tour. Cela donne lieu a des confrontations
où Jésus soit se tait, soit paraît souligner le caractère relatif du pouvoir de
ses interlocuteurs par sa liberté de parole
dans des scènes très chargées symboliquement.
Jésus est finalement condamné par Ponce Pilate à être crucifié
après s'être lavé les mains de sa mort en la portant uniquement sur la
conscience des juifs. Son exécution a lieu un vendredi, veille du Sabbat, sur
une croix surmontée de l'inscription « Jésus le nazaréen, Roi des Juifs ». Pour
les trois évangiles synoptiques, ce vendredi est le jour même de la fête de
Pessa'h, le 15 Nissan, ce qui peut être (compte tenu du calendrier hébreu usuel)
un vendredi 7 avril 30 ou un vendredi 3 avril 33 (cette dernière date est celle
justifiant le choix de l'an 1 dans le calcul de Denys le Petit). La chronologie
donnée par l'évangile selon Jean est différente, et conduit à un vendredi 14
Nissan, mais il est possible encore une fois qu'il y ait des ruptures dans la
chronologie de ce récit, voire que les rédacteurs de l'évangile selon Jean aient
utilisé une autre version du calendrier. En tout cas, sa mort a eu lieu pendant
que Pilate était préfet de Judée, donc après 26 et avant 36, où Pilate est
rappelé à Rome.
Résurrection
La mort de Jésus est suivie d'un épisode qui relève de la foi
mais qui n'en appartient pas moins à l'histoire par les effets incalculables
qu'il a produits : l'épisode de la Résurrection.
Il faut considérer l'annonce de la résurrection de Jésus comme
l'élément majeur de la fondation de ce qui va devenir une nouvelle religion. Cet
épisode fondamental n'est décrit dans aucun évangile. La peinture suppléa aux
textes pour fixer l'interprétation. Tressé que de quelques scènes qui présentent
une forte diversité selon les évangiles, les textes présentent l'après-coup :
l'étonnement des femmes qui découvrent le tombeau vide, puis l'apparition du
Ressuscité parfois en Galilée, parfois dans les environs de Jérusalem ou
encore ici et là, envoyant tantôt en mission, tantôt accordant l'Esprit
aux disciples ou encore partageant leur repas.
Néanmoins, on peut constater trois constantes des récits
canoniques : la résurrection est inattendue, elle n'est pas décrite en tant que
telle et elle n'est accessible qu'aux seuls croyants. L'événement ne nie
toutefois pas la mort car Jésus ne ressuscite que le troisième jour après sa
crucifixion ; il s'agit davantage du passage à une vie qui ne finit pas,
qui se place dans l'éternité et sur laquelle le temps n'a pas de prise.
L'événement, dans un récit qui ne connaît pas de terme résurrection, est
raconté dans un langage forgé par la foi juive dans l'apocalyptique de laquelle
il ne répond pas à une angoisse de la survie des corps : le tombeau ouvert
répond à la promesse de Dieu de relever les morts à la fin des temps qui
se concrétise déjà pour Jésus.
D'un point de vue chrétien
Cette
résurrection est interprétée par les disciples comme le sceau par lequel Dieu
manifeste miraculeusement que le sacrifice sanglant de la Passion a été agréé.
Pour eux, cette approbation divine inattendue donne rétrospectivement un sens à
toute l'histoire de Jésus : elle signifie pour eux que le but de son sacrifice
est atteint, que l'homme est donc libéré du poids du péché originel, et par
conséquent que le mémorial institué de l'eucharistie est validé et efficace.
L'annonce de l'évangile qui s'ensuit porte avant tout sur
cette résurrection; l'histoire et l'enseignement de Jésus étant rapportés dans
le but d'attester l'historicité de l'évènement par ceux qui en ont été témoins.
L'annonce de l'évangile ne porte plus simplement sur l'homme
historique, mais sur un personnage que les yeux de la foi reconnaissent comme
rempli de la présence de Dieu, messie et christ par excellence, voire fils de
Dieu, et qui est de ce fait désigné sous le terme de : Jésus-Christ.
HERITAGE ET POSTERITE :
Enseignement moral
Sur le plan de la morale, l'enseignement de Jésus est centré
sur les notions d'amour et de sollicitude, que l'Homme doit observer pour être à
l'image de Dieu. Cet enseignement est exprimé de manière synthétique dans les
béatitudes, et plus développée dans le Sermon sur la montagne d'où elles
sont tirées. Ces principes sont déjà présents dans la
religion juive, mais Jésus les place dans une perspective centrale, et
privilégie une interprétation spirituelle de la loi mosaïque au détriment d'une
interprétation littérale et formaliste qu'il dénonce.
