Jean-Paul Charles Léon Eugène Aymard Sartre est un philosophe et
écrivain français né le 21 juin 1905 et mort le 15 avril 1980 à Paris.
Son œuvre a marqué une époque – le milieu du XXè
siècle –, et sa vie d'intellectuel engagé a suscité polémiques et réticences.
Intransigeant et fidèle à lui-même et à ses idées, il a toujours rejeté les
honneurs, notamment en 1964 le prix Nobel de littérature. Personnage prolifique
et hyperactif, il est autant connu pour son œuvre, notamment ses
paradigmes philosophiques que l'on regroupe
sous le nom d'existentialisme,
que pour son engagement politique, de gauche radicale. Il fut aussi le compagnon
de
Simone de Beauvoir.
Biographie
Jean-Paul Sartre
naît le 21 juin 1905, à Paris. Fils unique, il provient d’une famille
bourgeoise et descend, par sa mère, d’une famille d’intellectuels et de
professeurs alsaciens, les Schweitzer, ce qui en fait le cousin du célèbre
Albert Schweitzer. Son père meurt de la fièvre jaune 15 mois après sa naissance.
Elevé, de 1907 à 1917, par sa
mère et les parents de celle-ci, Sartre est
adoré, choyé, félicité tous les jours, ce qui
contribue sans doute à développer son
narcissisme. Dans la grande bibliothèque de la
maison Schweitzer il découvre très tôt la
littérature, et préfère lire plutôt que de
fréquenter les autres enfants.
En 1917, sa mère se remarie avec un polytechnicien. Sartre
n'acceptera jamais l'irruption de cet homme dans sa vie et lui vouera une haine
sans concession jusqu'à la fin. Ils déménagent à La Rochelle, où il reste
jusqu'à l'âge de 15 ans. Trois années qui seront pour lui des années de
calvaire, confronté à la réalité des lycéens violents et cruels, et désormais
contraint de partager sa mère avec un intrus.
Désireuse de lui faire acquérir la meilleure instruction, sa
mère l'envoie poursuivre ses études à Paris. À partir de 16 ans, épaulé par son
ami Paul Nizan, il commence à se construire une personnalité enjouée, toujours
prêt à se livrer à la facétie. Il réussit avec aisance son baccalauréat.
Toujours accompagné de Nizan, il fait ensuite son hypokhâgne
et sa khâgne (classes préparatoires littéraires aux grandes écoles) au lycée
Louis-le-Grand. Il y fait ses premières armes littéraires, en écrivant notamment
de petits contes dans lesquels éclatent son ironie et son dégoût pour les vies
conventionnelles.
Sartre reste le redoutable instigateur de toutes les
plaisanteries, de tous les chahuts, allant jusqu’à provoquer un scandale en
jouant un sketch antimilitariste dans la revue de l’Ecole Normale Supérieure de
1927, qui provoque la démission de Gustave Lanson, directeur de l'école. La même
année, il signe avec ses condisciples, la pétition contre la loi sur
"l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre". Déjà
provocateur et rétif à l'autorité morale, volontiers boute-en-train, Sartre est
aussi un grand travailleur, dévorant plus de 300 livres par an, écrivant
chansons, poèmes, nouvelles et romans, à tour de bras.
Pourtant, au cours de ces quatre années d’ENS, Sartre ne
paraît pas s’intéresser à la politique. Spontanément anarchisant, il ne va à
aucune manifestation, ne s’enflamme pour aucune cause.
Il échoue en 1928 à l’agrégation de philosophie. Préparant
d'arrache-pied le concours pour la seconde fois, il rencontre dans son groupe de
travail Simone de Beauvoir. Elle deviendra sa compagne jusqu'à la fin de sa vie.
Elle sera son « amour nécessaire » en opposition aux « amours contingentes »
qu’ils seront amenés à connaître tous deux. Sartre est reçu premier à
l'agrégation à la deuxième tentative, Simone de Beauvoir remportant la seconde
place.
Après son service militaire, à 26 ans, le jeune agrégé est
envoyé au lycée du Havre. C’est une épreuve pour Sartre qui craint les vies
rangées et qui méprise la vie ennuyeuse de professeur de province.
Après avoir occupé un poste à la prestigieuse École normale
d'instituteurs de Laon en Picardie, il est muté, en octobre 1937, au lycée
Pasteur de Neuilly.
Ses écrits ont longtemps été refusés par les éditeurs mais, en 1938,
paraît enfin son premier livre, La Nausée (Gallimard), roman
philosophique et quelque peu autobiographique, racontant les tourments
existentiels d'Antoine Roquentin, célibataire de 35 ans et historien à ses
heures.
Commence alors pour lui une brève phase de notoriété, avec
La Nausée qui rate de peu le prix Goncourt et la publication d'un recueil de
nouvelles, Le Mur. Cette phase va être brusquement stoppée par la Seconde
Guerre mondiale. Il est mobilisé.
La guerre : charnière de son existence
Soldat météorologiste, il dispose de beaucoup de temps libre qu'il
utilise pour écrire énormément (2000 pages en neuf mois, dont une petite
partie sera publiée sous le titre de Carnets de la drôle de guerre).
