André Gide est un écrivain français, né le 22 novembre 1869 à
Paris où il est mort le 19 février 1951.
Biographie
André Gide naît le 22 novembre 1869 à Paris. Il est le fils de
Paul Gide, professeur de droit à la faculté de Paris, et de Juliette Rondeaux.
Le premier, originaire d'Uzès, descend d'une austère famille protestante. La
seconde est la fille de riches bourgeois rouennais, anciennement catholiques et
convertis au protestantisme depuis quelques générations.
Le jeune André commence très tôt l'apprentissage du piano, qui
sera pour lui le compagnon de toute une vie. En 1877, il intègre l'École
alsacienne, entamant une scolarité discontinue (parsemée de renvois et de de
maladies).
Le décès de son père, le 28 octobre 1880, l'écarte un peu plus
d'une scolarité normale. André perd une relation heureuse et tendre, qui le
laisse seul face à sa mère : « Et je me sentis soudain tout enveloppé par cet
amour, qui désormais se refermait sur moi. ». Juliette Gide, souvent
présentée comme une mère rigoriste et castratrice, n'en éprouve pas moins pour
son enfant un amour profond, tout comme celui que Gide lui porte.
Persécuté par ses condisciples, Gide échappe au lycée grâce à
une maladie nerveuse plus ou moins simulée. Après une série de cures, il
réintègre l'École alsacienne en 1882, avant que des migraines ne l'en chassent.
Suit une alternance de séjours entre Paris et Rouen, où le jeune André est
confié à des professeurs particuliers à l'efficacité variable.
Durant l'un de ses séjours à Rouen, à l'automne 1882, il
surprend le chagrin secret que sa cousine Madeleine entretient à propos des
relations adultères de sa mère. Gide est fasciné par la jeune fille, par sa
conscience du mal, son sens rigide et conformiste de ce qu'il faut faire, une
somme de différences qui l'attire. Il se construit peu à peu de sa cousine une
image parfaite dont il tombe passionnément amoureux.
Entre 1885 et 1888, le jeune André vit une période
d'exaltation religieuse qu'il partage avec sa cousine grâce à une correspondance
nourrie et des lectures communes. Il puise abondamment dans la Bible, les
auteurs grecs, et pratique l'ascétisme.
Après le baccalauréat (1889), il se met à fréquenter les
salons littéraires, rencontrant de nombreux écrivains. Son premier recueil,
Les Cahiers d'André Walter, grâce auquel il espère obtenir un premier succès
littéraire et la main de sa cousine, rencontre la faveur de la critique, à
défaut d’attirer l'attention du public. Les Cahiers lui permettent de
rencontrer Maurice Barrès et Mallarmé, et de nouer avec
Paul Valéry une amitié durable. Quant à
Madeleine, elle refuse de l’épouser et s’éloigne craintivement de lui. Commence
alors une longue lutte pour vaincre sa résistance et convaincre la famille, elle
aussi opposée à cette union.
La découverte du plaisir de vivre
En 1891, il rencontre
Oscar Wilde. L’homme l'effraie autant qu’il le
fascine. Pour Gide qui commence à se détacher d’André Walter, de son idéal
ascétique, du rejet de la vie, Wilde est l'exemple même d'une autre voie.
Au printemps 1892, un voyage en Allemagne, sans sa mère, est
l'occasion d’approfondir sa connaissance de Goethe. Gide commence alors à penser
que « c’est un devoir que de se faire heureux ». Dans les Élégies
romaines, il découvre la légitimité du plaisir – à l’opposé du puritanisme
qu’il a toujours connu - et il en découle pour lui une « tentation de vivre ».
C'est aussi le début des tensions avec sa mère. Celle-ci cependant décide de
soutenir son fils dans la conquête de Madeleine, contre le reste de la famille
Rondeaux et la jeune fille elle-même, qui reste fermement opposée à une union
avec son cousin.
L'amitié de Paul Laurens va jouer un rôle décisif. Le jeune
peintre, dans le cadre d'une bourse d’étude, doit voyager durant un an et invite
Gide à se joindre à lui. Ce périple va être pour lui l’occasion d’un
affranchissement moral et sexuel qu’il appelait de ses vœux. Ils partent en
octobre 1893 pour un voyage de neuf mois, en Tunisie, en Algérie et en Italie.
Dès le départ, Gide est malade et son état empire à mesure que les deux jeunes
gens descendent vers le sud de la Tunisie. C'est pourtant dans ce contexte, à
Sousse, qu’il découvre le plaisir avec un jeune garçon, Ali. A Alger, Paul et
André poursuivent leur initiation dans les bras de la jeune Mériem.
L’année 1895 débute par un second voyage en Algérie. Gide
rencontre à nouveau Wilde, et connaît une autre nuit décisive en compagnie d'un
jeune musicien. La correspondance avec sa mère accuse une opposition de plus en
plus véhémente. Madeleine, qu'il revoit au même moment, se rapproche enfin de
lui. La mort brusque de Juliette Gide, le 31 mai 1895, semble précipiter les
choses. Les fiançailles ont lieu en juin, le mariage, qui ne sera jamais
consommé, en octobre.
