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Paul VALERY
(1871 - 1945) |
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Le
pouvoir sans abus perd le charme.
(Cahier B 1910)
Ce
qui n'est pas encore achevé n'existe pas encore.
(Mélange)
Que
de choses il faut ignorer pour agir !
(Choses tues)
L'espoir
fait vivre, mais comme sur une corde raide.
(Mauvaises Pensées et
autres)
L'enthousiasme
n'est pas un état d'âme d'écrivain.
(Variété,
Introduction à la méthode de Léonard de Vinci)
Il
ne faut appeler Science que l'ensemble des recettes qui réussissent
toujours. Tout le reste est littérature.
(Moralités)
Notre
esprit est fait d'un désordre, plus un besoin de mettre en ordre.
(Mauvaises pensées et
autres)
Nous
autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
(Variété, la
Crise de l'esprit)
Deux
dangers ne cessent de menacer le monde : l'ordre et le désordre.
"L'avenir" est la parcelle plus
sensible de l'instant.
(Mélange)
La politique est l'art d'empêcher les gens de se
mêler de ce qui les regarde.
(Rhumbs)
Si l'Etat est fort, il nous écrase.
S'il est faible nous périssons.
(Regards sur le monde
actuel, Fluctuations sur la liberté)
Ce qui est le meilleur dans le nouveau est ce qui
répond à un désir ancien.
(Littérature)
Tout-puissants étrangers,
inévitables astres.
(La Jeune Parque)
Nous entrons dans l'avenir à reculons.
(Variété, la
Politique de l'esprit)
Le bonheur a les yeux fermés.
(Mauvaises Pensées et
autres)
Véritablement bon est l'homme rare qui
jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent.
(Choses tues)
Les hommes se distinguent par ce
qu'ils montrent et se ressemblent par ce qu'ils cachent.
(Suite / Mélange)
L'homme est absurde par ce qu'il cherche, grand par
ce qu'il trouve.
(Moralités)
Un homme compétent est un homme qui
se trompe selon les règles.
(Mauvaises Pensées et
autres)
Un état bien dangereux : croire comprendre.
(Choses tues)
Je ne sais pas ce qu'est la
conscience d'un sot, mais celle d'un homme d'esprit est pleine de
sottises.
(Monsieur Teste)
Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout,
a toutes les chances d'être faux.
(Moralités)
La jeunesse est un temps pendant
lequel les convictions sont, et doivent être, mal comprises : ou
aveuglément combattues, ou aveuglément obéies.
(Monsieur Teste)
Les vilaines pensées viennent du coeur.
(Mélange)
L'homme vaut-il la peine de
déranger un Dieu pour le "créer" ?
(Mélange)
Le diplôme est l'ennemi mortel de la culture.
(Variété, le
Bilan de l'intelligence)
Le goût est fait de mille dégoûts.
(Choses tues)
Un homme qui n'a jamais tenté de se faire semblable
aux dieux, c'est moins qu'un homme.
(Choses tues)
Ce qui m'est difficile m'est
toujours nouveau.
(Moralités)
Tout ce que l'on dit de nous est faux ; mais pas
plus faux que ce que nous en pensons. Mais d'un autre faux.
(Autres Rhumbs)
Le monde ne vaut que par les
extrêmes et ne dure que par les moyens. Il ne vaut que par les ultras et
ne dure que par les modérés.
(Cahier B 1910)
La facilité n'explique pas tout ; et le vice a ses
sentiers aussi ardus que ceux de la vertu.
(Moralités)
Il faut toujours s'excuser de bien
faire - rien ne blesse plus.
(Moralités)
Une femme intelligente est une femme avec laquelle
on peut être aussi bête que l'on veut.
(Mauvaises Pensées et
autres)
La faiblesse de la force est de ne
croire qu'à la force.
(Mauvaises Pensées et
autres)
L'homme de génie est celui qui m'en donne.
(Mauvaises pensées et
autres)
Le talent sans génie est peu de
chose. Le génie sans talent n'est rien.
(Mélange)
L'Histoire justifie ce que l'on veut. Elle
n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des
exemples de tout.
(Regards sur le monde
actuel, De l'histoire)
L'Histoire est la science des
choses qui ne se répète pas.
(Variété,
Discours de l'histoire)
L'idéal est une manière de bouder.
(Rhumbs)
Un homme sérieux a peu d'idées. Un
homme d'idées n'est jamais sérieux.
(Mauvaises pensées et
autres)
Le plus farouche orgueil naît surtout à l'occasion
d'une impuissance.
(Moralités)
Il faut être léger comme l'oiseau
et non comme la plume.
(Choses tues)
Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme : le
feu, l'humide, les bêtes, le temps ; et leur propre contenu.
(Littérature)
Le moi est haïssable... mais il
s'agit de celui des autres.
(Mélange)
Les Optimistes écrivent mal.
(Mauvaises pensées et
autres)
Celui qui n'a pas nos répugnances
nous répugne.
(Mélange)
Qui rougit en sait un peu plus qu'il ne devrait en
savoir.
(Mélange)
Le sujet d'un ouvrage est à quoi se
réduit un mauvais ouvrage.
(Autres Rhumbs)
Il n'y a d'universel que ce qui est assez grossier
pour l'être.
(Mauvaises Pensées et
autres)
Toute critique, tout blâme revient
à dire : je ne suis pas toi.
(Rhumbs)
Le mensonge et la crédulité s'accouplent et
engendrent l'opinion.
(Mélange)
Les raisons qui font que l'on
s'abstient des crimes sont plus honteuses, plus secrètes que les crimes.
(Tel quel)
L'amour consiste à être bête ensemble.
(Monsieur Teste)
L'esprit condamne tout ce qu'il
n'envie pas.
(Mélange)
La conscience règne et ne gouverne pas.
(Mauvaises Pensées et
autres)
La mémoire est l'avenir du passé.
(Cahiers)
Que serions-nous sans le secours de ce qui n'existe
pas ?
(Petites lettres sur
les mythes)
La douleur est toujours question et
le plaisir réponse.
(Cahiers)
Un homme qui renonce au monde se met dans la
condition de le comprendre.
(Variété)
Plaire à soi est orgueil ; aux
autres, vanité.
(Mélange)
La mort enlève tout sérieux à la vie.
(Tel quel)
Un chef est un homme qui a besoin
des autres.
(Mauvaises pensées et
autres)
La philosophie ne consiste-t-elle pas, après tout,
à faire semblant d'ignorer ce que l'on sait et de savoir ce que l'on
ignore ?
La guerre, un massacre de gens qui
ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se
massacrent pas.