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Jean-Jacques ROUSSEAU
(1712 - 1778) |
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biographie |
Jean-Jacques Rousseau est un écrivain, philosophe et musicien
genevois de langue française, né à Genève le 28 juin 1712 et mort à Ermenonville
le 2 juillet 1778. Il est l'un des plus illustres philosophes du siècle des
Lumières, bien que son œuvre philosophique et son tempérament l'aient souvent
opposé au rationalisme des Lumières ainsi qu'à quelques-uns de ses éminents
représentants, tels que
Voltaire. La pensée et les travaux de Rousseau
et Voltaire ont grandement influencé l'esprit révolutionnaire français.
Rousseau est particulièrement célèbre pour ses travaux sur
l'homme, la société ainsi que sur l'éducation. La philosophie politique de
Rousseau se situe dans la perspective dite "contractualiste" des philosophes
britanniques des
XVIIe
et XVIIIe siècles,
et son fameux Discours sur l'inégalité se conçoit aisément comme un
dialogue avec l'œuvre de Thomas Hobbes.
Jean-Jacques Rousseau est le fils d'Isaac Rousseau, horloger comme son père et
son grand-père, et de Suzanne Bernard, qui meurt le 7 juillet 1712, neuf jours
après la naissance de Jean-Jacques.
Le jeune Jean-Jacques sera élevé, à partir de neuf ans, par son oncle Samuel
Bernard, pasteur protestant, qu'il prend pour son grand-père.
Il connaît une enfance, une
éducation et des débuts difficiles. Son oncle le place comme apprenti chez un greffier puis, en
1725, chez un maître graveur.
Jean-Jacques quitte la Genève protestante à seize ans, en 1728.
Le curé de Confignon, Benoît de Pontverre, l'adresse à une vaudoise émigrée à
Annecy, la baronne de Warens, récemment convertie au catholicisme, dont il
s'éprend et qui sera plus tard sa tutrice et sa maîtresse. Mme
de Warens est à l'origine d'une grande partie de son éducation sentimentale et
amoureuse.
En 1730, il enseigne la musique à Neuchâtel avant de revenir à
Chambéry, en 1732, en tant que maître de musique auprès des services
administratifs du duché de Savoie. Il y reste près de dix années, à enseigner la
musique aux jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse locales.
Entre-temps, Rousseau devient l'intendant de sa protectrice,
Mme de Warens. C'est chez elle, en 1739, qu'il
écrit son premier livre : "Le Verger de Madame la baronne de Warens".
Arrivé à Paris en 1742, il publie deux ouvrages consacrés à un
système de notation musicale mais, surtout, il se lie d'amitié avec un
Denis Diderot dilettante et indécis qui ne fait
encore qu'envisager d'épouser une carrière littéraire.
En 1745, il rencontre Thérèse Levasseur, modeste servante
d'auberge, avec qui il se met en ménage. Les cinq enfants qu'ils ont sont
confiés aux Enfants-Trouvés, l'assistance publique de l'époque, décision qui lui
sera reprochée plus tard ; il y répondra dans son ouvrage Les
Confessions.
Vers 1747,
Mme d'Epinay se prend
d'affection pour Rousseau et devient sa bienfaitrice.
Elle fait notamment construire pour lui, dans la vallée de
Montmorency, la petite maison restée célèbre sous le nom d’Ermitage où elle lui
donne refuge en avril 1756. Mais Jean-Jacques Rousseau éprouve une violente
passion dévastatrice, non payée de retour, pour Sophie d'Houdetot, belle-soeur
de Louise d'Epinay, et il se brouille avec sa bienfaitrice qui l'évince de son
cercle le 15 décembre 1757.
En 1749, Jean-Jacques écrit des articles sur la musique
pour l'Encyclopédie
de Diderot et d'Alembert. En 1750, il obtient le premier prix d'un concours de
l'Académie de Dijon, avec son Discours sur les sciences et les arts (dit
Premier Discours) où il soutient que le progrès est synonyme de
corruption. Il suscite une vive polémique.