Durant l'hiver 1898, un séjour de dix semaines à Rome est
marqué par la découverte de
Nietzsche. Il retrouve chez le philosophe ses
pensées les plus secrètes : « La grande reconnaissance que je lui garde,
c'est d'avoir ouvert une route royale où je n'eusse, peut-être, tracé qu'un
sentier ».
En 1901, il parvient à faire monter une de ses pièces. Mais la
première du Roi Caudaule (écrit en 1899) est un désastre. La pièce est
éreintée par la critique. Gide prend alors le parti de snober le grand public et
le théâtre. En 1902,
L'Immoraliste obtient plus de succès mais
l’auteur, trop vite assimilé par la critique au personnage de Michel, se sent
incompris. Après L'Immoraliste, il connaît un passage à vide qui se
prolonge jusqu'à la publication de La Porte étroite en 1909.
Paul Claudel tente
de convertir Gide au catholicisme. Il échoue, car Gide est moins tenté de se
convertir que de vivre l'expérience de la foi à travers Claudel, par empathie.
La fin de la décennie est marquée par un retour à l'écriture,
avec La Porte étroite, qui lui rapporte pour la première fois quelques
subsides. La critique ne tarit pas d'éloges mais une fois de plus, il se sent
incompris. La dimension ironique et critique de l’œuvre passe largement
inaperçue.
Il participe à la création de la
Nouvelle Revue Française
(NRF). si Gide n'en est pas
officiellement le directeur, il en est du moins le chef de file..
Auteur influent et affirmation de
son homosexualité
C'est à cette période qu'il commence à écrire Corydon,
essai qui tend à combattre les préjugés envers l'homosexualité
et la
pédérastie. Par crainte du scandale et du
rejaillissement qu'il pourrait avoir sur sa vie publique et privée, il ne fait
d'abord imprimer que les deux premiers chapitres, anonymement et en petit
nombre, en 1910. Il complètera son œuvre en 1917-18, pour ne la publier sous son
nom qu'en 1924.
En 1914, la publication des Caves du Vatican est un
échec. Le livre mécontente notamment Claudel. Les deux hommes se fâchent.
Progressivement évincé de la direction effective de la NRF,
laissée à Jacques Rivière et à Gaston Gallimard, Gide est désœuvré lorsque
commence la Première Guerre mondiale.
1916 est l’année d’une nouvelle tentation de se convertir au
catholicisme. Pour Gide, le problème est moins religieux que moral : il balance
entre un paganisme qui lui permet de s’affirmer dans la joie et une religion qui
lui donne des armes pour combattre son péché. Au final, la conversion n’a pas
lieu, par rejet de l'institution ecclésiastique, par refus de substituer une
vérité institutionnelle à une vérité personnelle et d'abandonner son libre
examen.
L’année suivante est bien différente. En mai, Gide entame une
liaison avec le jeune
Marc Allégret. Alors que désir et amour avaient
toujours cheminé séparés, le cœur et le corps vibrent cette fois à l’unisson. En
1918, il installe son amant chez lui, à Paris, tandis que Madeleine s'isole
volontairement à Cuverville.
Dans les années 1920, sa réputation ne cesse de grandir. On
écoute cette voix qui parle de transformer les esprits sans évoquer de
révolution. On reconnaît également, avec enthousiasme ou consternation, son rôle
de guide de la jeunesse.
Son influence lui vaut des attaques virulentes. Gide donne à
ses ennemis de quoi nourrir leurs attaques, en publiant enfin Corydon,
qui n’avait fait l’objet en 1920 que d’un tirage limité. Il met en jeu sa
situation et affiche sa volonté de tomber le masque. Finalement, la publication
(1924) tombe dans l'indifférence, à la fois parce que le livre est mauvais et
parce que l'opinion, si prompte à lever d'autres tabous, n'est pas encore prête
à affronter celui de l'homosexualité.
Entre temps la vie de Gide a été bouleversée par un autre
événement : la naissance de
Catherine (avril 1923) le fait père, avec la
complicité d’Elisabeth van Rysselberghe, à qui il avait écrit : « Je me
résigne mal à te voir sans enfant et à n’en pas avoir moi-même ». Catherine
Gide ne sera officiellement reconnue par son père qu’après la mort de son épouse
Madeleine (1938), à qui cette naissance fut soigneusement cachée.
Gide et le communisme
Il souffre dans les années 30 d’un certain essoufflement, qui
touche aussi bien l’écriture que les amours ou les voyages, pour lesquels il
ressent désormais plus de curiosité que de fièvre. Sous l'influence de Pierre
Herbart et Bernard Groethuysen, il s'intéresse au
communisme, s'enthousiasmant pour l'expérience
russe dans laquelle il voit un espoir, un laboratoire de l’homme nouveau, qu’il
appelle de ses vœux.
