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Emil Michel CIORAN
(1911 - 1995) |
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biographie |
Emil Michel Cioran,
né le 8 avril 1911 à Răşinari en Roumanie (alors
Autriche-Hongrie) et mort le 20 juin 1995 à Paris,
est un philosophe, moraliste et écrivain roumain,
d'expression roumaine puis française.
Après quelques années de vie heureuse à Răşinari,
petit village de Transylvanie, il est traumatisé par
un déménagement vers la ville de Sibiu. Ce choc,
ainsi que les relations difficiles avec sa mère et
sa nature insomniaque façonnent rapidement sa vision
pessimiste du monde et son tempérament dépressif.
Il fait
des études de philosophie à Bucarest et à Berlin. À
22 ans, il publie Sur les cimes du désespoir,
qui le consacre d'emblée au panthéon des grands
écrivains roumains. Dans son pays, il fréquente le
mouvement
fasciste et
antisémite de la Garde de fer.
Cioran
s'installe à Paris pendant l'occupation. Il
abandonne alors toute idéologie pour se consacrer à
l'écriture. Il est fortement influencé par la
philosophie
nihiliste,
en particulier Schopenhauer et Spengler, mais
également par
Nietzsche.
Son œuvre,
essentiellement composée de recueils d'aphorismes,
marquée par l'ascétisme et l'humour, connaît un
succès grandissant.
Après
la guerre, les
communistes ayant
interdit ses livres en Roumanie, Cioran s'établit
définitivement à Paris, vivant assez pauvrement,
écrivant désormais en français. Il est entouré par
des penseurs et des écrivains tels que
Eugène Ionesco,
Mircea Eliade ou Samuel Beckett, et par quelques
lecteurs fanatiques mais peu nombreux.
L'œuvre
de Cioran est marquée du sceau du pessimisme, du
scepticisme et de la désillusion. En 1973, il publie
son œuvre la plus marquante : De l'inconvénient
d'être né. En 1987, il publie son ultime
ouvrage, Aveux et anathèmes.
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source
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Espérer, c'est démentir
l'avenir.
On ne
découvre une saveur aux jours que lorsqu'on se dérobe à
l'obligation d'avoir un destin.
Quelques générations
encore, et le
rire, réservé aux initiés, sera aussi
impraticable que l'extase.
Une
civilisation débute par le mythe et finit par le doute.
Tout
désespoir est un
ultimatum à
Dieu.
Le sceptique est le
désespoir du diable. C'est que le sceptique, n'étant l'allié
de personne, ne pourra aider ni au
bien ni surtout au mal. Il
ne coopère avec rien, même pas avec soi.
L'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il
nous permet de nous voir comme
Dieu nous voit, alors que le
succès nous éloigne de ce qu'il y a de plus intime en nous et
en tout.
Il tombe sous le sens que
Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une
aussi satisfaisante.
Plus
les
hommes s'éloignent de
Dieu, plus ils avancent dans la
connaissance des
religions.
(De l'inconvénient
d'être né)
L'homme
accepte la
mort, mais non l'heure de sa
mort.
Mourir n'importe
quand, sauf quand il faut que l'on
meure.
Il n'est qu'un
esprit
lézardé pour avoir des ouvertures sur l'au-delà.
La pâleur
montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.
La musique est le refuge
des
âmes ulcérées par le
bonheur.
Serf, ce
peuple bâtissait des cathédrales ; émancipé, il ne construit
que des horreurs.
Rien ne dessèche tant un
esprit que sa répugnance à concevoir des
idées obscures.
(Syllogismes de
l'amertume)
Il y a du
charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce
soit.
Un
homme ennuyeux est un
homme incapable de s'ennuyer.
Shakespeare : rendez-vous d'une rose et d'une hache.
Le français : idiome
idéal pour traduire délicatement des
sentiments équivoques.
L'histoire des
idées est l'histoire de la rancune des
solitaires. (Syllogismes
de l'amertume)
Je
crois au salut de
l'humanité, à l'avenir du cyanure...
La
malhonnêteté d'un penseur se reconnaît à la somme d'idées
précises qu'il avance.
Les romantiques furent
les derniers spécialistes du
suicide. Depuis, on le bâcle...
La
tristesse : un appétit qu'aucun malheur ne rassasie.
En
vieillissant, on
apprend à troquer ses terreurs contre ses ricanements.
Toutes
les eaux sont couleur de noyade.
Puisqu'on ne se
souvient
que des humiliations et des défaites, à quoi donc aura servi
le reste ?
Ces
enfants dont je n'ai pas voulu, s'ils savaient le
bonheur
qu'ils me doivent !
L'espoir est une vertu
d'esclaves.
Je
donnerais tous les paysages du
monde pour celui de mon
enfance.
Le scepticisme est
l'élégance de l'anxiété.
Donnez un
but précis à la
vie : elle perd instantanément son attrait.
Le progrès est
l'injustice que chaque génération commet à l'égard de celle
qui l'a précédée.
Commencer
en poète et finir en gynécologue ! De toutes les conditions,
la moins enviable est celle d'un
amant.
Objection contre la
science : ce
monde ne
mérite pas d'être connu.
La
compassion n'engage à rien, d'où sa fréquence. Nul n'est
jamais
mort ici-bas de la
souffrance d'autrui.
On n'écrit pas parce
qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire
quelque chose.
Il est
inélégant de se plaindre de la
vie tant qu'on peut s'aménager
une heure de
solitude par jour.
La
solitude est
l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la conversation celui de
l'intelligence.
Pourquoi
nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant
d'êtres à décevoir ?
Avec quelle quantité
d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque
jour !
Je ne
crois pas avoir raté une seule occasion d'être
triste.
Celui qui a
vécu jusqu'au
bout l'orgueil de la solitude n'a plus qu'un rival :
Dieu.
Si l'on
pouvait se voir avec les yeux des
autres, on disparaîtrait sur
le champ.
Tout n'est pas perdu,
tant qu'on est mécontent de soi.
On
n'habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c'est
cela et rien d'autre.
J'ai commis tous les
crimes, hormis celui d'être père.
Sur le
plan
spirituel, toute
douleur est une chance ; sur le plan
spirituel seulement.
L'homme
libre ne
s'embarrasse de rien, même pas de l'honneur.
(Cahiers
1957-1972)
Ce n'est pas la peur d'entreprendre, c'est la peur de
réussir, qui
explique plus d'un
échec. (De
l'inconvénient d'être né)