Après la rupture de ses liens avec
Mme d'Epinay, il séjourne au Mont-Louis
jusqu'en 1762. C'est l'année de parution de deux de ses oeuvres majeures "Emile,
ou De l'Education" et "Du Contrat social" qui sont
condamnés par le Parlement de Paris, interdits en France, aux Pays-Bas, à Genève
et à Berne.
Indésirable et dépité, Rousseau se rend en Suisse, puis
sur le territoire de Neuchâtel qui appartient au roi de Prusse. Après un séjour
dans l'île Saint-Pierre, sur le lac de Bienne, il gagne l'Angleterre en 1765.
Il revient à Paris en 1770. C'est à cette période que Rousseau, qui vivait dans la
hantise d'un complot dirigé contre lui, commence son œuvre autobiographique.
Entre 1766 et 1769, il écrit les Confessions ; en
1772, il entame la rédaction des Dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques.
Les Rêveries du promeneur solitaire sont rédigées au cours des deux
dernières années de sa vie.
Le 30 août 1768, il se marie avec Thérèse Levasseur qui
partage épisodiquement sa vie depuis 1745.
En 1778, le marquis de Girardin lui offre l'hospitalité dans un pavillon de son domaine d'Ermenonville, près de Paris.
C'est
là que l'écrivain philosophe meurt subitement le 2 juillet 1778, de ce qui
semble avoir été une crise d'apoplexie. Les circonstances de sa mort restent,
sinon mystérieuses, du moins discutées. Crise d'apoplexie, chute accidentelle et
blessure mortelle à la tempe, suicide (son épouse entretenait une relation avec
un domestique du château qu'elle épousa peu de temps après sa mort) ou
assassinat d'un mari gênant, chaque thèse a ses défenseurs et ses détracteurs
rivalisant d'arguments crédibles.
Le 4 juillet, le marquis de Girardin fait inhumer le
corps dans l'île des Peupliers. Le philosophe est rapidement l'objet d'un culte,
et sa tombe est assidûment visitée. Les révolutionnaires le porteront aux nues
et la Convention demandera son transfert au Panthéon.
L'hommage solennel de la nation française a lieu le 11 octobre 1793 : au
cours d'une cérémonie grandiose, les cendres de Jean-Jacques Rousseau sont
transférées d'Ermenonville au Panthéon. Jean-Jacques Rousseau devient
officiellement l'une des gloires de la nation française.
Au nom de la
vérité
Rousseau s'inscrivit contre la filiation nobiliaire et son influence trouva sa pleine
expression avec la
Révolution française. Le penseur politique en devint l'un des pères
spirituels et tous se réclamèrent de lui, les révolutionnaires, d'un extrême à
l'autre, ainsi que, paradoxalement, les théoriciens de la contre-révolution (Joseph
de Maistre,
Louis-Gabriel de Bonald). La grande diversité de l'héritage rousseauiste
en fut ainsi illustrée.
Fidèle à sa devise, "consacrer sa vie à la vérité", il estimait la notion de vérité comme
un objet de
recherche supérieur à toute autre valeur et même à sa propre réputation ou son
propre honneur. On peut, par certains côtés, considérer la totalité de l'œuvre
de Rousseau comme une immense lettre morale adressée à ses contemporains
d'abord, mais aussi à l'humanité entière. Il « parlait peuple, pour les peuples » avant la lettre, et
ce avec autant d'intelligence que d'instinct, c'est-à-dire de cœur, sans être ni
tribun ni orgueilleux, n'ignorant cependant sans doute pas qu'il figurait comme
l'un des grands instructeurs de l'humanité.
La
nature comme référence principale
Tous les philosophes du
XVIIIe siècle se réfèrent à la Nature... Chez Rousseau, la définition de ce mot « Nature » est peu évidente : celui-ci
peut désigner aussi bien le monde physique que les dispositions innées de
l’homme, la
conscience
morale (la « voix de la nature ») ou, plus simplement, la campagne
verdoyante.
Cette pluralité de sens n’empêche néanmoins pas de produire
une définition plus précise. La nature, c'est avant tout ce que l'on oppose à la culture (l’art,
la technique,
la loi, l’institution,
la
société, l’arbitraire).
