Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, communément nommé
Talleyrand, est un homme politique et un diplomate français, né le 2 février
1754 et mort le 17 mai 1838, à Paris.
Agissant la plupart du temps comme un homme d'influence, diplomate ou
conseiller, il est réputé pour son esprit et son intelligence, menant une vie
entre l'Ancien
Régime et le
XIXe siècle.
Décrit comme le « diable boiteux », un traître plein de vices et de
corruption, ou comme un homme des
Lumières fidèle à la France, soucieux
d'harmonie et de raison, admiré ou détesté par ses contemporains, il suscite de
nombreux portraits et commentaires posthumes.
Biographie
Sa famille, les Talleyrand-Périgord, est issue de la haute
noblesse. Ses parents, Charles-Daniel, comte de Talleyrand-Périgord, et
Alexandrine de Damas d'Autigny, occupent des charges importantes durant le règne
de
Louis XV, mais sont peu argentés au vu de leur
rang. Charles-Maurice est le neveu d'Alexandre
Angélique de Talleyrand-Périgord (1736-1821), archevêque de Reims,
cardinal et archevêque de Paris.
Dès sa naissance, Talleyrand est remis à une nourrice qui le
garde quatre ans chez elle, contrairement à ses frères. Vers l'âge de quatre
ans, un mauvaise chute lui occasionne un handicap à la jambe (des historiens
contestent cette affirmation de Talleyrand, affirmant qu'il était pied bot de
naissance), ce qui lui interdit l'accès aux fonctions militaires et incite ses
parents à le priver de son
droit d'aînesse et à le destiner plutôt à une
carrière ecclésiastique.
Sa relégation au profit de son frère — Archambault, qui
effectue un splendide mariage avec une riche héritière issue de la noblesse de
robe — peut expliquer pourquoi Talleyrand milita plus tard pour l'égalité de
répartition des patrimoines et, donc, la suppression du droit d'aînesse.
A huit ans, il est envoyé au collège d'Harcourt (futur Lycée
Saint-Louis) puis chez son oncle archevêque, qui l'incite à embrasser la
carrière ecclésiastique. Il obtempère.
En 1769, âgé de quinze ans, il entre au séminaire
Saint-Sulpice, où, selon ses mémoires, il fait preuve de mauvaise humeur et se
retranche dans la solitude.
Le 28 mai 1774, il reçoit les ordres mineurs. Le
22 septembre 1774, il obtient un baccalauréat en théologie à la Sorbonne, acquis
grâce à sa naissance plutôt qu'à son travail, puisque son directeur de thèse,
Charles Mannay, rédige sa thèse. À 21 ans, le 1er avril
1775, il reçoit les premiers ordres, en dépit de ses avertissements : « On me
force à être ecclésiastique, on s'en repentira ». Le 3 mai, il devient
chanoine de la cathédrale de Reims, puis le 3 octobre abbé commendataire de
Saint-Denis de Reims, ce qui lui assure un revenu confortable.
Le 11 juin 1775, il assiste au sacre de
Louis XVI. Le 18 décembre 1779, aucun membre de
sa famille n'est présent pour son ordination, il a 26 ans.
L'année suivante, au printemps 1780, il devient, grâce à son
oncle, agent général du clergé de France ; il est chargé de défendre les biens
de l'Église face aux besoins d'argent de Louis XVI. Grâce à cette fonction, il
s'initie aux affaires et à la diplomatie, prend connaissance de l'étendue de la
richesse du clergé et noue de nombreuses relations parmi les hommes d'influence
de l'époque.
Il fréquente et anime les salons libéraux proches des
Orléans et noue de nombreuses relations.
Installé rue de Bellechasse, il a pour voisin Mirabeau : les deux hommes se
lient d'amitié, de politique et d'affaires.
À cause de sa vie dissolue (son goût pour le jeu et le luxe,
ses maîtresses) qui choque le roi ou à cause de ses amitiés orléanistes, il est
déçu dans ses espoirs d'obtenir un évêché alors que croissent ses besoins
d'argent.
