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Emile Chartier,
dit
ALAIN
(1868 - 1951) |
Alain, de son vrai
nom Émile-Auguste Chartier (Mortagne-au-Perche, 3
mars 1868 - Le Vésinet, 2 juin 1951, enterré au
cimetière du Père-Lachaise) est un philosophe,
journaliste et professeur français..
À partir de 1903, il
publie dans différents journaux près de 3.000
courtes chroniques, sous la signature d'Alain, les
"Propos du dimanche", puis les "Propos du lundi"
sous forme de chroniques hebdomadaires. Devenu
professeur de khâgne en 1909, il exerce une
influence profonde sur ses élèves (Raymond Aron,
Simone Weil, Georges Canguilhem…)..
À l'approche de la guerre, Alain milite pour
le pacifisme. Lorsque celle-ci est déclarée, sans
renier ses idées, et bien que non mobilisable, il
s'engage pour satisfaire ses devoirs de citoyen.
Brigadier, il refuse toutes les propositions de
promotion à un grade supérieur. Le 23 mai 1916, il
se broie le pied dans un rayon de charrue lors d'un
transport de munitions vers Verdun. Il est
démobilisé en 1917. Ayant vu de près les atrocités
de la Grande Guerre, il publie en 1921 son célèbre
pamphlet Mars ou la guerre jugée..
Sur le plan politique, il s’engage aux côtés
du mouvement radical en faveur d'une république
libérale strictement contrôlée par le peuple. En
1927, il signe la pétition contre la loi sur
l’organisation générale de la nation pour le temps
de guerre, qui abroge toute indépendance
intellectuelle et toute liberté d’opinion..
Jusqu'à la fin des années 30, son œuvre sera
guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la
montée des fascismes. Il sera cofondateur en 1934 du
Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.
En 1936, alors qu'il est depuis longtemps atteint de
crises régulières de rhumatismes qui l'immobilisent,
une attaque cérébrale le condamne finalement au
fauteuil roulant.
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source
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On peut défaire n'importe
quel bonheur par la mauvaise volonté.
Ce sont
les passions et non les intérêts qui mènent le monde.
La loi du juste avenir se
trouve dans les consciences libres et solitaires et ne se
trouve nulle part ailleurs. (Correspondance
avec Romain Rolland)
L'individu qui pense contre la société qui dort, voilà
l'histoire éternelle, et le printemps aura toujours le même
hiver à vaincre.
Le rire est le propre de
l'homme, car l'esprit s'y libère des apparences.
L'âme,
c'est ce qui refuse le corps.
Cette
autre vie qu'est cette vie dès qu'on se soucie de son âme.
(Histoire de mes pensées)
Aimer,
c'est trouver sa richesse hors de soi.
Résistance et obéissance,
voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance, il assure
l'ordre; par la résistance, il assure la liberté.
Nous
n'aurons jamais trop de ces fiers esprits qui jugent,
critiquent et résistent. Ils sont le sel de la cité.
(Propos d'un Normand)
Fondez une Société des honnêtes
gens, tous les voleurs en seront. (Propos
d'un Normand, tome III)
Le plus
difficile au monde est de dire en y pensant ce que tout le
monde dit sans y penser.
(Histoire de mes
pensées)
J'ai souvent envie de
demander aux femmes par quoi elles remplacent l'intelligence.
L'erreur
propre aux artistes est de croire qu'ils trouveront mieux en
méditant qu'en essayant. Ce qu'on voulait faire, c'est en le
faisant qu'on le découvre.
Il n'y a guère que le
sublime qui puisse nous aider dans l'ordinaire de la vie.
(Préliminaires à l'esthétique)
L'adolescent est l'être qui blâme, qui s'indigne, qui méprise.
La morale commence là où
s'arrête la police.
C'est
presque tout de savoir lire.
L'erreur est facile à
tous ; plus facile peut-être à celui qui croit savoir
beaucoup.
Le
souvenir commence avec la cicatrice.
(Propos sur
l'éducation)
A s'informer de tout, on
ne sait jamais rien.
Savoir,
et ne point faire usage de ce qu'on sait, c'est pire
qu'ignorer.
Dès que nous tenons une
opinion, elle nous tient.
(Propos sur
l'éducation)
L'égoïste
est triste parce qu'il attend le bonheur.
Le doute est le sel de
l'esprit. (Propos)
Un homme
savant a compris un certain nombre de vérités. Un homme
cultivé a compris un certain nombre d'erreurs. Et voilà toute
la différence entre l'esprit droit et l'esprit juste.
(Vigiles de l'esprit)
Les dieux sont nos
métaphores, et nos métaphores sont nos pensées.
Penser,
c'est inventer sans croire.
Réfléchir, c'est nier ce
que l'on croit.
Les
plaisirs de l'amour font oublier l'amour du plaisir.
Certes Dieu n'a pas
besoin de l'existence ; c'est bien plutôt l'existence qui a
besoin de Dieu.
Le
courage nourrit les guerres, mais c'est la peur qui les fait
naître.
(Propos)
Ce qui va de soi, c'est
ce qui va mal.
Les temps
sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui
désire.
Il n'y a jamais d'autre
difficulté dans le devoir que de le faire.
Qui est
mécontent des autres est toujours mécontent de soi.
Une idée que j'ai, il
faut que je la nie ; c'est ma manière de l'essayer.
Nous
n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux
d'autrui.
Refuser en donnant des
raisons, ce n'est pas refuser.
La mort
est une maladie de l'imagination.
On dit que les nouvelles
générations seront difficiles à gouverner. Je l'espère bien.
(Propos sur
l'éducation)
Il n'y a
de bonheur possible pour personne sans le soutien du courage.
Qu'il est difficile
d'être courageux sans se faire méchant !
C'est un grand art
quelquefois de vouloir ce que l'on est assuré de désirer.
C'est la foi même qui est
Dieu. (Eléments
de philosophie)
Le corps
humain est le tombeau des dieux.
Toute douleur veut être
contemplée, ou bien elle n'est pas sentie du tout.
Si on ne
suppose pas que les hommes ont tous la même intelligence, et
l'ont toute, il n'y a plus ni vérité ni erreur.
(Cahiers de Lorient)
L'erreur de Descartes est
de meilleure qualité que la vérité d'un pédant.
Chaque
vie se fait son destin.
(Journal intime)
On n'aime guère un
bonheur qui vous tombe : on veut l'avoir fait.
La
politesse, ce n'est qu'une gymnastique contre les passions.
Le propre des hommes
passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l'on
écrit sur les passions.
L'art
d'écrire précède la pensée.
(Propos de
littérature)
C'est par l'esprit que
l'homme se sauve, mais c'est par l'esprit que l'homme se perd.
(Mars
ou la Guerre jugée)
Tous les
moyens de l'esprit sont enfermés dans le langage ; et qui n'a
point réfléchi sur le langage n'a point réfléchi du tout.
(Propos sur
l'éducation)
Un sage se distingue des
autres hommes, non par moins de folie, mais par plus de
raison. (Idées,
Etude sur Descartes)
La pensée
ne respecte rien qu'elle-même.
(Propos de
littérature)
Apprendre à ne plus
penser, c'est une partie, et non la moindre, de l'art de
penser. (Esquisses
de l'homme)
Penser
c'est dire non.
(Propos sur la
religion)
Savoir c'est savoir qu'on
sait. (Les
idées et les âges)
La
vertu d'un homme ressemble bien plus à ses propres vices qu'à la vertu
du voisin. (Propos
sur l'éducation)
La
vie est un travail qu'il faut faire debout.
(Propos d'un Normand)