Histoire des religions
Sur le plan de la religion, Jésus n'a jamais cherché à se
séparer du judaïsme, et ses
disciples ont dans un premier temps été considérés comme une secte juive parmi
d'autres. La séparation du
christianisme d'avec
le judaïsme est progressive et peut être lue en partie comme une conséquence de
la crise d'identité qui traverse le judaïsme
Ier
et IIe siècles
qui se traduit, entre autres, par les révoltes contre Rome auxquelles ne
prennent pas part la secte des nazaréen, et qui entraîne la disparition
de la plupart des courants du judaïsme suite à la destruction du Temple en 70.
La diversité des pratiques juives se réduisant au seul néo-pharisianisme, c'est
alors qu'être juif devient vivre en conformité avec l'enseignement des sages
pharisiens, conception incompatible avec l'observance de l'enseignement de
Jésus.
Selon l'école traditionnelle et même dans l'apologétique
récente, cette séparation serait esquissée dès les premières dissensions
apparues au cours d'une réunion décrite dans les Actes des Apôtres, qui sera
nommée rétrospectivement le premier concile de Jérusalem, réunion qui
admet l'adhésion des non-juifs sans les circoncire, et écarte de fait
l'application littérale des lois mosaïques au moins pour les prosélytes.
L'histoire de la séparation se réunit autour de deux pôles selon que
l'historiographie est issue de l'une ou l'autre école : l'école européenne
considère qu'elle est chose faite avec la Birkat haMinim qui serait écrite en
135 ; l'école anglo-saxonne remarque que bien des cérémonies sont encore
communes dans certaines régions (surtout en Orient, mais parfois en Occident)
jusqu'au Ve siècle,
c'est à dire quand la période des conciles christologiques est engagée.
Le christianisme connaîtra une croissance importante dans ses
multiples branches, jusqu'à en faire la religion la plus importante en nombre de
fidèles dans le monde au
XXIe siècle.
JESUS DANS LES RELIGIONS ET CULTURES
NON-CHRETIENNES :
Jésus dans le judaïsme
À la suite des guerres judéo-romaines et les autres
catastrophes des
Ier
et IIe siècles,
le judaïsme voit la disparition de presque tous ses courants, à l'exception du
judaïsme rabbinique, proche du pharisianisme sans en reprendre l'apocalyptique,
fondé sur le respect exclusif de la Loi. Le processus prendra plusieurs
décennies, qui fixera les Écritures hébraïques - qui seront reprises des siècles
plus tard par les protestants - et les prières synagogales dont une qui contient
la condamnation des sectaires, les minims, dont les nazaréens.
Si le christianisme des premiers temps a pu passer pour un
nouveau courant acceptable du judaïsme, il s'est rapidement posé le problème de
l'adhésion de plein droit de membres païens sans en faire d'abord des Juifs. La
question se pose au moment de la création de la Torah rituelle, celle des 613
commandements, et, en ce qui concerne les membres non-juifs, le problème prend
plus de poids quant aux aspects de règle de pureté rituelle et les moyens de
réconciliation. La messianité , bien qu'elle ait joué un certain rôle lors
de la condamnation de Jésus, n'est pas alors déterminante de l'autodétermination
juive de cette époque puisque certains courants du judaïsme, tels les
sadducéens, allaient jusqu'à renoncer à cette attente.
Le judaïsme, la
religion de Jésus lui-même, n'a pas désormais de point de vue spécifique ou
particulier sur Jésus et très peu de textes dans le judaïsme se réfèrent
directement ou parlent de Jésus. En effet, un des principes les plus importants
de la foi juive, est la croyance en un Dieu et seulement un Dieu, sans aucun
intermédiaire. La croyance en Jésus en tant que Divinité, partie de Divinité ou
fils de Dieu est donc incompatible avec le judaïsme et en rupture avec
l'hébraïsme qui le précédait. Pour un Juif, toutefois, n'importe quelle forme de
shituf (croyance en d'autres dieux en plus du Dieu d'Israël) équivaut à
une idolâtrie dans le plein sens du terme. Il n'est pas possible pour un Juif
d'accepter Jésus comme une divinité, un médiateur ou un sauveur (messie), ou
même comme un prophète, sans trahir le judaïsme. Les Juifs ont rejeté les
revendications dogmatiques concernant Jésus émises par les pères de l'Église,
c'est-à-dire qu'il est né d'une vierge, qu'il est le fils de Dieu, qu'il fait
partie d'une Trinité divine et qu'il a ressuscité après sa mort.. ... Pendant
deux mille ans, un vœu central du christianisme a été d'être un objet de désir
de la part des Juifs, dont la conversion aurait montré leur acceptation du fait
que Jésus remplit leur propre prophétie biblique.