Le 2 novembre 1788, il est nommé
évêque d'Autun, grâce à la requête que son père
mourant a adressée à Louis XVI. Il est sacré le 14 janvier 1789.
Trois semaines plus tard, élu député du clergé aux états
généraux de 1789, Talleyrand quitte définitivement la ville d'Autun.
La Révolution
Durant les
états généraux,
il se rallie au
tiers état. Le
14 juillet 1789, Talleyrand est le premier
membre nommé au
comité de constitution
de l'Assemblée nationale, où il joue un rôle
très important. Il est d'ailleurs signataire de
la Constitution présentée au roi et acceptée par
celui-ci le 14 septembre 1791 ; il est l'auteur
de l'article VI de la
déclaration des droits de
l'Homme, qui lui sert de préambule :
« La loi est l'expression
de la volonté générale. […] Elle doit être la
même pour tous, soit qu'elle protège, soit
qu'elle punisse. »
— Déclaration
des droits de l'homme et du citoyen de 1789
Le 10 octobre 1789, il propose à l'Assemblée constituante
d'utiliser « les grands moyens » pour renflouer les caisses de l'État : la
confiscation des biens de l'Église
Le projet est voté le 2 novembre. Talleyrand devient pour une
partie du clergé celui qui a trahi son ordre. Le 4 décembre 1789, il propose
d'accorder le statut de citoyen aux juifs. Le 16 février 1790, il est élu
président de l'Assemblée. Alors que la Constitution va être adoptée, Talleyrand
et les royalistes constitutionnels sont alors à l'apogée de leur influence sur
la Révolution.
Talleyrand propose à l'Assemblée constituante le 7 juin 1790
le principe d'une fête célébrant l'unanimité des Français. Le roi le nomme, et,
le 14 juillet 1790, il célèbre la messe qui a lieu sur le Champ de Mars pour la
fête de la Fédération. La cérémonie se déroule
devant 300 000 personnes.
Le 28 décembre 1790, il prête serment à la constitution civile
du clergé puis démissionne de sa charge épiscopale. Il est chargé de sacrer les
deux premiers évêques constitutionnels puis quatorze autres, aussi appelés « talleyrandistes ».
Le 10 mars, le pape
Pie VI exprime sa douleur devant cet acte
schismatique et prend en compte la démission de Talleyrand de sa charge.
Durant l'année 1791, il participe à la rédaction d'un
important rapport sur l'instruction publique, qui doit profiter de « la plus
entière gratuité parce qu'elle est nécessaire à tous ». L'une des
conséquence de ce rapport est la création de l'Institut
de France, embryon de l'Éducation nationale.
En 1792, Talleyrand est envoyé en mission diplomatique à
Londres. En dépit de l'atmosphère hostile, ils obtient la neutralité des
Britanniques le 25 mai.
L'Exil
Anticipant la
Terreur, il
repart rapidement pour Londres muni d'un ordre
de mission arraché le 7 septembre à
Danton, ce qui
lui permet de prétendre qu'il n'a pas émigré :
« Mon véritable but était de sortir de
France, où il me paraissait inutile et même
dangereux pour moi de rester, mais d'où je ne
voulais sortir qu'avec un passeport régulier, de
manière à ne m'en pas fermer les portes pour
toujours ».
Le 5 décembre, un décret
d'accusation est porté contre lui après la
révélation de ses liens avec Mirabeau et la
famille royale. Talleyrand se garde bien de
revenir en France et est porté sur la
liste des émigrés.
Expulsé de Grande-Bretagne en 1794, il se réfugie aux
États-Unis, où il exerce les métiers de prospecteur immobilier dans les forêts
du Massachusetts, puis de courtier en marchandises.
Il rentre en septembre 1796 à la suite de la levée du décret
d'accusation de la
Convention à son encontre. Il est rayé de la
liste des émigrés et retrouve la France du tout jeune
Directoire.
Directoire
Peu après son arrivée,
Talleyrand entre à l'Institut de France et
publie deux essais sur la nouvelle situation
internationale, fondés sur ses voyages hors de
France. Il entre au Cercle constitutionnel,
républicain, en dépit de ses amitiés orléanistes
et de l'hostilité des conventionnels, qui voient
en lui un contre-révolutionnaire.
