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Mark Twain
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Samuel Langhorne Clemens, dit
Mark TWAIN
   (1835 - 1910)
 

Plus fort que Sherlock Holmes (recueil de 8 nouvelles, 1907)
- Traduit par François de Gail -

"Comment j'ai tué un ours" - 5/8 <<<

"Un chien à l'église" -  Nouvelle 6/8

>>> "Une victime de l'hospitalité" - 7/8

 
Après le chant du cantique, le Révérend Sprague se retourna et lut une liste interminable « d’annonces », de réunions, d’assemblées, de conférences, selon le curieux usage qui se perpétue en Amérique, et qui subsiste même dans les grandes villes où les nouvelles sont données dans tous les journaux.

Cela fait, le ministre du Seigneur se mit à prier ; il formula une invocation longue et généreuse qui embrassait l’Univers entier, appelant les bénédictions du ciel sur l’Église, les petits enfants, les autres églises de la localité, le village, le comté, l’État, les officiers ministériels de l’État, les États-Unis, les églises des États-Unis, le congrès, le président, les officiers du gouvernement, les pauvres marins ballottés par les flots, les millions d’opprimés qui souffrent de la tyrannie des monarques européens et du despotisme oriental ; il pria pour ceux qui reçoivent la Lumière et la Bonne Parole, mais qui n’ont ni yeux ni oreilles pour voir et comprendre ; pour les pauvres païens des îles perdues de l’océan, et il termina en demandant que sa prédication porte ses fruits et que ses paroles sèment le bon grain dans un sol fertile capable de donner une opulente moisson. Amen.

Il y eut alors un froufrou de robes, et l’assemblée, debout pour la prière, s’assit. Le jeune homme à qui nous devons ce récit ne s’associait nullement à ces exercices de piété ; il se contentait de faire acte de présence… et prêtait une attention des plus médiocres à l’office qui se déroulait. Il était rebelle à la dévotion, et comme il ne suivait la prière que d’une oreille distraite, connaissant par le menu le programme du pasteur, il écoutait de l’autre les bruits étrangers à la cérémonie. Au milieu de la prière une mouche s’était posée sur le banc devant lui, il s’absorba dans la contemplation de ses mouvements ; il la regarda se frotter les pattes de devant, se gratter la tête avec ces mêmes pattes, et la faire reluire comme un parquet ciré ; elle se frottait ensuite les ailes et les astiquait comme si elles eussent été des pans d’habit ; toute cette toilette se passait très simplement, et sans la moindre gêne ; la mouche évidemment se sentait en parfaite sécurité. Et elle l’était en effet, car, bien que Tom mourût d’envie de la saisir, il n’osa pas, convaincu qu’il perdrait irrémédiablement son âme, s’il commettait une action pareille pendant la prière. Mais à peine l’« Amen » fut-il prononcé, Tom avança sa main lentement et s’empara de la mouche.

Sa tante, qui vit le mouvement, lui fit lâcher prise.

Le pasteur commença son prêche et s’étendit si longuement sur son sujet que peu à peu les têtes tombèrent ; Dieu sait pourtant que la conférence était palpitante d’intérêt, car il promettait la récompense finale à un nombre d’élus si restreint qu’il devenait presque inutile de chercher à atteindre le but.

Tom compta les pages du sermon ; en sortant de l’église il ne se doutait même pas du sujet du prêche, mais il en connaissait minutieusement le nombre des feuillets. Cependant cette fois-ci il prit plus d’intérêt au discours. Le ministre esquissa un tableau assez pathétique de la fin du monde, à ce moment suprême où le lion et l’agneau couchés côte à côte se laisseront guider par un enfant. Mais la leçon, la conclusion morale à tirer de cette description grandiose ne frappèrent pas le jeune auditeur ; il ne comprit pas le symbole de cette image, et se confina dans un réalisme terre à terre ; sa physionomie s’illumina et il rêva d’être cet enfant, pour jouer avec ce lion apprivoisé.

Mais lorsque les conclusions arides furent tirées, son ennui reprit de plus belle. Tout d’un coup, une idée lumineuse lui traversa l’esprit ; il se rappela qu’il possédait dans sa poche une boîte qui renfermait un trésor : un énorme scarabée noir à la mâchoire armée de pinces puissantes. Dès qu’il ouvrit la boîte, le scarabée lui pinça vigoureusement le doigt ; l’enfant répondit par une chiquenaude vigoureuse ; le scarabée se sauva et tomba sur le dos, pendant que l’enfant suçait son doigt. Le scarabée restait là, se débattant sans succès sur le dos. Tom le couvait des yeux, mais il était hors de son atteinte. D’autres fidèles, peu absorbés par le sermon, trouvèrent un dérivatif dans ce léger incident et s’intéressèrent au scarabée. Sur ces entrefaites, un caniche entra lentement, l’air triste et fatigué de sa longue réclusion ; il guettait une occasion de se distraire ; elle se présenta à lui sous la forme du scarabée ; il le fixa du regard en remuant la queue. Il se rapprocha de lui en le couvant des yeux comme un tigre qui convoite sa proie, le flaira à distance, se promena autour de lui, et s’enhardissant, il le flaira de plus près ; puis, relevant ses babines épaisses, il fit un mouvement pour le happer, mais il le manqua. Le jeu lui plaisait évidemment, car il recommença plusieurs fois, plus doucement ; petit à petit il approcha sa tête, et toucha l’ennemi avec son museau, mais le scarabée le pinça ; un cri aigu de douleur retentit dans l’église pendant que le scarabée allait s’abattre un peu plus loin, toujours sur le dos, les pattes en l’air. Les fidèles qui observaient le jeu du chien se mirent à rire, en se cachant derrière leurs éventails ou leurs mouchoirs ; Tom exultait de bonheur. Le caniche avait l’air bête et devait se sentir idiot, mais il gardait surtout au cœur un sentiment de vengeance. Se rapprochant du scarabée, il recommença la lutte, cabriolant de tous les côtés, le poursuivant, cherchant à le prendre avec ses pattes ou entre ses dents ; mais ne parvenant pas à son but, il se lassa, s’amusa un instant d’une mouche, d’une demoiselle, puis d’une fourmi, et abandonna la partie, découragé de n’arriver à rien. Enfin, d’humeur moins belliqueuse, il se coucha… sur le scarabée. On entendit un cri perçant, et on vit le caniche courir comme un fou dans toute l’église, de la porte à l’autel, de l’autel vers les bas-côtés ; plus il courait, plus il hurlait. Enfin, fou de douleur il vint se réfugier sur les genoux de son maître, qui l’expulsa honteusement par la porte ; sa voix se perdit bientôt dans le lointain.

Pendant ce temps, l’assistance étouffait ses rires et le pasteur s’interrompit au milieu de son discours. Il le reprit ensuite tant bien que mal en cherchant ses mots, mais dut renoncer à produire le moindre effet sur l’auditoire ; le recueillement des fidèles s’était évanoui, les plus graves conseils du pasteur étaient reçus par eux avec une légèreté mal dissimulée et très peu édifiante.

Lorsque la cérémonie fut terminée, et la bénédiction donnée, chacun se sentit heureux et soulagé.

Tom Sawyer rentra chez lui très satisfait, pensant qu’après tout le service divin avait du bon, lorsque de légères distractions venaient l’agrémenter. Une seule chose le contrariait : il admettait bien que le chien se fût amusé avec son scarabée, mais il avait vraiment abusé de la permission en le faisant s’envoler par la fenêtre.

 

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