Pour cette raison, les questions apparentées, telles que
l'existence historique de Jésus et les autres sujets concernant sa vie sont de
même considérés comme hors de propos dans le judaïsme.
L'eschatologie juive considère que la venue du Messie sera
associée avec une série d'évènements spécifiques qui ne se sont pas encore
produits, y compris le retour des Juifs en Terre d'Israël, la reconstruction du
Temple, une ère de paix.
Jésus dans l'islam
Le Coran parle de Jésus sous le
nom d' `Îsâ, personnage indissociable dans les textes coraniques de sa
mère Maryam (Marie). Il est ainsi souvent désigné sous le nom de
al-Masïh `Îsâ ibn Maryam présenté avec celle-ci comme modèles à
suivre.
Jésus fait partie des prophètes dits famille de 'Îmran
avec sa mère, son cousin Yahyâ (Jean le Baptiste) et le père de celui-ci,
Zacharie. La foi populaire musulmane accorde une grande importance à Jésus et
Marie tandis que Jésus, tourné vers la beauté du monde, apparaît par ailleurs
souvent avec son cousin Jean le Baptiste comme gémellité spirituelle
permanente.
L'insistance marquée sur la filiation à Marie est un clair
rejet de la filiation divine de Jésus ; néanmoins, la tradition musulmane
souligne le caractère miraculeux de sa naissance virginale sans père connu,
Joseph étant considéré comme un cousin de Marie. Selon la tradition musulmane,
Jésus est en effet créé par le kun, l'impératif divin, et conçu
par un rûh de Dieu, souffle divin intemporel insufflé en Marie, le même
souffle qui anime Adam et transmet la révélation à
Mahomet.
Dans le Coran, Jésus apparaît comme un prophète, annonciateur
de Mahomet, qui prêche le monothéisme pur, accomplit des miracles, opère des
guérisons, ressuscite les morts et connaît les secrets du cœur. Jésus
confirme la Torah, dont il atténue
les prescriptions légales, tandis que son Écriture, contenue dans l'Injil,
est présentée comme une guidance et une lumière que les chrétiens
auraient négligée. Ibn Arabi lui confère le titre de sceau de la sainteté,
"le plus grand témoin par le cœur", tandis que Mahomet est le sceau des
prophètes, "le plus grand témoin par la langue". Sa prédication auprès des
juifs aurait été un échec et il est suivi des seuls apôtres. Les juifs auraient
alors voulu le punir en le crucifiant mais Dieu ne l'a pas permis et lui aurait
alors substitué un sosie avant de le rappeler à lui. Néanmoins la fin terrestre
de Jésus reste obscure, aucun passage ne signifiant clairement ce qu'il en est
advenu.
La représentation de Jésus dans le Coran lui confère également
une dimension
eschatologique : son retour sur terre, en tant que musulman, est le signe de
la fin du monde et du Jugement dernier tandis que beaucoup de hadiths le
présentent comme le principal compagnon du Mahdi, Sauveur de la fin des temps.
En définitive, on trouve dans le Coran quatre négations
catégoriques concernant Jésus, par crainte d'associationnisme (shirk) :
il n'est ni Dieu, ni son fils, ni le troisième d'une triade
pas plus qu'il n'a été crucifié car cela aurait été indigne
d'un prophète de son importance.
Enfin, une minorité musulmane résidant dans les montagnes du
Pakistan, les Ahmadis vouent à Jésus un culte tout comme aux saints de l'Islam
autour d'un tombeau qu'elle dit être celui de Jésus. Le lieu de culte est situé
à Shrinagar. Ce courant développe une christologie particulière selon laquelle
Jésus est un prophète de Dieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma
et non mort et, une fois soigné, serait venu finir sa vie au Pakistan jusqu'à 80
ans. Cette doctrine est celle de l'évanouissement.
Jésus dans l'hindouisme
Jésus est parfois considéré comme le dixième avatar de Vishnu,
dans l'un des innombrables petits courants de l'Hindouisme, à une place qui est
habituellement dévolue par la grande majorité des écoles à Krishna.