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Denis DIDEROT
(1713 - 1784) |
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La superstition est plus
injurieuse à Dieu que l'athéisme.
Les
passions détruisent plus de préjugés que la philosophie.
Qu'est-ce que les
caresses de deux amants, lorsqu'elles ne peuvent être
l'expression du cas infini qu'ils font d'eux-mêmes ?
On rit
par occasion ; mais on n'est pas rieur par état.
Je fais bien de ne pas
rendre l'accès de mon coeur facile ; quand on y est une fois
entré, on n'en sort pas sans le déchirer ; c'est une plaie qui
ne cautérise jamais.
Il n'y a
que les passions et les grandes passions, qui puissent élever
l'âme aux grandes choses.
On
dit que le désir naît de la volonté, c'est le contraire, c'est
du désir que naît la volonté. Le désir est fils de
l'organisation.
Avoir des
esclaves n'est rien, mais ce qui est intolérable, c'est
d'avoir des esclaves en les appelant citoyens.
L'idée
qu'il n'y a pas de Dieu ne fait trembler personne ; on tremble
plutôt qu'il y en ait un.
Sais-tu
qui sont les mauvais pères ? Ce sont ceux qui ont oublié les
fautes de leur jeunesse.
Une belle âme ne va guère
avec un goût faux.
Je ne
sais ce que c'est des principes, sinon des règles qu'on
prescrit aux autres pour soi.
Les amis, qu'on craint
moins de mécontenter que les indifférents, sont toujours les
derniers servis.
Sans un
immense superflu, chaque condition se croit misérable.
La voix de la conscience
et de l'honneur est bien faible quand les boyaux crient.
(Le Neveu de Rameau)
Tous les
gueux se réconcilient à la gamelle.
Mes pensées, ce sont mes
catins. (Le
Neveu de Rameau)
S'il
importe d'être sublime en quelque genre, c'est surtout en mal.
Que ce monde-ci serait
une bonne comédie si l'on n'y faisait pas un rôle.
L'homme
précoce vit, boit, mange avec les stupides qui l'environnent,
mais converse avec l'avenir.
On risque autant à croire
trop qu'à croire trop peu.
On n'a
tant d'indulgence que quand on n'a plus d'amour.
S'il y a cent mille
damnés pour un sauvé, le diable a toujours l'avantage sans
avoir abandonné son fils à la mort.
C'est le
sort de presque tous les hommes de génie ; ils ne sont pas à
portée de leur siècle ; ils écrivent pour la génération
suivante.
Le Dieu des chrétiens est
un père qui fait grand cas de ses pommes et fort peu de ses
enfants.
Du
fanatisme à la barbarie, il n'y a qu'un pas.
Qu'ai-je fait pour
exister ?
Il est
bien rare que le coeur mente ; mais on n'aime pas l'écouter.
Il faut souvent donner à
la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses
entrées.
Le
méchant n'est qu'un enfant robuste.
Il y a longtemps que le
rôle de sage est dangereux parmi les fous.
Les
passions sobres font les hommes communs.
On est dédommagé de la
perte de son innocence par celle de ses préjugés.
La parole
est une sorte de tableau dont la pensée est l'original.
Je suis plus sûr de mon
jugement que de mes yeux.
La larme
qui s'échappe de l'homme vraiment homme nous touche plus que
tous les pleurs d'une femme.
Plus vous trouverez de
raison dans un homme plus vous trouverez en lui de probité.
Qu'avons-nous fait ? Ce que vous, moi et tous les autres font
: du bien, du mal et rien.
Si la raison est un don
du Ciel et que l'on puisse en dire autant de la foi, le Ciel
nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires.
(Addition aux Pensées
philosophiques)
Qu'est-ce
que la vérité ? La conformité de nos jugements avec les êtres.
Se faire tuer ne prouve
rien ; sinon qu'on n'est pas le plus fort.
Il ne
faut de la morale et de la vertu qu'à ceux qui obéissent.
On doit exiger que je
cherche la vérité, mais non que je la trouve.
Celui qui
disperse ses regards sur tout ne voit rien, ou voit mal.
L'éloquence n'est que
l'art d'embellir la logique.
Il y a
des hommes dont il est glorieux d'être haï.
L'argent des sots est le
patrimoine des gens d'esprit.
L'indifférence fait les sages et l'insensibilité les monstres.
Il ne suffit pas de faire
le bien, il faut encore le bien faire.
On ne
sait de quoi se réjouir, ni de quoi s'affliger dans la vie. Le
bien amène le mal, le mal amène le bien.
Celui qui sera étudié
lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres.
(Règnes de Claude et
de Néron)
Il y a
entre l'esprit étendu et l'esprit cultivé la différence de
l'homme et de son coffre-fort.
(Pensées et
Fragments)
Quoi qu'on fasse, on ne
peut se déshonorer quand on est riche.
(Le Neveu de Rameau)
On avale
à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte, et l'on boit
goutte à goutte une vérité qui nous est amère.
(Le neveu de
Rameau)
Notre véritable sentiment
n'est pas celui dans lequel nous n'avons jamais vacillé, mais
celui auquel nous sommes le plus habituellement revenus.
(Entretiens)