Il écrit notamment pour éviter le contact avec ses compagnons et pour se
soustraire à la rigueur de la hiérarchie militaire, qu'il supporte
difficilement.
Le 21 juin 1940, Sartre est
fait prisonnier et transféré dans un camp de
détention en Allemagne, parmi 25000 détenus. Son
expérience de prisonnier le marque
profondément : elle lui enseigne la solidarité
avec les hommes. Loin de se sentir brimé, il
participe dans l’allégresse à la vie
communautaire : il raconte des histoires à ses
copains de chambrée le soir, participe à des
matchs de boxe, écrit et met en scène une pièce
pour la veillée de Noël.
Cette vie dans le camp de prisonniers est importante, car elle
est le tournant de sa vie : dorénavant, il n’est plus l’individualiste des
années 1930, mais une personne consciente d'un devoir dans la communauté.
En mars 1941, Sartre est libéré grâce à un faux certificat
médical. Sa nouvelle volonté d'engagement l'amène, dès son retour à Paris, à
agir en fondant un mouvement résistant avec certains de ses amis : le mouvement
« Socialisme et liberté ». Il comptera une cinquantaine de membres en juin 1941.
Sartre sera un résistant modeste mais sincère (certains historiens voient ce
mouvement comme celui de philosophes pantouflards face au professionnalisme de
la résistance communiste et gaulliste). Après l’arrestation de deux camarades,
le groupe « Socialisme et liberté » se dissout fin 1941.
Il fait jouer, en 1943, une pièce qu’il a composée, Les
Mouches, reprenant le mythe d’Électre et que l’on peut interpréter comme un
appel à résister. C'est lors de la Première qu'il fait la connaissance de
Camus. En cette période d'occupation, la pièce
n'a pas le retentissement escompté : salles vides, représentations interrompues.
Pour Jean Amadou, cette représentation est plus ambiguë : « En 1943, dans
l'année la plus noire de l'Occupation, il fit jouer à Paris Les Mouches.
C'est-à-dire qu'il fit très exactement ce que fit
Sacha Guitry, donner ses pièces en
représentation devant un parterre d'officiers allemands, à cette différence qu'à
la Libération Guitry fut arrêté alors que Sartre fit partie du Comité
d'épuration, qui décidait quel écrivain avait encore le droit de publier et
quel autre devait être banni.
André Malraux qui, lui, avait risqué sa vie
dans la Résistance, ne se crut pas autorisé pour autant à faire partie de ce
tribunal autoproclamé ».
La même année, il publie L'Être et le Néant, où il fait
le point et approfondit les bases théoriques de son système de pensée. Il écrit
de même en quelques jours une pièce de théâtre, Les Autres, qui deviendra
Huis clos, jouée en mai 1944, qui rencontre un franc succès.
Vers la fin de la guerre, Sartre est recruté par Camus pour le
réseau résistant Combat, il devient reporter dans le journal du même nom,
et décrit la libération de Paris. Là commence sa renommée mondiale. Il est
envoyé en janvier 1945 aux États-Unis pour écrire une série d'articles pour
Le Figaro, et y est accueilli comme un héros de la résistance.
La guerre a donc doublement coupé sa vie en deux : auparavant
anarchiste individualiste, peu concerné par les affaires du monde, Sartre se
transforme en militant engagé et politiquement omniprésent. Professeur parisien
connu dans le monde intellectuel, il devient après la guerre une sommité
internationale.
Les années de gloire
Après la libération, Sartre
connaît un succès et une notoriété importante ;
il va, pendant plus d'une dizaine d’années,
régner sur les lettres françaises. Prônant
l’engagement comme une fin en soi, la diffusion
de ses idées se fera notamment au travers de la
revue qu’il a fondée en 1945, Les Temps
modernes. Sartre y partage sa plume, avec
entre autres,
Simone de Beauvoir,
Merleau-Ponty et Raymond Aron. Dans le long
éditorial du premier numéro, il pose le principe
d'une responsabilité de l'intellectuel dans son
temps et d'une littérature engagée. Pour lui,
l'écrivain est dans le coup « quoi qu'il
fasse, marqué, compromis jusque dans sa plus
lointaine retraite (…) L'écrivain est en
situation dans son époque. » Cette position
sartrienne dominera tous les débats
intellectuels de la deuxième moitié du
XXe siècle.
L'existentialisme devient à la mode et tout le beau monde s'en
réclame. Saint-Germain-des-Prés, lieu où habite Sartre, devient le quartier de
l'existentialisme, en même temps qu'un haut lieu de vie culturelle et nocturne.
Phénomène rare dans l'histoire de la pensée française, une pensée philosophique
technique et austère trouve pourtant, dans un très large public, un écho
inhabituel. L'existentialisme, qui clame la liberté totale, ainsi que la
responsabilité totale des actes de l'homme devant les autres et devant soi-même,
se prête parfaitement à ce climat étrange d'après-guerre où se mêlent fête et
mémoire des atrocités.
