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Jean COCTEAU
(1889 - 1963) |
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La superstition est l'art
de se mettre en règle avec les coïncidences.
A force
de plaisirs notre bonheur s'abîme.
Un enfant prodige est un
enfant dont les parents ont beaucoup d'imagination.
De la
bourse ou de la vie, le voleur vous laisse le choix. La femme
exige les deux.
Comme le coeur et comme
le sexe, le rire procède par érection. Rien ne l'enfle qui ne
l'excite. Il ne se dresse pas à volonté.
Le corps
est un parasite de l'âme.
La vérité est trop nue,
elle n'excite pas les hommes.
Le poète
se souvient de l'avenir.
Le vrai tombeau des
morts, c'est le coeur des vivants.
De la
naissance à la mort, nous sommes un cortège d'autres reliés
par un fil ténu.
L'art consacre le meurtre
d'une habitude. L'artiste se charge de lui tordre le cou.
Il faut
être un homme vivant et un artiste posthume.
Je voudrais que
l'intelligence fût reprise au démon et rendue à Dieu.
(Lettre, à
Jacques Maritain)
Les dieux
existent : c'est le diable.
Dieu
nous pense. Il ne pense pas à nous.
Nous
abritons un ange que nous choquons sans cesse. Nous devons
être les gardiens de cet ange.
Beaucoup d'hommes
naissent aveugles, et ils ne s'en aperçoivent que le jour où
une bonne vérité leur crève les yeux.
Le tact
dans l'audace c'est de savoir jusqu'où on peut aller trop
loin.
Tout ce qu'on fait dans
la vie, même l'amour, on le fait dans le train express qui
roule vers la mort.
L'avenir
n'appartient à personne. Il n'y a pas de précurseurs, il n'y a
que des retardataires.
A force de ne jamais
réfléchir, on a un bonheur stupide.
Le plus
grand chef-d'oeuvre de la littérature n'est jamais qu'un
dictionnaire en désordre.
Si le feu brûlait ma
maison, qu'emporterais-je ? J'aimerais emporter le feu...
Un homme
pur doit être libre et suspect.
On ferme les yeux des
morts avec douceur ; c'est aussi avec douceur qu'il faut
ouvrir les yeux des vivants.
La
jeunesse sait ce qu'elle ne veut pas avant de savoir ce
qu'elle veut.
(La Difficulté
d'être)
Tout ce qui se prouve est
vulgaire, agir sans preuve exige un acte de foi.
Le
virtuose ne sert pas la musique ; il s'en sert.
La grande tactique des
femmes est de faire croire qu'elles aiment quand elles
n'aiment pas, et lorsqu'elles aiment, de le dissimuler.
Puisque
ces mystères me dépassent, feignons d'en être l'organisateur.
A force d'aller au fond
des choses, on y reste.
Un secret
a toujours la forme d'une oreille.
Le libre arbitre est
l'alibi de Dieu.
Ce que le
public te reproche, cultive-le, c'est toi.
Il faut faire aujourd'hui
ce que tout le monde fera demain.
La lune
est le soleil des statues.
La source désapprouve
presque toujours l'itinéraire du fleuve.
La
sagesse est d'être fou lorsque les circonstances en valent la
peine.
Plus je vieillis, plus je
vois que ce qui ne s'évanouit pas, ce sont les rêves.
Si je
préfère les chats aux chiens, c'est parce qu'il n'y a pas de
chat policier.
Les rêves sont la
littérature du sommeil.
La
science ne sert qu'à vérifier les découvertes de l'instinct.
Le verbe aimer n'est pas
facile à conjuguer : son passé n'est pas simple, son présent
n'est qu'indicatif, et son futur est toujours conditionnel.
Un beau
livre, c'est celui qui sème à foison les points
d'interrogations.
On peut naître vieux
comme on peut mourir jeune.
Mieux
vaut donner à un faux pauvre que refuser son assistance à un
vrai.
Un général ne se rend
jamais, même à l'évidence.
Ce que le
lecteur veut, c'est se lire. En lisant ce qu'il approuve, il
pense qu'il pourrait l'avoir écrit. Il peut même en vouloir au
livre de prendre sa place.
Dans la vie on ne
regrette que ce qu'on n'a pas fait.
L'extrême
limite de la sagesse, voilà ce que le public baptise la folie.
(Le Rappel à l'ordre)
Une trop grande liberté
met la jeunesse dans l'impossibilité de désobéir, alors que
rien d'audacieux n'existe sans la désobéissance à des règles.
(Poésie critique)