Le 17 juillet 1797, son amie
Mme de Staël,
qui veut lui trouver une position, fait le siège
de
Barras, le plus
influent des Directeurs, pour qu’il soit nommé
ministre des Relations extérieures. Ce qu'il lui
accorde.
Lors de sa nomination, Talleyrand aurait dit à Benjamin
Constant : « Nous tenons la place, il faut y faire une fortune immense, une
immense fortune ». De fait, et dès cet instant, il prend l'habitude de
recevoir d'importantes sommes d'argent de l'ensemble des États étrangers avec
lesquels il traite.
A force de flagornerie, Talleyrand séduit Bonaparte et
bénéficie de sa puissante protection. Il prend possession de l'administration
des Affaires étrangères, qu'il garnit d'hommes travailleurs, discrets et
fidèles, même si c'est le Directoire qui choisit les ambassadeurs.
Le 13 juillet 1799, suite à plusieurs scandales, il
démissionne du ministère. Il se consacre à la préparation du
coup d'État du 18 brumaire (9 novembre 1799) en
conspirant contre le Directoire avec
Napoléon Bonaparte.
Sous Napoléon
Après le coup d'État,
il retrouve son rôle de ministre. Bonaparte et
Talleyrand s'accordent sur le fait que les
affaires étrangères relèvent du domaine exclusif
du Premier Consul : le ministre ne rend compte
qu'à Bonaparte. Ce dernier accède aux vues de
Talleyrand.
Il achète le
château de Valençay,
sur injonction de Bonaparte, et avec son aide
financière. Le domaine s'étend sur environ
120 km2, ce qui en
fait l'une des plus grandes propriétés privées
de l'époque. Talleyrand y séjourne
régulièrement.
En 1804, face à l'augmentation du nombre d'attentats perpétrés
par des royalistes contre Bonaparte, Talleyrand joue un rôle dans l'exécution
du duc d'Enghien. Dans ses mémoires, Bonaparte indique que « c'est
Talleyrand qui [l]'a décidé à arrêter le duc d'Enghien ». Bonaparte revendique
cependant l'exécution comme sa décision personnelle. À la
Restauration, en 1814, Talleyrand fait
disparaître tous les documents se rapportant à cette affaire ; il niera par la
suite avoir pris part à cette exécution.
Nommé grand chambellan le 11 juillet 1804, il
assiste le 2 décembre 1804 au sacre de Napoléon Bonaparte. Il est également
nommé grand cordon de la Légion d'honneur au début de 1805, dans la première
promotion.
En 1805, commence la campagne d'Autriche. Talleyrand suit
l'empereur dans ses trajets à travers l'Europe.
En 1806, il reçoit le titre de « prince de
Bénévent », petite principauté confisquée au pape. Le 12 juillet de la même
année, il signe le traité créant la Confédération du Rhin, toujours sur
ordre de Napoléon. Amorçant la critique de la politique guerrière de ce dernier
sans oser le défier, toujours déçu dans ses conseils de modération et étant en
contact permanent avec l'Autriche dans l'espoir d'un rapprochement, il commence
à communiquer des informations au tsar Alexandre Ier.
En 1807, après une série de victoires de Napoléon, il rédige
et signe le
traité de Tilsit. Indigné par le traitement
réservé aux vaincus, en particulier la reine de Prusse, et mécontent d'être un
« ministre des Relations extérieures sans emploi », il prend à cette occasion la
décision de démissionner de son poste de ministre à son retour de Varsovie. Sa
démission est effective le 10 août 1807.
Talleyrand se détache peu à peu de l'empereur mais reste
cependant son conseiller : il travaille à son divorce et à son remariage, lui
déconseille fortement d'entamer la guerre en Espagne. L'empereur ne tient pas
compte de l'avertissement et capture par la ruse les infants d'Espagne ; il
confie leur garde à Talleyrand, qui les loge somptueusement à Valençay durant
sept ans.