Si Gide apporte à la cause la caution de son nom, il ne se
sent pas vraiment à sa place dans les réunions politiques. Dans cette affaire,
il n’engage que sa personne et non sa plume : il ne peut se résoudre à
compromettre l’autonomie du champ littéraire, qu’il a toujours défendue.
Beaucoup de ses nouveaux alliés regardent avec défiance ce
grand bourgeois qui vient à eux, trouvant, à l’instar de
Jean Guéhenno, que « les pensées de M. Gide
semblent trop souvent ne lui coûter rien. M. Gide n’a pas assez souffert ».
Rapidement, il développe pour lui-même une vision du communisme qui concilie
égalitarisme et individualisme.
En 1936, les autorités soviétiques l’invitent en
URSS. Ses illusions tombent : au lieu de
l’homme nouveau, il ne trouve que le totalitarisme. Il décide de publier son
témoignage,
Retour de l’URSS. Le Parti Communiste
français,
Aragon en tête, et les autorités soviétiques
tentent d’abord d’empêcher la publication puis d’étouffer l’affaire par le
silence. Gide revient à la charge avec Retouches à mon retour d’URSS, où
il ne se contente plus de faire part d'observations, mais dresse un réquisitoire
contre le
stalinisme : « Que le peuple des
travailleurs comprenne qu'il est dupé par les communistes, comme ceux-ci le sont
aujourd'hui par Moscou ». C’est alors un nouveau déchaînement contre lui. On
le traite de
fasciste, on le pousse vers la droite, dont il
refuse de rejoindre les rangs.
L’heure du désengagement a sonné. L’homme nouveau n’est pas en
URSS, la politique ne lui a pas apporté ce qu’il attendait. Il se remet vite de
sa désillusion et essaie de se replonger dans la littérature.
À ce deuil politique succède un deuil plus intime, celui de
Madeleine, morte le 17 avril 1938.
Seconde guerre mondiale et fin de
vie
Gide part à la recherche de sa sérénité perdue. Le contexte
historique est peu favorable et la vieillesse lui ôte également certains
plaisirs : le piano que ses mains ne parcourent plus aussi souplement ; les
voyages pour lesquels il ne ressent plus l’enthousiasme qu’il savait si bien
faire partager ; le désir qui s'éteint.
Il ne faut que quelques jours à Gide pour passer de
l’approbation à la réprobation du maréchal
Pétain. Rapidement, il est accusé d'avoir
contribué à la défaite en raison de son influence sur la jeunesse. Les Allemands
reprennent en main la NRF, désormais dirigée par Drieu la Rochelle. Gide
refuse de s’associer au comité directeur. Il donne un texte au premier numéro
puis, devant l’orientation prise par la revue, s’abstient de toute autre
publication, à l’instar de
Mauriac. Il refuse également une place
d'académicien.
À l’atmosphère de Paris, il préfère un exil doré et serein sur
la Côte d’Azur, publiant occasionnellement des articles de critique littéraire
dans Le Figaro. À partir de 1942, les attaques dirigées contre lui
s’intensifient, sans qu’il puisse se défendre, pour cause de censure. Seul, il
s’embarque pour Tunis puis Alger, où il rencontre le général
de Gaulle. Il accepte la direction de
l’Arche, une revue littéraire dirigée contre la NRF.
Après la Libération, il choisit de ne pas rentrer directement
à Paris. Il craint l'épuration,
non pour lui-même ou ses proches, aucun ne s’étant compromis, mais pour la
dangereuse unanimité qui se crée à ce moment et qu'il juge totalitaire. Ses
nuances et ses doutes lui valent de nouvelles attaques d’Aragon. À son retour,
en mai 1946, il peine à trouver sa place dans un monde littéraire politisé, lui
qui a toujours voulu une littérature autonome, au contraire de
Sartre qui utilise volontiers sa notoriété à
des fins politiques.
Après 1947, il n’écrit presque plus. Tout en affirmant haut et
fort qu’il ne renie rien, l'écrivain scandaleux qu'il a été accepte les hommages
des institutions conservatrices (Oxford,
prix Nobel de littérature en 1947).
Il réaffirme également le rôle de l'intellectuel détaché de
l'actualité. C'est par la littérature qu'il s'est dressé contre les préjugés de
son temps et son influence est moins redevable à ses engagements politiques qu’à
son art.
Sa principale préoccupation est désormais la publication de
ses dernières œuvres, notamment son Journal (premier tome en 1939, second
en 1950, avec quelques coupures à chaque fois) qu’il ne veut pas laisser à la
charge de sa descendance familiale et spirituelle. En juillet 1950, il commence
un dernier cahier, Ainsi soit-il ou Les jeux sont faits, dans lequel il
s'efforce de laisser courir sa plume.
Malade despotique entouré de ses fidèles, il s’achemine vers
une mort calme, dénuée d’angoisse et sans le sursaut religieux que guettaient
encore certains. Décédé le 19 février 1951, on l’enterre auprès de Madeleine, à
Cuverville, quelques jours plus tard.
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