L'idée de nature est peut-être celle d'une « transparence »
originelle : la nature, c'est ce qui est
vrai, ce avec quoi nous avons un rapport immédiat (sans médiation), et qui nous
rappelle à notre origine. La nature est un principe d’ordre, de simplicité et d'authenticité. À
l’opposé, le vice
(désordre, mensonge, luxe, violence) procède de la société et de la culture, de
l'inscription de l'individu dans des rapports artificiels : « Posons pour maxime
que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits : il n'y a point
de perversité originelle dans le cœur humain. Il ne s'y trouve pas un seul vice
dont on ne puisse dire comment et par où il est entré » (Émile,
II).
L'homme naturel et l'homme éduqué par l'état de
guerre
Ce qui caractérise l'homme nu dans l’état de nature, c'est un
parfait équilibre entre ses désirs et les
ressources dont il dispose. Car l'homme naturel est d’abord un être de sensations,
et de sensations seulement. Il ne désire que ce qui se trouve dans son milieu
de vie immédiat. Les
désirs de l’homme naturel coïncident parfaitement avec les désirs de son
corps. « Ses désirs ne passent pas ses besoins physiques, les seuls biens qu'il
connaisse dans l'univers sont la nourriture, une femelle et du repos ».
Être de pures et seules sensations, l’homme naturel ne peut
anticiper l'avenir, ni se représenter les choses au-delà du présent. Dans l'Essai,
Rousseau suggère que l’homme naturel n’est pas même capable de distinguer un
semblable dans un autre être humain. Car cette distinction requiert des facultés
d'abstraction qui lui manquent. L’homme naturel ignore ce qu’il y a de commun
entre lui et l’autre être humain. Pour l’homme naturel, l'humanité s'arrête au
petit cercle d'individus avec lesquels il est en rapport immédiat. « Ils avaient
l'idée d'un père, d'un fils, d'un frère, et non pas d'un homme. Leur cabane
contenait tous leurs semblables... Hors eux et leur famille, l'univers ne leur
était rien ». (Essai,
IX).
Si l'homme naturel de Rousseau n'est
pas un « loup » pour ses semblables, il n’est pas non plus porté à s'unir à
eux par des liens durables et à former avec eux des sociétés. Il n'en ressent
pas le désir. Ses désirs sont satisfaits par la nature. Et son intelligence,
réduite aux seules sensations, ne peut même pas se faire une idée de ce que
serait une telle association. L’homme naturel se satisfait de son instinct,
et cet instinct est individualiste ; il ne l'induit
aucunement à la vie sociale.
Pour vivre en
société, il faut la raison à l’homme naturel. La raison, pour Rousseau, est
l'instrument qui adapte l’homme nu à un milieu social, habillé. De même que
l'instinct est l'instrument d'adaptation de l’homme à son milieu naturel, la raison
est un instrument d’adaptation de l’homme à un milieu social, juridique. Or
cette raison, l'imagination qui permet de se représenter un autre homme comme alter-ego (c'est-à-dire
comme un être à la fois même que moi et autre que moi), le langage et la
société, tout ce qui constitue la culture, sont latents, passifs à l'état de nature.
L'homme naturel, en tant qu'il est perfectible, possède déjà, virtuellement,
toutes ces facultés. Il est asocial, mais non associable : « Il n'est pas
réfractaire à la société ; mais il n'y est pas enclin. Il a en lui les germes
qui, développés, deviendront les vertus sociales, les inclinations sociales ;
mais ils ne sont que des puissances
».
Il y a en lui un potentiel de socialité que seul le contact avec
certaines forces hostiles de l’extérieur - l'état de guerre - peut actualiser.
« Des années stériles,
des hivers longs et rudes, des étés brûlants qui consument tout, exigèrent d'eux
une nouvelle industrie » (Essai).
Tant qu’elles ne changent pas, les conditions de l’homme naturel produisent un
équilibre parfait entre lui et son milieu de vie. Mais les choses changent et
les conditions de cet équilibre naturel aussi...
