Une heure vient de sonner. Je ne sais laquelle : j’entends mal
le marteau de l’horloge. Il me semble que j’ai un bruit d’orgue dans les
oreilles ; ce sont mes dernières pensées qui bourdonnent.
À ce moment suprême où je me recueille dans mes souvenirs, j’y
retrouve mon crime avec horreur ; mais je voudrais me repentir davantage
encore. J’avais plus de remords avant ma condamnation ; depuis, il semble
qu’il n’y ait plus de place que pour les pensées de mort. Pourtant, je
voudrais bien me repentir beaucoup.
Quand j’ai rêvé une minute à ce qu’il y a de passé dans ma
vie, et que j’en reviens au coup de hache qui doit la terminer tout à l’heure,
je frissonne comme d’une chose nouvelle. Ma belle enfance ! ma belle
jeunesse ! étoffe dorée dont l’extrémité est sanglante. Entre alors et à
présent il y a une rivière de sang ; le sang de l’autre et le mien.
Si on lit un jour mon histoire, après tant d’années
d’innocence et de bonheur, on ne voudra pas croire à cette année exécrable,
qui s’ouvre par un crime et se clôt par un supplice ; elle aura l’air
dépareillée.
Et pourtant, misérables lois et misérables hommes, je
n’étais pas un méchant !
Oh ! mourir dans quelques heures, et penser qu’il y a un an,
à pareil jour, j’étais libre et pur, que je faisais mes promenades d’automne,
que j’errais sous les arbres, et que je marchais dans les feuilles !