En septembre 1808, à Erfurt, où Napoléon l'envoie préparer le
terrain en vue d'une alliance avec la Russie, il va jusqu'à déconseiller au tsar
de s'allier avec l'empereur, en lui déclarant : « Le peuple français est
civilisé, son souverain ne l'est pas ; le souverain de la Russie est civilisé,
son peuple ne l'est pas ». C'est la « trahison d'Erfurt », qu'il détaille
longuement dans ses mémoires, affirmant avoir manœuvré l'un et l'autre empereurs
pour préserver l'équilibre européen et qui lui vaudra plus tard l'inimitié des
bonapartistes. Si Napoléon ne parvient pas à séduire le tsar, Talleyrand obtient
de ce dernier le mariage de son neveu Edmond de Périgord avec Dorothée de
Courlande, « un des meilleurs partis d'Europe ».
Alors que l'on reste sans nouvelles de l'empereur depuis
l'Espagne, où la guérilla fait rage, et que la rumeur de sa mort se répand,
Talleyrand intrigue au grand jour pour offrir la régence à l'impératrice.
D'Espagne, Napoléon apprend la conjuration et accourt à Paris. Le 28 janvier
1809, il accuse Talleyrand de trahison et lui retire son poste de grand
chambellan. Talleyrand est persuadé d'être arrêté, mais reste impassible : il
aurait dit à la sortie dudit conseil : « Quel dommage, messieurs, qu'un si grand
homme soit si mal élevé ».
Il n'est finalement pas inquiété, conserve ses autres postes
et l'empereur le consulte toujours. En dépit de l'hostilité qu'il lui manifeste,
Napoléon le nomme au conseil de régence le 23 janvier 1814.
Le 28 mars 1814, alors que les Alliés menacent Paris, le
conseil de régence décide l'évacuation de la cour, qui a lieu les deux jours
suivants. Le 30 mars au soir, Talleyrand négocie la capitulation du maréchal
Marmont, qui dirige la défense de la ville. Le 31 mars, il organise la
convocation du Sénat pour élire un gouvernement provisoire, alors que les Alliés
entrent dans Paris. Ce soir-là, le roi de Prusse et le tsar arrivent à son hôtel
particulier, et ce dernier y loge.
Restauration
Le 1er avril
1814, il est élu par le Sénat « président du
gouvernement provisoire » ; le lendemain, le
Sénat déchoit Napoléon Bonaparte de son trône ;
Talleyrand fait saisir toute la correspondance
qu'il peut trouver entre lui et ce dernier.
Talleyrand applique
immédiatement ses idées libérales et fait en
sorte de rétablir une vie normale pour le pays.
Sa position est difficile, surtout à Paris : les Alliés
occupent la ville, les royalistes et les bonapartistes ne reconnaissent pas le
gouvernement provisoire. Il use d'expédients pour financer ce dernier.
Pendant les premiers jours d'avril, lui, son gouvernement et
le Sénat rédigent une nouvelle constitution, qui consacre une monarchie
parlementaire bicamérale, organise l'équilibre des pouvoirs, respecte les
libertés publiques et déclare la continuité des engagements contractés sous
l'Empire.
Le gouvernement provisoire ne dure qu'un mois : le 1er mai,
il rejoint
Louis XVIII à Compiègne, qui lui accorde un
entretien glacial.
Louis XVIII n'accepte pas la Constitution sénatoriale : il
préfère accorder à ses sujets la
Charte constitutionnelle qui reprend les idées
libérales proposées mais rejette l'équilibre des pouvoirs, le roi en accordant
aux deux chambres. Le 13 mai, Talleyrand est nommé président du Conseil des
ministres (il n'a pas l'autorité d'un Premier ministre) et secrétaire aux
Affaires étrangères. La principauté de Bénévent est rendue au pape : le roi le
fait « prince de Talleyrand » et
pair de France.
Le Congrès de Vienne
Louis XVIII le charge
logiquement de représenter la France au
congrès de Vienne,
qui débute le 16 septembre 1814.