Émile ou de l'Éducation,
le sentiment amoureux s'éduque
Émile ou De l'éducation est un ouvrage
à l'usage des maîtres, précepteurs ou mères de famille, qui explique la nature
de l'enfant et l'éducation qu'il faut en faire découler pour bien le faire
grandir, en gardant à l'esprit qu'il suffit de « comprendre [la] nature » de
l'enfant pour qu'il grandisse le mieux possible.
Chez l'enfant, l'amour est un certain instinct de conservation : on aime ceux
qui veulent notre bien, et on s'écarte de ceux qui veulent notre mal. Cette
connaissance de ce qui est bon ou mauvais pour nous nous vient de l'expérience.
Ce qui est bon, dans la tête de l'enfant, c'est ce qui lui permet de rester
vivant. Cet instinct, c'est l' « amour de soi ». On s'aime, donc on veut son
propre bien ; par extension, on aime les gens qui veulent nous faire du bien,
et, réciproquement, on cherche à leur faire du bien. On ne peut pas vraiment parler d'amour
ici, puisque c'est ici un vulgaire instinct de conservation.
Avec l'adolescence naît l'amour physique. Advient la puberté,
l'enfant devient adolescent. Puisqu'il y a changement physique, puisque la voix
mue, puisque les épaules s'élargissent, et que les poils apparaissent un peu
partout, l'enfant ne peut que se voir différemment. Pour savoir s'il a bien
évolué, il se compare aux autres. Il ne se voit plus lui-même, mais il se voit à
travers le regard des autres. L'amour de soi devient
amour-propre ; le rapport à soi devient rapport à soi par l'intermédiaire de
l'idée qu'on se fait du regard que les autres portent sur nous.
Puisqu'on ne se
voit plus directement, on ne sait plus vraiment quels sont nos vrais besoins,
alors on se trompe d'objets et on se met à l'écart de beaucoup de choses qui
seraient naturellement bonnes pour nous. Notre champ de relations s'est
considérablement étendu puisque, naturellement, on cherche à se voir aux yeux du
plus grand nombre de personnes possible. De
là naissent la
jalousie et le mensonge
car il s'agit de se faire aimer des autres. On voit aussi les besoins des autres
et on les éprouve sur nous, donc, d'un coup, on a beaucoup plus de besoins. Pour
plaire aux autres, il faut concurrencer ceux qui leur plaisent aussi. De là naît
le sentiment de haine. Il s'agit en effet d'écarter nos rivaux. Enfin, puisqu'on
se compare aux autres, la vanité, l'orgueil
et la jalousie
sont constituants de nos relations avec autrui.
L'amour qui concerne l'individu à ce stade de la vie est un
amour physique. C'est purement sexuel, purement physique. On ne choisit pas
quelqu'un, on choisit un corps. On ne préfère rien, car les corps sont
sensiblement tous les mêmes. « Toute femme est bonne ». Enfin, quand on a essayé
beaucoup de personnes et qu'on a enfin pu faire des comparaisons, on fait un
choix. Mais vient toujours la difficulté de garder la bien-aimée : pour ne pas
la perdre, il faut rivaliser avec les autres ; pour être bien aimé, il faut
aimer bien, il y a donc une certaine forme de lutte pour conserver l'amour ; et
enfin, l'amour est tellement agréable qu'on cherche à être aimé par d'autres
personnes : de là, la jalousie et la destruction du couple.
« Le penchant de l'instinct est indéterminé, un sexe est
attiré vers l'autre, voilà le mouvement de la nature ».
On sent donc qu'un amour vrai est un amour conduit, éduqué,
avec un « tuteur ».
Rousseau parle de l'homme comme d'une plante dans sa préface : « On façonne les
plantes par la culture, et les hommes par l'éducation ».
Pour Rousseau, il y a deux sortes d'amour : l'amour physique et l'amour moral.
- L'amour physique ne choisit pas, il ne préfère rien. Le sauvage prend la
première femme qui passe, n'ayant aucune raison d'en attendre une autre car
« toute femme est bonne pour lui ».
