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Le Misanthrope Le personnage d'Alceste Le nom d’Alceste est d’abord celui d’une célèbre héroïne d’Euripide, qui a inspiré de nombreuses œuvres lyriques et dramatiques. À titre de nom commun, il signifie en grec : fort, courageux. Avant Molière, plusieurs héros de théâtre ou de roman se sont ainsi appelés : les Admirables faits d’armes d’Alceste servant l’infidèle Lydie, de Des Escuteaux, et surtout, en 1623, dans un épisode de la Polyxène de F.H. de Molière d’Essertines, un personnage nommé Alceste est présenté comme jaloux et querelleur. Dans la Suite de Polyxène, publiée par Charles Sorel en 1634, on trouve, rencontre peut-être fortuite, un personnage nommé Philinte. Ces deux noms font sans doute partie de l’inconscient culturel de Molière qui ne peut avoir manqué d’avoir lu ces romans fort célèbres en son temps. Les « modèles » ne manquent pas à Molière, qu’il s’agisse de lui-même pour la bile et la jalousie, de son ami Boileau, pour la critique littéraire, du duc de Montausier pour la rigueur des mœurs Le duc de Montausier avait déjà servi de modèle au personnage de Mégabate dans Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry (1653) : « Mégabate, quoique d’un naturel fort violent, est pourtant souverainement équitable ; et je suis fermement persuadé que rien ne peut lui faire faire une chose qu’il croirait choquer la justice. Comme il est fort juste, il est ennemi déclaré de la flatterie. Il ne peut louer ce qu’il ne croit point digne de louanges, et ne peut abaisser son âme à dire ce qu’il ne croit pas, aimant beaucoup mieux passer pour sévère auprès de ceux qui ne connaissent point la véritable vertu, que de s’exposer à passer pour flatteur. Je suis même persuadé que, s’il eût été amoureux de quelque dame qui eût eu quelques légers défauts, ou en sa beauté, ou en son esprit, ou en son humeur, toute la violence de sa passion n’eût pu l’obliger à trahir ses sentiments. En effet, je crois que, s’il eût eu une maîtresse pâle, il n’eût jamais pu dire qu’elle eût été blanche. S’il en eût eu une mélancolique, il n’eût pu dire, pour adoucir la chose, qu’elle eût été sérieuse. Aussi ceux qui cherchent le plus à reprendre en lui ne l’accusent que de soutenir ses opinions avec trop de chaleur, et d’être si difficile que les moindres imperfections le choquent. Cela est causé par la parfaite connaissance qu’il a des choses . Il faut souffrir sa critique comme un effet de sa justice. Mais il faut dire encore que Mégabate écrit bien en vers et en prose, et que personne ne parle plus fortement ni plus agréablement que lui quand il est avec des gens qui lui plaisent, et qui ne l’obligent pas à garder le silence froid et sévère qu’il garde avec ceux qui ne lui plaisent pas. » (Artamène ou le Grand Cyrus, tome VII, p.307) La Bruyère, Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle, De l’homme, 1696 : « Dire d’un homme colère, inégal, querelleur, chagrin, pointilleux, capricieux, c’est son humeur, n’est pas l’excuser, comme on le croit, mais avouer sans y penser que de si grands défauts sont irrémédiables. » |
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