Pendant ce temps, Sartre affirme son engagement politique en
éclairant sa position. Il épouse la cause de la
révolution marxiste.
Dans sa revue Les temps modernes, il prend position
contre la guerre d'Indochine, s'attaque au gaullisme et critique l'impérialisme
américain. Il va jusqu'à affirmer que « tout anti-communiste est un chien ».
Sartre devient un compagnon de route du Parti communiste,
entre les années 1952 et 1956, et participe à sa mouvance : il prend la
présidence de l'Association France-URSS
et devient membre du Conseil mondial de la paix.
Ce ralliement oppose Sartre et
Camus, jusque là très proches. Pour Camus,
l'idéologie marxiste ne doit pas prévaloir sur les crimes
staliniens, alors que pour Sartre, qui est au
courant de ces crimes, on ne doit pas utiliser ces faits comme prétexte à
l'abandon de l’engagement révolutionnaire.
Cette fidélité au PCF va tenir jusqu'en automne 1956, date à
laquelle les chars soviétiques écrasent l'insurrection
de Budapest.
L'amorce du déclin
L'existentialisme perd de son lustre. Dans les années 1960,
l'influence de Sartre sur les lettres françaises et l'idéologie intellectuelle
diminue peu à peu, notamment face aux
structuralistes comme l'ethnologue
Lévi-Strauss. Le structuralisme est en quelque sorte l'ennemi de
l'existentialisme : il n'y a en effet dans le structuralisme que peu de place
pour la liberté humaine, chaque homme étant imbriqué dans des structures qui le
dépassent et sur lesquelles il n'a pas prise.
Sartre ne prend pas la peine de discuter de ce nouveau courant
qu'est le structuralisme : il est tout à un projet personnel, qui est l'analyse
du XIXe siècle,
de la création littéraire, et surtout l'étude d'un auteur qui l'a toujours
fasciné,
Flaubert. De plus dans les années 1960 sa santé
se détériore rapidement. Il est prématurément usé par sa constante suractivité
littéraire et politique, usé par le tabac et l'alcool qu'il consomme en grandes
quantités, ainsi que les drogues qui le maintiennent en forme (amphétamines).
En 1964, il refuse le prix Nobel car il estime qu'aucun homme
ne mérite d'être consacré de son vivant. Il avait de même refusé la Légion
d'honneur, en 1945, ou encore une chaire au Collège de France. Ces honneurs
auraient, selon lui, aliéné sa liberté, en faisant de l'écrivain une
institution.
Sartre soutient activement la révolution cubaine dès 1960.
Mais il rompt avec le líder máximo en 1971 lorsque le poète cubain
Heberto Padilla est emprisonné pour avoir critiqué le régime castriste. Il dira
de
Fidel Castro : « Il m’a plu, c’est assez
rare, il m’a beaucoup plu ».
Sartre, en perte de vitesse, va néanmoins pouvoir s'offrir une
nouvelle jeunesse grâce aux événements de
mai 68. S'il n'a pas été l'inspirateur des
événements, il en sera un militant actif, se faisant l'écho de la révolte dans
la rue, sur les estrades, dans les journaux, et jusqu'aux portes des usines en
grève. À maintenant 63 ans, il se rend à la Sorbonne investie par les étudiants,
afin de discuter avec eux. Il dénonce ensuite les « élections pièges à cons »
de
de Gaulle.
Les dernières années
Alors qu'il va sur son 67e
anniversaire, Sartre est victime d'une attaque
en mars 1972. Elle lui laisse la vie sauve, mais
lui enlève presque totalement la vue. Déjà
diminué, il est alors contraint de décider que
son œuvre est achevée. Il engage comme
secrétaire un jeune normalien, Benny Lévy, qui
est chargé de lui faire la lecture, et débat,
parfois violemment, avec ce jeune maoïste. Un an
plus tard sort l'ouvrage On a raison de se
révolter, livre d'entretiens avec le jeune
homme et Philippe Gavi.
Sa cécité ne l'empêche pas de poursuivre son engagement
politique. Quelques gestes médiatiques, telles que la visite au révolutionnaire
activiste allemand d'extrême gauche Andreas Baader,
emprisonné près de Stuttgart, et un voyage de soutien à la
révolution des œillets, au Portugal, font
renaître dans les milieux gauchistes européens des élans de sympathie pour le
vieil homme.
En 1979, Sartre adhère également, avec Simone de Beauvoir, au
comité de soutien à l'ayatollah
Khomeyni, le révolutionnaire islamique chiite iranien, alors que
celui-ci se trouve en exil à Neauphle-le-Château.
Jean-Paul Sartre s'éteint le 15 avril 1980 à l’hôpital
Broussais de Paris, atteint d'un œdème pulmonaire.
Pour son enterrement, le 19 avril 1980, cinquante mille
personnes descendent dans les rues de Paris, accompagnant son cortège pour lui
rendre un ultime hommage.
Il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris(14ème),
dans la 20e division. Simone de Beauvoir, décédée le
14 avril 1986, a été inhumée à ses côtés.
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