- L'amour moral porte sur l'individu et procède d'un choix, lui-même dépendant
d'une éducation. Si les principes de ce choix sont parfois obscurs, les
conséquences sont claires : « excepté l'objet aimé, un sexe n'est rien pour
l'autre ». De sorte que, par le choix, l'amour devient le contraire du
penchant. L'amour est lié au langage en tout cas, puisqu'il existe un discours
social qui circule sur les femmes et propose des modèles, des idéaux amoureux
qui tirent l'amour du simple penchant.
La
politique
Les sources de la pensée politique de Rousseau sont nombreuses et se construisent en critiquant et en
s'inspirant de
Lucrèce, de
Hobbes, de Locke,
des théoriciens du droit
naturel et de
Montesquieu.
Dès le
Discours sur les sciences et les arts, Rousseau affirme son originalité
en réfutant la thèse de la sociabilité naturelle de l'homme et en affirmant sa
bonté naturelle. La première position le rapproche de Hobbes, qui voyait dans
l'homme naturel un être isolé et cherchant avant tout à contenter ses besoins.
Mais par la seconde, il se détache du penseur anglais, puisque celui-ci
affirmait que l'« homme est un loup pour l'homme » (homo homini lupus est).
Considérant l'agressivité naturelle de l'homme, Hobbes réclamait un pouvoir
royal absolu confisquant la violence individuelle au profit de l'État ;
enthousiasmé par la bonté naturelle, Rousseau, lui, considère que le pouvoir
doit venir des individus eux-mêmes. Selon Hobbes, l'homme est mauvais en soi ;
selon Rousseau, c'est la société, c'est-à-dire le désir de posséder, de dominer
et de paraître, qui a corrompu l'homme.
Rousseau et la démocratie
Le
Contrat social a parfois été considéré comme le texte fondateur de la
République française. On s'est surtout attaché à sa théorie de la
souveraineté : celle-ci appartient au peuple et non à un monarque ou à un
corps particulier. Assurément, c'est chez Rousseau qu'il faut chercher les
sources de la conception française de la
volonté générale : contrairement aux théories politiques anglo-saxonnes,
Rousseau ne considère pas la
volonté générale comme la somme des volontés particulières (la volonté de tous), mais comme ce qui procède de l'intérêt
commun : « ôtez [des volontés particulières] les plus et les moins qui
s'entre-détruisent, reste pour somme des différences la
volonté générale ».
On oublie souvent que Rousseau destinait son Contrat social
à de petits États. Il s'inspirait de deux modèles, l'un antique (la cité
grecque, notamment
Sparte), l'autre moderne (la République de
Genève). Rousseau s'opposait à l'opinion de la majeure partie des
« Philosophes » qui admiraient souvent les institutions anglaises, modèle
d'équilibre des pouvoirs loué par
Montesquieu et
Voltaire.
Rousseau s'opposait également avec force au principe de la
démocratie représentative et lui préférait une
forme participative. Se borner
à voter, c'était, selon lui, disposer d'une
souveraineté qui n'était qu'intermittente ; quant à la représentation, elle
supposait la constitution d'une classe de représentants, nécessairement voués à
défendre leurs intérêts de corps avant ceux de la
volonté générale.
En revanche, il s'opposait à la diffusion massive des
savoirs, comme le montre son
Discours sur les sciences et les arts qui y voit la cause de la décadence
moderne. Le modèle de Rousseau est bien plus Sparte, cité martiale, qu'Athènes,
cité démocratique, bavarde et cultivée.
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source
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L'homme
n'est point fait pour méditer mais pour agir.
(Correspondance,
à un jeune homme)
Je
m'aime trop moi-même pour pouvoir haïr qui que ce soit.
(Les Rêveries du
promeneur solitaire)
J'ai
toujours cru que le beau n'était que le bon mis en action, que l'un
tenait intimement à l'autre, et qu'ils avaient tous deux une source
commune dans la nature bien ordonnée.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
L'espèce
de bonheur qu'il me faut, ce n'est pas tant de faire ce que je veux mais
de ne pas faire ce que je ne veux pas.