Talleyrand y arrive le 23
septembre, l'ouverture étant prévue pour le 1er
octobre. Tenu à l'écart des principales réunions
qui ont lieu entre les quatre (Royaume-Uni,
Autriche, Prusse, Russie), il est cependant
invité à une discussion le 30 septembre où
Metternich et
Hardenberg emploient les mots « puissances
alliées ». Il conteste aux quatre le droit
d'imposer leur diktat à la France :
« Alliées…, et contre qui ? Ce n'est plus contre Napoléon :
il est à l'île d'Elbe… ; ce ne n'est plus contre la France : la paix est
faite… ; ce n'est sûrement pas contre le roi de France : il est garant de la
durée de cette paix. Messieurs, parlons franchement, s'il y a encore des
puissances alliées, je suis de trop ici. […] Et cependant, si je n'étais pas
ici, je vous manquerais essentiellement. Messieurs, je suis peut-être le seul
qui ne demande rien. De grands égards, c'est là tout ce que je veux pour la
France.
[...] Je ne veux rien, je
vous le répète, et je vous apporte immensément. La présence d'un ministre de
Louis XVIII consacre ici le principe sur lequel repose tout l'ordre social.
[…] »
— Mémoires de Talleyrand
Les quatre s'irritent. Le 3 octobre, Talleyrand menace de ne
plus assister à aucune conférence. Il se pose en défenseur des petites nations
qui assistent à partir de ce moment aux délibérations et exploite les divisions
qui se font jours entre les quatre. Jouant les uns contre les autres, il obtient
que les procès-verbaux des précédentes réunions soient annulés et retarde
l'ouverture du Congrès au 1er novembre. Les petites
nations se lassent et finissent par ne plus assister aux réunions, tandis que
Talleyrand y reste et prend du poids. « C'est ainsi que le comité des Quatre
devint le comité des Cinq ».
Seconde Restauration
Au terme du congrès, la
France conserve ses conquêtes de 1792, mais
Napoléon Bonaparte revient de l'île d'Elbe.
Talleyrand, désormais le représentant d'un roi
en exil et discrédité, attendant la défaite de
Napoléon (« c'est une question de semaines, il
sera vite usé », il tarde à rejoindre le roi à
Gand.
Après la
bataille de Waterloo,
il se rend à Gand et presse le roi, au cours
d'une réunion orageuse le 23 juin, d'accepter
une constitution plus libérale et de se
distinguer des Alliés. Il est disgracié dès le
lendemain. Les Anglais contraignent le roi à
rappeler Talleyrand à la tête du conseil des
ministres : à l'issue de la séance, marquée par
des affrontements verbaux, le 27 juin, le
ministre l'emporte et une proclamation libérale
est adoptée.
Fouché, président du gouvernement provisoire, tient Paris,
appuyé par les républicains. Talleyrand négocie avec Fouché qui livre Paris au
roi, et il organise une rencontre.
Le 9 juillet 1815, il est nommé de surcroît président du
Conseil des ministres. Il réussit à constituer un gouvernement qu'il dirige et
entame une révision de la Charte par une ordonnance du 13 juillet pour organiser
le partage du pouvoir entre le roi et les chambres, une libéralisation des
élections (baisse du
cens, de l'âge minimal), une libéralisation de
la presse, etc.
Le gouvernement tente aussi en vain d'empêcher les armées
alliées, qui occupent toujours le pays, de reprendre les œuvres d'art pillées
dans toute l'Europe par Napoléon.
Après les élections, Talleyrand présente le 19 septembre sa
démission afin d'obtenir un refus et le soutien du roi. Ce dernier, sous la
pression des ultras et du tsar Alexandre, l'accepte pourtant et change de
ministère.
Talleyrand est nommé
grand chambellan de France le
24 septembre 1815. Pour la première fois depuis son retour des États-Unis, il
n'est pas au pouvoir, se répandant contre son successeur, le
duc de Richelieu, certain d'être bientôt
rappelé au pouvoir. Il subit pourtant la disgrâce et se sépare de sa femme. Son
opposition au gouvernement lui attire même la sympathie et le soutien des
ultras. En 1818 et 1820, son retour aux affaires est avorté quand le roi lui
préfère Jean Dessolle, Decazes, puis à nouveau Richelieu. Il est désormais
convaincu que le roi ne veut plus de lui.
