Condamné à mort !Eh bien, pourquoi
non ? Les hommes, je me rappelle l’avoir lu dans je ne sais quel
livre où il n’y avait que cela de bon, les hommes sont
tous condamnés à mort avec des
sursis indéfinis. Qu’y a-t-il donc de si changé à ma situation ?
Depuis l’heure où mon arrêt m’a été prononcé, combien sont
morts qui s’arrangeaient pour une longue vie ! Combien m’ont devancé qui,
jeunes, libres et sains, comptaient bien aller voir tel jour tomber ma tête en
place de Grève ! Combien d’ici là peut-être qui marchent et respirent au grand
air, entrent et sortent à leur gré, et qui me devanceront encore !
Et puis, qu’est-ce que la vie a donc de si regrettable pour
moi ? En vérité, le jour sombre et le pain noir du cachot, la portion de
bouillon maigre puisée au baquet des galériens, être rudoyé, moi qui suis
raffiné par l’éducation, être brutalisé des guichetiers et des
gardes-chiourme, ne pas voir un être humain qui me croie digne d’une parole et
à qui je le rende, sans cesse tressaillir et de ce que j’ai fait et de ce
qu’on me fera ; voilà à peu près les seuls biens que puisse m’enlever le
bourreau.
Ah ! n’importe, c’est horrible !