(Correspondance,
à M. de Malesherbes)
Un
homme vraiment heureux ne parle guère et ne rit guère ; il resserre pour
ainsi dire son bonheur autour de lui.
(Emile ou De
l'éducation)
La
feinte charité du riche n'est en lui qu'un luxe de plus ; il nourrit les
pauvres comme des chiens et des chevaux.
(Correspondance,
à M. Moulton)
Ces
deux mots patrie et citoyen doivent être effacés des langues modernes.
(Emile ou De
l'éducation)
Il
y a souvent plus de stupidité que de courage dans une constance
apparente.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
S'il
faut obéir par force on n'a pas besoin d'obéir par devoir.
(Du contrat social)
Les hommes à qui l'on parle ne sont
point ceux avec qui l'on converse.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
On dirait que mon coeur et mon esprit
n'appartiennent pas au même individu.
(Les Confessions)
Les sensations ne sont rien que ce
que le coeur les fait être.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
On n'est curieux qu'à proportion qu'on est
instruit.
(Emile ou De
l'éducation)
L'âme résiste bien plus aisément
aux vives douleurs qu'à la tristesse prolongée.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
Vous ne parviendrez jamais à faire des sages si
vous ne faites d'abord des polissons.
(Emile ou De
l'éducation)
Les enfants flattent quelquefois
les vieillards, mais ils ne les aiment jamais.
(Emile ou De
l'éducation)
Toute méchanceté vient de faiblesse.
(Emile ou De
l'éducation)
Le faux est susceptible d'une
infinité de combinaisons ; mais la vérité n'a qu'une manière d'être.
(Discours sur les
sciences et les arts)
Je haïrais davantage Voltaire si je le méprisais
moins.
(Correspondance,
à M. Moulton)
Tout homme est utile à l'humanité
par cela seul qu'il existe.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
Je me sens le coeur ingrat par cela seul que la
reconnaissance est un devoir.
(Correspondance,
à M. Malesherbes)
Si la vie et la mort de Socrate
sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu.
(Emile ou De
l'éducation)
Les peuples ainsi que les hommes ne sont dociles
que dans leur jeunesse, ils deviennent incorrigibles en vieillissant.
(Du contrat social)
On fait apprendre les fables de La
Fontaine à tous les enfants, et il n'y en a pas un seul qui les entende.
Quand ils les entendraient, ce serait encore pis ; car la morale en est
tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait
plus au vice qu'à la vertu.
(Emile ou De
l'éducation)
L'homme est né libre et partout il est dans les
fers.
(Emile ou De
l'éducation)
Les lois sont toujours utiles à
ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien.
(Du Contrat social)
J'ose presque assurer que l'état de réflexion est
un état contre nature, et que l'homme qui médite est un animal dépravé.
(Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes)
La nature a fait l'homme heureux et
bon, mais la société le déprave et le rend misérable.
(Rousseau juge de
Jean-Jacques)
Je connais trop les hommes pour ignorer que souvent
l'offensé pardonne mais que l'offenseur ne pardonne jamais.
(Correspondance,
à M. Pictet)
L'oisiveté me suffit, et, pourvu
que je ne fasse rien, j'aime encore mieux rêver éveillé qu'en songe.
(Les Confessions)
Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen
oisif est un fripon.
(Emile ou De
l'éducation)
Généralement, les gens qui savent
peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu.
(Emile ou De
l'éducation)
Nos passions sont les principaux instruments de
notre conservation.
(Emile ou De
l'éducation)
C'est une prévoyance très
nécessaire de sentir qu'on ne peut tout prévoir.
(Du contrat social)
Tel philosophe aime les Tartares, pour être
dispensé d'aimer ses voisins.
(Emile ou De
l'éducation)
Le plus lent à promettre est
toujours le plus fidèle à tenir.
(Emile ou De
l'éducation)
Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de
dire : "Ceci est à moi" et trouva des gens assez simples pour le croire,
fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres,
de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre
humain celui qui, arrachant les pieux et comblant le fossé, eût crié à
ses semblables : "Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus
et vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à
personne !".
(Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes)
Si c'est la raison qui fait
l'homme, c'est le sentiment qui le conduit.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
J'appelle République tout Etat régi par des lois,
sous quelque forme d'administration que ce puisse être.
(Du contrat social)
Une des misères des gens riches est
d'être trompés en tout.
(Emile ou De
l'éducation)
Il ne faut rien accorder aux sens quand on veut
leur refuser quelque chose.
(Les Confessions)
Les peuples une fois accoutumés à
des maîtres ne sont plus en état de s'en passer.
(Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes)
Mon plus grand malheur fut toujours de ne pouvoir
résister aux caresses.
L'ordre social ne vient pas de la
nature ; il est fondé sur des conventions.
(Le Contrat social)
Le remord s'endort devant un destin prospère, et
s'aigrit dans l'adversité.
(Les Confessions)
Quand un homme ne peut croire ce
qu'il trouve absurde, ce n'est pas sa faute, c'est celle de sa raison.
Les âmes humaines veulent être accouplées pour
valoir tout leur prix.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
Jamais la nature ne nous trompe,
c'est toujours nous qui nous trompons.
Un des premiers soins des enfants est de découvrir
le faible de ceux qui les gouvernent.
S'il y avait un peuple de dieux, il
se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient
pas à des hommes.
L'homme civil veut que les autres soient contents
de lui, le solitaire est forcé de l'être lui-même ou sa vie lui est
insupportable.
La conscience est la voix de l'âme,
les passions sont la voix du corps.
(Emile ou De
l'éducation)
Je suis esclave de mes vices et libre de mes
remords.
(Emile ou De
l'éducation)
On jouit moins de tout ce qu'on
obtient que de ce qu'on espère.
C'est l'imagination qui étend pour nous la mesure
des possibles, et nourrit les désirs de les satisfaire.
La foi de beaucoup d'hommes est une
affaire de géographie.
(Emile ou De
l'éducation)
La raison, le jugement, viennent lentement, les
préjugés accourent en foule.
(Emile ou De
l'éducation)
L'odorat est le sens de
l'imagination.
L'estime de soi-même est le plus grand mobile des
âmes fières.
(Rêveries du
promeneur solitaire)
Je ne sais point apprendre à vivre,
à qui ne songe qu'à s'empêcher de mourir.
(Emile ou De
l'éducation)
Les idées générales et abstraites sont les sources
des plus grandes erreurs des hommes.
(Emile ou De
l'éducation)
Il est contre l'ordre naturel que
le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné.
(Du contrat social)
Si jamais la vanité fit quelque heureux sur la
terre, à coup sûr cet heureux-là n'était qu'un sot.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
En amour, une faveur qui n'est pas
exclusive est une injure.
Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre
votre enfant misérable ? C'est de l'accoutumer à tout obtenir.
(Emile ou De
l'éducation)
Le pays des chimères est, en ce
monde, le seul digne d'être habité.
(Rêveries du
promeneur solitaire)
Fais ton bien avec le moindre mal d'autrui qu'il
est possible.
(Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes)
Nul ne veut le bien public que
quand il s'accorde avec le sien.
(Correspondance,
à Mgr de Beaumont)
Les femmes sauvages n'ont pas de pudeur car elles
vont nues. Je réponds que les nôtres en ont encore moins : car elles
s'habillent.
On me reprocherait moins de
paradoxes, si l'on pouvait me reprocher des erreurs.
Un innocent persécuté prend longtemps pour un pur
amour de la justice l'orgueil de son petit individu.
(Rêveries du
promeneur solitaire)
Qui de vous n'a pas regretté cet
âge où le rire est toujours sur toutes les lèvres.
(Emile ou De
l'éducation)
Un homme gai n'est souvent qu'un infortuné, qui
cherche à donner le change aux autres, et à s'étourdir de lui-même.
(Emile ou De
l'éducation)
Ah ! dignité, fille de l'orgueil et
mère de l'ennui.
(Correspondance,
à M. d'Alembert)
L'enfant doit aimer sa mère avant de savoir qu'il
le doit.