Alors que les ultras sont de plus en plus influents, il se
place pour le reste de la restauration dans l'opposition libérale : il prononce
le 24 juillet 1821, puis en février 1822 des discours à la chambre des pairs
pour défendre notamment la liberté de la presse.
L'avènement de
Charles X, chef du parti ultra, lui enlève ses
derniers espoirs de retour au pouvoir. Il se rapproche des orléanistes, et reste
la bête noire des ultras. C'est à cette époque que le jeune
Adolphe Thiers obtient son appui pour monter
son journal,
le National, qui se retrouvera au cœur de
la contestation et de la chute de Charles X.
Monarchie de Juillet
En juillet 1830,
Talleyrand conseille à
Louis-Philippe d'Orléans
de se rendre à Paris. Louis-Philippe revient à
Paris le lendemain, se rend pour entretien chez
Talleyrand et prend son parti.
Louis-Philippe, une fois roi,
nomme rapidement, à sa demande, Talleyrand
ambassadeur extraordinaire à Londres, où il est
accueilli le 22 septembre de manière grandiose.
Sa nomination rassure les cours d'Europe,
effrayées par cette nouvelle révolution
française, alors qu'éclate la
révolution belge.
Talleyrand argumente auprès des Britanniques pour un concept
qu'il forge de « non-intervention » en Belgique alors que l'armée hollandaise
est repoussée. Des conférences entre les cinq grands s'ouvrent le 4 novembre
1830. Il signe les protocoles de juin 1831, puis le traité du 15 novembre 1831,
qui officialisent l'indépendance de la Belgique. Il va jusqu'à accepter la
préservation des frontières du pays (et non un partage, comme le souhaite Paris)
et le choix de
Léopold de Saxe-Cobourg comme souverain du
nouveau pays neutre qui sera militairement soutenu par la France, à l'encontre
de ses propres principes de "non-intervention".
Talleyrand travaille sur le projet qui lui tient à cœur depuis
longtemps : le rapprochement du Royaume-Uni et de la France. Les deux pays
interviennent conjointement pour obliger le roi de Hollande à respecter la
nouvelle indépendance de la Belgique. Il reçoit régulièrement
Alphonse de Lamartine, et entretient de bons
rapports avec son ami Wellington et l'ensemble du cabinet. Son nom est applaudi
au Parlement britannique, son raffinement et son habileté deviennent fameux à
Londres.
Pendant ce temps, en France, si Talleyrand est très haut dans
l'estime du roi et celle de l'élite politique, sa réputation est au plus bas. Il
devient le « diable boiteux », celui qui a trahi tout le monde.
Fatigué, Talleyrand reste en poste jusqu'en août 1834, date à
laquelle il se retire dans son château de Valençay. Il conseille toujours
Louis-Philippe, mais son activité et son influence politiques décroissent
néanmoins.
Il reçoit
Honoré de Balzac et met la dernière main à ses
mémoires. En 1837, il quitte Valençay et retourne s'installer dans son hôtel à
Paris.
À l'approche de la mort, il doit négocier un retour à la
religion pour éviter à sa famille le scandale d'un refus de sacrements et de
sépulture. Il ne signe sa rétractation que quatre heures avant sa mort, ce qui
lui permet de recevoir l'extrême-onction.
Au moment où le prêtre doit, conformément au rite, oindre ses mains avec le
saint-chrême, il déclare : « N'oubliez pas que je suis évêque » (car on
devait en pareil cas l'oindre sur le revers des mains et non sur les paumes),
reconnaissant ainsi sa réintégration dans l'Église. L'événement, suivi par le
tout-Paris, fait dire à
Ernest Renan qu'il réussit « à tromper le
monde et le Ciel ».
Il meurt le 17 mai 1838.
Des funérailles officielles et religieuses sont célébrées le
22 mai. Il est enterré dans une chapelle proche du château de Valençay, où son
corps est ramené le 5 septembre, puis enseveli dans la crypte familiale.
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