(Emile ou De
l'éducation)
Il n'y a point de bonheur sans
courage, ni de vertu sans combat.
(Emile ou De
l'éducation)
Il y a des visages plus beaux que le masque qui les
couvre.
(Emile ou De
l'éducation)
Moins un culte est raisonnable,
plus on cherche à l'établir par la force.
(Correspondance)
Il ne faut point refuser pour refuser, mais pour
faire valoir ce qu'on accorde.
(Emile ou De
l'éducation)
C'est surtout dans la solitude
qu'on sent l'avantage de vivre avec quelqu'un qui sait penser.
(Les Confessions)
Nous naissons, pour ainsi dire, en deux fois :
l'une pour exister, et l'autre pour vivre ; l'une pour l'espèce et
l'autre pour le sexe.
(Emile ou De
l'éducation)
On a fait l'Amour aveugle, parce
qu'il a de meilleurs yeux que nous.
Ce sont presque toujours de bons sentiments mal
dirigés qui font faire aux enfants le premier pas vers le mal.
(Les Confessions)
Je ne puis me persuader que, pour
avoir raison, on soit indispensablement obligé de parler le dernier...
(Correspondance,
à M. Grimm)
Le plus fort n'est jamais assez fort pour être
toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance
en devoir.
Prévenir toujours les désirs n'est
pas l'art de les contenter, mais de les éteindre.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
Vouloir le bonheur de sa femme, n'est-ce pas
l'avoir obtenu ?
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
Même dans le mariage, le plaisir
n'est légitime que quand le désir est partagé.
(Emile ou De
l'éducation)
Comme le premier pas vers le bien est de ne point
faire le mal, le premier pas vers le bonheur est de ne point faire
souffrir.
(Julie ou la Nouvelle
Héloïse)
La misère ne consiste pas dans la
privation des choses, mais dans le besoin qui s'en fait sentir.
(Emile ou De
l'éducation)
Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au
désir d'en sortir.
(Du contrat social)
Je hais les livres ; ils
n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait pas.
(Emile ou De
l'éducation)
Il faut rougir de faire une faute, et non de la
réparer.
(Emile ou De
l'éducation)
Qui croit devoir fermer les yeux
sur quelque chose se voit bientôt forcé de les fermer sur tout.
(Emile ou De
l'éducation)
La violence de la femme est dans ses charmes.
Il n'est pas si facile qu'on pense
de renoncer à la vertu ; elle tourmente longtemps ceux qui
l'abandonnent.
L'homme vraiment libre ne veut que ce qu'il peut,
et fait ce qu'il lui plaît.
(Emile ou De
l'éducation)
Chacun met son être dans le
paraître.
Le plaisir d'avoir ne vaut pas la peine d'acquérir.
(Les Confessions)
A moins qu'une belle femme ne soit
un ange, son mari est le plus malheureux des hommes.
(Emile ou De
l'éducation)
Il importe de s'accoutumer d'abord à être mal
couché ; c'est le moyen de ne plus trouver de mauvais lit.
(Emile ou De
l'éducation)
Le sauvage vit en lui-même ;
l'homme sociable, toujours hors de lui, ne sait vivre que dans l'opinion
des autres.
(Discours sur les
sciences et les arts)
Plus le corps est faible, plus il commande ; plus
il est fort, plus il obéit.
L'argent qu'on possède est
l'instrument de la liberté, celui qu'on pourchasse est celui de la
servitude.
(Les Confessions)
La seule habitude qu'on doit laisser prendre à
l'enfant est de n'en contracter aucune.
(Emile ou De
l'éducation)
Otez à nos savants le plaisir de se
faire écouter, le savoir ne sera rien pour eux.
(Correspondance)
Le chef est l'image du père, le peuple est l'image
des enfants, et tous étant nés égaux et libres n'aliènent leur liberté
que pour leur utilité.
(Du Contrat social)
En ce qu'ils ont de commun, les
deux sexes sont égaux ; en ce qu'ils ont de différent, ils ne sont pas
comparables.